jeudi 1 octobre 2020
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KADER DIOP N’EST PLUS : La presse orpheline d’une atypique référence

Pour nous, jeunes journalistes, il était comme l’immense baobab qui cachait la forêt de nos lacunes, de notre inexpérience. Comme agencier, il fut aussi un confortable bouclier pour moi et beaucoup d’autres. Même le baobab s’est couché tôt ce jeudi 23 juillet 2020. Et la triste nouvelle, s’est vite répandue à Dakar, au Sénégal et dans toute l’Afrique où il avait de nombreux disciples comme correspondants de Xinhua. Oui, le Doyen Kader Diop a tiré sa révérence à 77 ans.

«Hier, j’ai appris que M. Diop est de nouveau hospitalisé pour un problème de santé. Veuillez lui envoyer des messages d’encouragements, soit par mail soit par téléphone…», nous avait averti M. Xing, le responsable de l’Agence Xinhua (Chine Nouvelle) pour l’Afrique de l’ouest, le 14 juillet 2020. Ne parvenant pas à joindre M. Diop par téléphone, je lui ai finalement envoyé un message par mail et par WatsApp. Et le lendemain, il a répondu à mes deux messages me rassurant de ne pas m’en faire parce que son état s’améliorait.
Mais, j’étais loin d’être rassuré parce que depuis le décès son épouse, il y a six mois, je sentais que mon Doyen (c’est ainsi que je l’appelais affectueusement. Et il m’a toujours rappelé par mon prénom : Moussa) était très affecté par cette perte. Je sentais que quelque chose avait changé en lui. Et je l’ai senti même à distance. Et M. Koumé me l’a confirmé le jour de son décès, le jeudi 23 juillet 2020 à Dakar (Sénégal). Ce décès (celui de son épouse) a été un terrible coup qui l’a ébranlé.
Ancien journaliste à Radio Sénégal, le très talentueux Kader Diop a été aussi chef du bureau de l’Agence France presse (AFP) à Dakar. Tout comme il a présidé le Conseil pour le respect de l’éthique et de la déontologie (CRED) l’organe d’autorégulation devenu par la suite le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (CORED).
Membre éminent du Tribunal des pairs du CORED, notre regretté Doyen était très sollicité sur la question de formation des journalistes. On retiendra aussi de son brillant parcours qu’il a été membre actif d’Amnesty International. Et cela, ont indiqué plusieurs témoignages, «à un moment où il fallait beaucoup de courage pour défendre les droits humains en Afrique».
Journaliste chevronné, Kader a consacré une grande partie de sa carrière au service de la promotion des droits humains. Un engagement dont sa fille, Kiné-Fatim Diop, repris le flambeau en mettant sa compétence au service du Bureau régional d’Amnesty International à Dakar.
Avec l’immense Kader Diop, ma collaboration a commencé alors que j’étais aux Jeux de la Francophonie «Beyrouth 2009» (VIes Jeux qui se sont déroulés du 27 septembre au 6 octobre 2009 au Liban). J’avais été informé par Pierre, alors responsable du bureau de Xinhua à Dakar, qui me disait que l’agence a souhaité l’avoir à ses côtés afin d’améliorer la qualité des dépêches.
J’avoue que, au départ, nos relations n’ont pas été très aisées. Professionnel rigoureux, le Doyen avait ses principes. N’étant pas agencier de métier, j’avais du mal souvent à le comprendre. Et surtout que je suis très jaloux de mon style sur lequel je fais rarement des concessions.
«C’était un homme très rigoureux qui, quand tu le fréquentes pour la première fois, peut te dérouter. Mais, quand vous arrivez à vous comprendre, vous ne pouvez que l’admirer, l’apprécier», nous rappelle M. Koumé. Effectivement, avec une patience extraordinaire, il a su me mettre dans le moule. Souvent, il attirait mon attention sur des détails que seul un professionnel pointilleux pouvait voir. Des détails qui avaient toujours leur importance.

Une collaboration au-delà des relations professionnelles
Je ne suis pas devenu le parfait agencier qu’il a souhaité (et par ma faute), mais Kader m’a enseigné à distance tout ce qu’il a pu m’apprendre. Et deux jours seulement avant son hospitalisation, il m’a appelé sur WatsApp pour me donner des directives et m’orienter vers des angles pour mieux couvrir la crise sociopolitique que mon pays traverse depuis quelques mois.
Nos relations se sont progressivement améliorées parce que mon admiration et mon estime pour l’homme n’ont cessé de croître. Et surtout quand j’ai su le genre de relations qui le liaient à Mamadou Koumé qui a été mon professeur et mon directeur de mémoire au CESTI de Dakar. Quand M. Diop a par exemple su que j’étais passionné de sport, il m’envoyait régulièrement la version PDF de L’Equipe. Et quand mes ennuis de santé ont commencé entre 2010 et 2011, Kader s’est beaucoup inquiété pour moi en conseillant sur les traitements à suivre.
Le Doyen ne cessait de me donner des conseils, de m’encourager à ne jamais baisser les bras. C’est vous dire que notre collaboration ne fut pas seulement professionnelle, mais sociale.
Le Doyen Kader était à lui seul une école de journalisme. Une école de la rigueur, du professionnalisme… Il avait la passion et le talent d’un grand humaniste qu’il fut. Excellent pédagogue, tout contact avec Kader était enrichissant aussi bien professionnellement que socialement. Dieu sait ce que j’ai appris avec le Doyen, rigoureux, mais humblement et profondément humain.

Hommage à un grand professionnel
«Je garde le souvenir d’un grand professionnel, de quelqu’un qui a toujours donné l’information dans les règles de l’art, c’est-à-dire une information objective et rigoureuse sans travestir les réalités», a témoigné notre confrère Idrissa Sacko qui a collaboré avec Xinhua entre 2018 et 2019.
«Pendant plus d’une année, nous avons travaillé dans la joie. Courtois et très pédagogue, M. Diop parvenait à m’orienter, à réajuster l’angle de traitement de certains de mes papiers sans me vexer car avec toujours un mot conciliateur et galvaniseur. L’homme avait cette grandeur d’âme», a-t-il ajouté.
Quant à M. Mamadou Koumé, il garde du Doyen Kader l’agréable souvenir d’un «homme d’une très grande élégance dans la manière de vivre et d’une très grande compétence professionnelle. Il fut un professionnel très rigoureux qui est un exemple pour notre génération. Il était notre grand frère».
Le Doyen a donc tiré sa révérence à 77 ans (il avait vu le jour un 17 janvier 1943). Il s’est éclipsé dans la dignité avec son professionnalisme, sa rigueur, son intégrité morale et surtout sa grandeur d’âme.
Puisse le Tout Puissant l’accueillir dans son paradis Firdaws. AMEN !
Moussa Bolly

Malick Diancoumba

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