vendredi 3 février 2023
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AMINATA KONATE-BOUNE, CO-PRESIDENTE DE CENEAG: «L’entreprise est la solution aux grandes mutations de l’Afrique»

Le 20e Forum de Bamako a vécu du 20 au 22 février 2020 à Bamako sur le thème, «Quelle Afrique à l’horizon 2040 : entre mémoires et souvenirs». Cet événement a été précédé de la 5e édition du «Forum genre et développement» (18-19 février 2020) qui a abordé la thématique «paix et sécurité : regards croisés sur les pratiques et l’état de mise en œuvre de la résolution». Nous avons suivi avec intérêt la présentation d’Aminata Konaté-Boune, co-présidente du Collège de l’émergence des nouveaux entrepreneurs agricoles (CENEAG), sur la problématique de l’autonomisation de la femme.

 

«Au delà de la lutte contre la pauvreté, l’émancipation et l’autonomisation de la Femme contribuent à la consolidation du tissus social, car elle a de tout temps été, est et sera une sentinelle de paix et de cohésion» ! Telle est la conviction partagée par la co-présidente du Collège de l’émergence des nouveaux entrepreneurs agricoles (CENEAG), Mme Aminata Konaté-Boune. Cette jeune intellectuelle engagée était l’un de panélistes de la 5 édition du la 5e édition du «Forum genre et développement» (18-19 février 2020) qui a abordé la thématique «paix et sécurité : regards croisés sur les pratiques et l’état de mise en œuvre de la résolution». Sa brillante communication a notamment porté sur «le processus en cours d’autonomisation économique et sociale de la femme sur le continent» !

Pour Aminata, il est «capital de mettre l’accent sur l’éducation dans la recherche de solutions favorisant l’émergence économique des femmes dans leur pays et plus généralement du continent». Et cela d’autant plus que, a-t-elle souligné, «l’éducation et l’entreprenariat féminin sont étroitement liés ; que l’éducation permet de prendre conscience des opportunités d’affaire et de luter contre la vulnérabilité ; et qu’elle est le fondement de toute action».

A partit de cette prise de conscience, «nul besoin de rappeler que l’Afrique débute une révolution urbaine et agricole sans précédent» et que «le défi le plus ambitieux est l’accès à l’emploi formel de la moitié de la population africaine qui a moins de 25 ans».

Afin d’offrir des perspectives à cette jeunesse, «accompagner les femmes vers un processus d’autonomisation conduisant à des créations d’emploi s’avère être une nécessité absolue», a défendu Mme Aminata Konaté-Boune. Et d’ajouter, «nous sommes convaincus que l’entreprise est la solution pour répondre aux grandes mutations de l’Afrique, car l’avenir de ses habitants est étroitement lié à la réussite du secteur privé qui est le réel moteur de la croissance économique». C’est de ce constat qu’est né le Collège de l’émergence des nouveaux entrepreneurs agricoles (CENEAG).

C’est fort de ce constat que nous avons créé CENEAG, le collège de l’émergence des nouveaux entrepreneurs agricoles. «En tant qu’objecteur de conscience, le CENEAG mène un plaidoyer en faveur de l’agro-écologie par l’utilisation de méthodes pédagogiques accessibles au plus grand nombre avec pour objectif, un positionnement clair et affiché du politique en la matière», explique sa co-présidente.

Mieux accompagner la transition de l’informel au formel

«L’enjeu pour notre structure est de concilier rentabilité, productivité et santé environnementale», a-t-elle ajouté. Il s’agit donc, a-t-elle expliqué à l’assistance,  de favoriser «l’émancipation des femmes par l’entreprenariat agricole durable et de sortir de l’informel pour devenir des actrices majeures de la société par des créations concrètes d’emploi qui seront réalisées».

Les créations d’emploi attendues des différentes actions envisagées  vont contribuer à la fois à une réduction de l’exode rural et urbain, mais également au développement économique ainsi qu’à une redistribution des richesses générées.

S’il est communément acquis qu’il n’y a pas de paix sans les femmes et pas de développement sans paix, «la meilleure réponse à l’expansion du terrorisme et des violences en Afrique est la lutte contre la pauvreté et le chômage. La concrétisation de l’ambition d’émergence des pays africains passera donc par un meilleur accompagnement vers une réelle autonomisation des femmes», a indiqué Mme Konaté-Boune.

Les actions de CENEAG  s’inscrivent dans la droite ligne des recommandations du «Forum genre et développement» qui s’est tenu en marge du sommet Afrique-France en décembre 2016 à Bamako. Au cours de cette rencontre, de nombreuses difficultés rencontrées par les femmes ont été débattues.

On a ainsi relevé que bien que les femmes représentent 70 % de la force de travail agricole tout en générant entre 60 et 80 % des denrées alimentaires du continent, elles demeurent marginalisées par une insuffisance politique en faveur d’une réelle émancipation.

«A CENEAG notre initiative vise à approcher nos mamans, sœurs et filles afin de leur faire comprendre la plus value du passage du secteur informel vers le formel, par le biais d’une réelle professionnalisation. Nous avons donc un rôle d’accompagnement vers cette transition tout en respectant leur rythme», a expliqué la co-présidente du collège.

L’objectif visé est de renforcer le profit économique des femmes dans la chaîne des valeurs en développant une économie stable au sein des familles et créer des emplois. La méthodologie utilisée est la création et l’accompagnement de coopérative de femmes, la création de programme agricole avec un contenu de formation technique incluant pleinement les femmes (écrire, lire) pour comprendre.

1 000 femmes, 1 000 graines

L’un des programme phare de CENEAG est «1000 femmes 1000 graines» qui consiste à accompagner 1000 femmes dans les 5 régions du Mali dans des filières porteuses telle que le karité, l’anacarde, la gomme arabique… «Pour cet ambitieux projet nous travaillons avec des ingénieurs en agriculture qui dispense les formations initiales, des structures d’alphabétisation et de formation professionnelle. Avec un réel travail sur la chaîne de valeur ajouté, pour des rendements plus grand», a précisé Aminata Konaté-Boune.

Et de poursuivre, «nous travaillons également à vulgariser les nombreux métiers dérivés de l’agriculture en mettant un accent particulier sur la transformation des produits. Le déficit à ce niveau est criant et ne demande qu’à être comblé. Cependant, ce secteur nécessite beaucoup plus que les autres, des moyens et une réelle formation à l’utilisation des machines».

Pour répondre à cette demande elles (les deux fondatrices) ont conclu un partenariat avec 2 PME en capacité de leur fournir le matériel nécessaire à taille humaine pour commencer, mais également dispenser une formation concernant l’utilisation des machines.

La première phase de ce projet a débuté dans la région de Kayes, les premières formations ont eu lieu pendant l’hivernage passé.  Trois 3 coordinateurs ont été formés au centre sahélien de formation d’agro-écologie de Satinébougou afin de former à leur tour les groupements de femme. Une fois cette formation achevé, elles peuvent débuter les activités agricoles. Parallèlement, des jeunes sont également formés pour réparer les machines en cas de besoin. Et cela afin de s’assurer de la pérennité des actions engagées.

L’objectif d’autonomisation des femmes chez CENEAG se combine avec la promotion d’une agriculture saine, productive et génératrice de revenu pour les porteuses. «Nous sensibilisons au développement durable, en alertant sur les pratiques à éviter grâce à l’implication de tous. C’est ainsi que, pour chaque femme accompagnée un arbre est planté pour devenir de réel contributrices à la lutte contre le réchauffement climatique», a indiqué la panéliste, une intellectuelle engagée et une patriote convaincue.

Plus que jamais conscientes du fait que l’autonomisation des femmes passe et passera forcément par une politique intelligente et consciente des enjeux, les responsables du Collège mènent un plaidoyer au niveau étatique mais également au sein du socle social auprès des principales intéressées.

De nombreux participants ont reconnu que cette communication a été asses édifiante et qu’elle a ressuscité plus d’optimiste pour l’Afrique dont «l’avenir et le développement sont définitivement liés à l’autonomisation des femmes porteuses de solutions novatrices et auxquelles il faut donner leurs chances». La balle est ainsi en partie dans le camp des décideurs !

Hamady Tamba

Djibril Coulibaly

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