dimanche 1 août 2021
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Ramadan et poids des jeuneurs : Certains grossissent bien, d’autres maigrissent

Un mois curieux que ce mois de carême, si on le considère sous certains angles. Un mois fait de longues heures de nourriture interdite, puis brusquement  de liberté totale de se goinfrer. Enfin, un mois de baisse des activités en gros et de hausse, en général, de la consommation. Un changement d’habitudes qui a des répercutions   sur les ceintures  et la taille de bien de personnes.

En gros, il ya deux catégories de jeuneurs : ceux qui grossissent et, au contraire, ceux qui maigrissent. Quelles sont les mécanismes biologiques et métaboliques d’un tel phénomène contrasté ? On va laisser la réponse à ces aspects aux diététiciens et autres spécialistes du corps humain. Par contre, il peut être un bon prétexte pour explorer les conditions socioéconomiques dans lesquelles les uns et les autres ‘’ramadanent’’ (ramadaner : verbe du 1e groupe; une proposition à l’académie française) et qui modifient les poids. En ce sens, on peut reposer la question : pourquoi est ce que certains profitent du mois de ramadan pour grossir ? Le raisonnement sous-entendu ici est que  normalement, tous les jeuneurs doivent maigrir durant le mois béni de charité sur le corps.

Maigrir par  la force des choses

Pourquoi donc? Tout d’abord,  ce mois pose une équation épineuse pour le plus grand nombre: ceux qui n’ont pas beaucoup de réserve en graisse, en ‘’vitamines’’, en santé et en soins doivent supporter la faim 13 heures durant (à cet égard, on raconte qu’un bambara converti s’est rétracté le premier jour du ramadan. Il estimait qu’on  l’avait trompé sur la marchandise : « vous m’avez caché cela au moment de mon entrée »). En plus, ces heures de jeune  coïncident avec les heures de travail – beaucoup disent ne pas observer le jeune à cause de ce fait. Cette population – majoritaire  – est aussi celle qui fait les boulots pénibles, qui est chroniquement malade et qui a du mal à manger à satiété en temps normal. Les chefs de famille de ces catégories poussent les cheveux blancs à l’approche du mois de ramadan ;  de quoi perdre des kilos.

Car, le ramadan, c’est aussi les dépenses obligatoires. Or, les revenus,  on ne peut pas les augmenter à volonté. Et, pour mieux encore corser la situation, les commerçants mettent les prix dans un ascenseur. Un chef de famille doit donc continuer à travailler, travailler plus et acheter moins de denrées avec l’argent disponible (les prix qui montent font baisser le pouvoir d’achat).  On va donc se débrouiller par tous les moyens.

Avec ces  tracas et solutions impossibles, le sommeil devient rare et on maigrit. Et en plus, il faut se lever à 4 heures pour le « sougouri ». Donc, le sommeil, déjà coupé avant le ramadan, est saucissonné en petites tranches. La table de « coupure » n’étant pas trop garnie, le poids perdu n’est pas récupéré. Tous ces éléments mis ensemble, les citoyens qui maigrissent durant le ramadan sont légion. Et l’on note au passage  qu’après chaque  ramadan, le taux de mortalité augmente au Mali.

Grossir tout de même

Ceci dit, certains profitent du ramadan pour prendre du poids.  Il faut  faire le constat que durant ce mois, le taux d’activité  en général  chute ; ce qui est favorable à la prise de poids. Ainsi dans les salons, dans les  jardins publics et à l’ombre des arbres, le nombre de dormeurs augmentent. Les programmes de télévision gagnent une part supplémentaire de téléspectateurs allongés sur le dos ou endormis avec la télécommande tombée sur le tapis.

C’est durant le mois de ramadan que SB et consort voient développer leur gourmandise. Pour la ‘’coupure’’, la table est donc garnie à hauteur de souhait. Des aliments chauds, frais, salés, sucrés, durs, liquides, etc. abondent : des mets fins qui n’alourdissent pas la panse (le ventre) mais vivifient le sang, dopent les muscles et tonifient le cœur. Mais, dieu merci, eux et leur familles ne sont pas les seuls à bénéficier des ces plats paradisiaques. Non, plein d’autres consommateurs en profitent et se goinfrent comme des morfalous. Ainsi est faite (encore ?) la société malienne : pleins de « petits » qui profitent des largesses des « grands » nantis.

SB, ses semblables   happy few et ceux qui profitent d’eux n’ont pas le casse-tête du comment trouver à manger et les contraintes des revenus bas qui n’ont pas de solutions. Ils ne dépensent presque pas d’énergie durant le ramadan, ces pachas et leurs pique-assiettes. Ils se lèvent pour le « souhour » à 4 heures, mangent bien, se rendorment et passent la journée au frais. Il est donc normal pour eux de grossir durant le mois de ramadan. Ca ne sont pas les « Empé », ses bouchers et ses prix de viande élevé qui vont déranger leur quiétude.

Amadou TALL LE COMBAT

Djibril Coulibaly

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