mercredi 30 septembre 2020
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REGLEMENTS DE COMPTE DANS L’ARENE POLITIQUE : Le « revanchard », le clan CMDT et les très frustrés en quête de virginité

Ils sont supposés se battre pour le peuple, mais, dans leur mégalomanie, ils ont poussé la foule à l’assaut des biens et édifices publics (Assemblée nationale, Haut conseil des Collectivités, ORTM, abris de la CCR, feux tricololors, lampadaires, routes…) qui vont être réparés ou remplacés par le contribuable déjà éprouvé par les mesures préventives de la Covid-19. C’est qui alors ce peuple pour qui ils se battent ? Les événements du 10 au 13 juillet 2020 ont été prémédités pour mettre le pouvoir dans l’embarras et se donner des arguments pour l’achever. Si le combat de l’Imam Mahmoud Dicko est sans aucune ambiguïté sur sa pertinence, celui des supposées forces patriotiques est démagogique. C’est un règlement de comptes politiques qui utilise le peuple comme bouclier.

 

 

Première à prendre la parole ce triste 10 juillet 2020, Mme Sy Kadiatou a énuméré les « Dix commandements de la désobéissance civile ». Il s’agit, entre autres de bloquer les entrées de tous les services publics sauf ceux de la santé et sans entrer dans les bureaux ; bloquer les entrées et sorties des principales villes du pays ; créer des embouteillages sur les ponts ; ne pas payer les amendes et contraventions. « Nous sommes des pacifistes qui ne veulent pas casser leur pays », a-t-elle dit dans un premier temps comme pour couvrir ses actes prémédités qui allaient endeuiller le pays quelques heures plus tard.

Autant dire à un chauffeur de foncer dans une eau boueuse sans éclabousser les passants. Mais, finit-elle par se contredire, « on leur a demandé de partir sans heurts, ils n’ont pas voulu. Ça sera ce que ça doit être » ! Autrement, comme ils ne veulent pas nous céder le pouvoir, pardon le remettre au « peuple », nous allons le prendre par les moyens qui nous sont propres.

Elle a laissé la place à Issa Kaou Djim qui a invité les manifestants surexcités à occuper « pacifiquement » les devantures de la Primature, de l’ORTM, de l’Assemblée nationale. Selon eux, c’est la riposte des forces de l’ordre qui a fait que la manifestation a dégénéré. Et pourtant quand on décortique le discours de certains leaders comme Issa Kaou Djim durant les jours qui ont précédé ce 10 juillet, on ne peut douter que cette violence a été préméditée pour discréditer IBK et son régime. Qui va soutenir un « président qui tire sur son peuple » ?

C’est ce scénario qui avait été planifié depuis le 19 juin quand, lors de leur second grand meeting, les dirigeants du mouvement ont appelé la foule à les suivre pour remettre au président de la République leur demande de démission à Koulouba. Heureusement que l’Imam Dicko, par sa clairvoyance et son leadership, a évité le pire ce jour. Mais, il fallait être naïf pour croire que les Mountaga, Choguel, Clément, Clément, Salama, (Mme Sy) Oumar… avaient renoncé à leur plan machiavélique de diaboliser IBK contre qui chacun d’entre eux a visiblement une dent.

 

Une sérieuse alerte négligée

Si les leaders du M5-RFP étaient de bonne foi et s’ils se préoccupaient réellement du sort des Maliens, ils allaient renoncer à leur mot d’ordre momentanément à partir du moment où un homme lourdement armé a été arrêté ce 10 juillet dans la foule et qui leur a été remis. C’était une alerte suffisante pour permettre aux gens sensés de comprendre que leur désobéissance civile pouvait dramatiquement dégénérer. Que dalle !

« Je peux même comprendre Kaou Djim qui se comporte en loup affamé prêt à tout pour goûter aux délices du pouvoir. Mais des gens comme Mme Sy, qui a eu tous les privilèges au Mali, ne doit pas tenir de tels discours pour pousser une foule à détruire le pays », a commenté un enseignant à la retraite avec qui nous avons suivi en direct le meeting du 10 juillet sur une chaîne privée de télévision malienne. Mais, nous n’étions pas en tout cas surpris par cette tournure de la manifestation.

En effet, autant nous n’avons jamais douté de la pertinence du combat pour la réinstauration des valeurs morales et culturelles comme socle de la gouvernance du Mali prôné par l’Imam Mahmoud Dicko, autant nous n’avons jamais cru à la sincérité des leaders politiques du RFP quand ils disent se battre pour le peuple. A quelques exceptions près, ces politiciens n’ont jamais incarné les valeurs prônées par l’Imam dans l’exercice de leurs différentes fonctions.

Le peuple n’est qu’un prétexte pour régler les comptes personnels avec IBK pour la grande majorité d’entre eux. A commencer par ce que les chroniqueurs politiques ont appelé un moment le « Clan CMDT » de l’Adema dont Ibrahim est la cible politique depuis qu’il était dans la « Ruche ». Il faut connaître l’histoire politique du Mali pour comprendre les faits d’aujourd’hui et surtout comprendre que cet acharnement à exiger la démission de l’actuel président de la République est, comme le dit si bien un confrère, «la suite de la guerre politique au sein de l’Adema qui a conduit à la démission d’IBK pour créer le RPM ».

 

Un frelon poussé hors de la « Ruche » pour être neutralisé

Certains disent ne pas comprendre l’entêtement d’IBK à ne pas aller dans le sens de « vraies mesures » d’apaisement. Ce qu’ils ignorent, c’est que le locataire de Koulouba connait la vraie motivation de ceux qui réclament sa tête, pardon son départ.

Ce clan n’a jamais toléré IBK considéré comme un « frelon » propulsé (Premier ministre, président de l’ADEMA) au-dessus des « Abeilles » par le président Alpha Oumar Konaré. Ses animateurs ont par exemple toujours été opposés au soutien du parti à IBK lors des présidentielles de 2013 et 2018.

Cet antagonisme a éclaté au grand jour vers la fin du second mandat d’Alpha Oumar Konaré (AOK), donc face à la problématique de sa succession à Koulouba. C’est à cette époque qu’a véritablement émergé ce courant politique anti-IBK et dénommé « Clan CMDT » (anciens cadres de la Compagnie malienne du développement des textiles et leurs alliés). Ses leaders étaient à l’époque Soumaïla Cissé, Ousmane Sy, Mme Sy Kadiatou Sow, Pr. Aly Nouhoum Diallo…

En un mot, « l’aile dure » de l’Adéma-Pasj qui n’a rien ménagé pour qu’Ibrahim Boubacar Kéita ne soit pas choisi comme dauphin d’AOK. Et elle réussira par la suite à chasser le « frelon » de la « Ruche ». C’est ainsi que l’ex-président de l’Adéma et ancien Premier ministre qui, par la force de la poigne a réussi à stabiliser le pouvoir d’AOK, a créé le Rassemblement pour le Mali (RPM) avec le cercle de ses fidèles comme le regretté Kadary Bamba.

Mais, ce que le clan ignorait, c’est que « Maradona » (Alpha Oumar Konaré) avait son propre plan de succession. C’est ainsi que, en 2002, IBK verra ses voix annulées pour qu’il ne se retrouve pas au second tour qui lui ouvrait largement les portes de Koulouba. Soutenu par son Mouvement citoyen, Amadou Toumani Touré dit ATT se retrouva alors au second tour face à Soumaïla Cissé d’une Adéma handicapée par les divisions internes qui se sont traduites par une multiplication de candidatures à la présidentielle en son sein. Des candidats qui ont majoritairement apporté leur soutien à ATT face à Soumi (Soumaïla Cissé) afin d’avoir leur mot à dire dans la gestion du pouvoir.

 

Victime du « Takokelen » d’ATT

D’ailleurs ce sont les frustrations liées à la mauvaise gestion de la succession d’AOK à la tête de l’Etat qui vont aussi contraindre Soumaïla Cissé à s’émanciper de la Ruche pour créer l’Union pour la République et la Démocratie (URD).

En 2007, il n’y aura pas match entre ATT et IBK. Le premier tour organisé le 29 avril 2007 a vu la victoire du Général retraité militaire (71,20 %) suivi d’IBK (19,15 %) et de Tiébilé Dramé (3,04 %). C’est le fameux « Takokelen » (victoire dès le premier tour) prôné par le Mouvement citoyen. Cette élection a été organisée dans l’esprit de « tout sauf IBK » honni par des barons du Clan CMDT et les aigris du COPPO (Collectif des partis de l’opposition animé par Me Mountaga Tall et Dr Choguel Kokala Maïga ainsi que les regrettés Mohamed Lamine Traoré, Mahamadou Maribatourou Diaby, Almamy Sylla) qui avaient pris goût aux délices de la gestion consensuelle du pouvoir.

Le président de la Commission de l’UEMOA, Soumaïla Cissé n’avait pas participé à cette élection. Et pas à cause de cette fonction mais, selon des indiscrétions, parce qu’il aurait eu un deal avec ATT pour lui succéder en 2012. Malheureusement pour lui, le Général a été renversé à quelques mois de la fin de son mandat (22 mars 2012). D’ailleurs l’absence de candidature au sein de l’Adéma qui a favorisé le départ de Soumeylou Boubèye Maïga pour créer l’Alliance pour la solidarité au Mali-Convergence des forces patriotiques (ASMA-CFP) afin de briguer la magistrature suprême du pays.

En 2013, lors du deuxième tour de la présidentielle, Dramane Dembélé (candidat de la Ruche), appela à voter pour IBK. Mais les alliés de Soumi au sein de l’ADEMA (le Clan CMDT) refuseront de suivre son appel. En 2018, l’Adema a été une nouvelle fois de plus au bord d’une nouvelle césarienne à cause de son soutien à IBK au grand dam de ce courant hostile.

A défaut de l’empêcher d’être élu, ils ont visiblement juré de ne rien ménager pour faire du pouvoir un véritable cauchemar pour lui. On l’occupera sur tous les fronts, notamment la contestation permanente à Bamako et surtout les violences intercommunautaires au centre. Et les survivants-revanchards du Coppo (Me Tall et Dr Choguel Maïga) alliés aujourd’hui aux jeunes loups affamés solitaires, les nostalgiques de la gestion consensuelle du pouvoir et d’autres mégalomanes sont maintenant réunis au sein du M5-RFP, un mouvement hétéroclite d’opposants, représentants de la société civile et leaders religieux qui pensent aujourd’hui incarner le changement dans la gouvernance du pays. Ils sont juste en quête de revanche voire de vengeance. Ils sont la parfaite illustration de l’échec de la démocratie à combler les attentes du peuple malien.

 

Un « revanchard » qui a pourtant tendu la perche à ceux qui l’ont combattu

Contrairement a eux, IBK n’a jamais affiché cette soif de vengeance. En 2002, il a été fair-play même sachant qu’il avait été triché. S’il avait voulu ce jour, il aurait pu faire descendre ses partisans dans la rue pour réclamer « sa » victoire. Quand il a finalement été élu en 2013, ses adversaires n’ont pas ménagé les mots et les qualificatifs pour le discréditer. Il a été ainsi décrit comme un homme qui se vengerait de tous, de « paresseux et de gros dormeur » qui serait incapable de gérer le Mali. Tout n’est pas faux dans ces accusations, notamment son incapacité à relever le pays qui se manifeste aujourd’hui de façon dramatique.

N’empêche qu’on ne peut pas l’accuser de volonté vengeresse puisqu’il a par exemple tendu la main à Mountaga Tall et Choguel Maïga qui ont été parmi ses farouches opposants quand il était Premier ministre. Il a sans doute fait sienne cette philosophie selon laquelle «la véritable indulgence consiste à comprendre et à pardonner les fautes qu’on ne serait pas capable de commettre ».

Mais, force est de reconnaître qu’IBK n’est pas exempt de reproches. Quand on sait qu’on est très attendu par ses détracteurs pour profiter de tous tes faux pas, on ne prête plus le flanc à des attaques. Plébiscité en 2013, il avait tous les atouts pour les faire taire pour de bon. Au lieu de sombrer dans un sentimentalisme suicidaire, il aurait dû se positionner au-dessus de la mêlée en empêchant par exemple sa famille (biologique) de se mêler de la politique, en prenant des actes concrets pour assainir la gouvernance de tous les maux qui ont progressivement conduit le pays au bord du chaos…

C’est ainsi qu’il aurait pu fédérer la confiance des Maliens en lui et nous n’en sérions pas là aujourd’hui. IBK a hélas failli ! N’empêche que ceux qui réclament sa démission aujourd’hui le font pour d’autres raisons qu’une quelconque amélioration de la gouvernance de ce pays qu’ils ont contribué à dénaturer et à galvauder. Et qui, malheureusement, se servent d’une majorité croissante de citoyens frustrés pour tenter de se donner une nouvelle virginité politique et assouvir leurs ambitions personnelles. Hélas !

Hamady Tamba

Malick Diancoumba

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