mardi 17 septembre 2019
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Trajet Bamako-Dakar : La croix et la bannière

Pour tous ceux qui désirent se rendre à Dakar, il faut se munir de patience et de foi. Désormais, il faut 32 heures de route non stop pour pouvoir rallier la capitale sénégalaise à partir de Bamako. Les 24 heures n’appartiennent désormais qu’au passé. L’Etat de la route, les multiples check-point sont pires que les nombreux ralentisseurs (dos d’ânes) qui jonchent le trajet. Embarquons ensemble, direction pays de la Teranga.

Il est 18 heures quand le car que j’emprunte pour Dakar quitte Bamako. Il est pile à l’heure. Chose rare pour les compagnies de transport maliennes. Le mastodonte se faufile entre les petites voitures et les djakartas en cette heure où tous les travailleurs n’ont pas encore rejoint la maison. La circulation est moins dense mais elle existe. A moins d’une heure, nous voilà à Kati.

Un cul de sac

Ce jour de 18 octobre et à cette heure de la soirée, Kati ressemble à ce qu’on appellerait bien un « cul de sac ». Les gros porteurs en provenance de Dakar, une trentaine ont dépassé le poste de contrôle et sont alignés sur les bords du goudron en attendant de pouvoir rentrer à Bamako à partir de minuit. Nombreux, certains ont dédoublés les autres. Le minuscule goudron ne le permet justement pas. Ainsi, toute la cohorte de cars, de gros porteurs, de petites voitures voulant quitter Kati à cette heure sont bloqués. Qui pour régler cette situation ? Pas l’ombre d’un agent en vue. Les chauffeurs des gros porteurs garés sur la route se sont éclipsés dans la pénombre. Les nerfs s’échauffent, ça klaxonne sans cesse. On s’invective et on accuse. «C’est par cette voie que transite le gros des marchandises disponibles sur le marché malien, et les autorités sont incapables de l’agrandir et la rendre plus fluide », s’étrangle ma voisine. Il n’y a pas que le Ministère des Transports qui en prend pour son grade celui de la Sécurité intérieure également. «Ils sont où, les policiers ? Si c’est pour racketter les paisibles citoyens, ils sont les premiers ; mais, pour faire leur boulot, ce pourquoi ont les paye, ils sont toujours derniers », lance en colère cet autre passager. Il avait vu juste ; car, les policiers ne viendront pas régler la circulation. En tout cas pas ce soir là. C’est finalement les chauffeurs et les apprentis qui s’organisent pour faire dégager la route. A pas de caméléon, nous avançons pour nous extraire de ce cul de sac après plus de 3 heures d’attente. Oui, 3 heures du temps pour pouvoir juste faire moins de 3 km. Selon notre apprenti, cette situation serait fréquente. Il est donc 22 heures quand nous quittions le poste de Kati. Cette première étape franchie, il fallait s’attaquer au deuxième : Kita-Kayes. La nuit aura rendu le voyage moins pesant pour de nombreux passagers qui ont dormi pendant le trajet. Là également, l’état de la route n’est pas digne d’un pays qui se veut être en voie de développement. La dextérité de nos deux chauffeurs ne suffit pas pour éviter les nombreux nids de pouls si ce n’est carrément de gros trous sur le goudron. Exténués, nous arrivons à Kayes à 8 heures du matin. Vous l’aurez compris, ça fait 14 heures d’horloge depuis que nous avons quitté Bamako. 14 heures de temps pour rallier Bamako-Kayes et Dakar ce n’est pas tout près.

Chut, on rackette !!!

Si le contrôle se fait moins pesant du côté malien (ce qui est normale pour des voitures qui quittent le territoire national) ce n’est pas le cas du côté sénégalais. A Kidira, ville frontalière du Mali, toutes les pièces des passagers sont systématiquement saisies. Les nationaux sont seulement enregistrés et les Etrangers enregistrés et rackettés. Chaque Expatrié paie 1000 francs CFA. C’est également le même procédé au niveau de Diboli dernière ville malienne avant le Sénégal. Là également les Maliens sont épargnés et les autres rackettés. C’est une loi non écrite que les agents ont instauré de part et d’autre de la frontière pour se faire des sous. «Avec ça, ils se font beaucoup d’argent par jour. Je comprends maintenant pourquoi chaque agent de la police, de la gendarmerie et même des Douanes veut être muté à Diboli », dit A.S., une jeune Etudiante. Mais, c’est moins le «racket» qui met en retard que la technique archaïque d’enregistrement des passagers. Dans un gros registre, l’agent de police recopie à la main les filiations de chaque passager. Si vous avez le malheur d’être précédé par deux cars bondés (ce qui fut notre cas) alors vous perdrez un sacré bout de temps. Deux heures, c’est ce qui leur a fallu pour nous enregistrer, nous racketter et nous libérer.

Arrivé à Tambacounda, première grande ville sénégalaise (et la plus malienne, objet d’un autre papier), vers les coups de 16 heures, on a eu juste le temps de prier, de se dégourdir les jambes pour ensuite mettre cap sur Dakar. Pendant 10 heures, le car va rouler à vitesse variée. Tout comme le Mali, le bitume ici n’est pas non plus fameux. Koumpentou, Kaffrine, Kaolack, Fatick, M’bour, Diamniadio puis Dakar. Il était 2H 30 du matin quand notre gros bus s’immobilisa à la gare routière de Pikine. Cela, après32 heures de route. C’est le temps qu’il a fallu pour faire les 1344 Km qui séparent Bamako de Dakar. Descendons !

Mohamed Dagnoko, depuis Dakar

COULIBALY

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