mardi 22 juin 2021
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PRESENCE MILITAIRE FRANCAISE AU SAHEL : un mal nécessaire à la stabilité politique de nos Etats ?

La France estime que la présence de son armée au Sahel vise à «se sécuriser», considérant qu’il s’agit de la «frontière sud» de l’Hexagone. Ses récents propos de Jean-Yves Le Drian ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, sur la présence française au Sahel suscitent compréhension et condamnation au Mali. Ils sont nombreux à être convaincus que cette présence est un mal nécessaire pour maintenir la pression sur les organisations terroristes en attendant que nos armées soient capables d’y faire face. Pour d’autres, la lutte n’est qu’un prétexte pour cacher les intérêts économiques et géostratégiques de l’Hexagone dans la bande sahélo-saharienne.

 

«L’objectif est toujours le même : on ne se désengage pas et on veut lutter contre le terrorisme» ! C’est ce qu’a martelé M. Jean-Yves Le Drian, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, à l’antenne de France Info le dimanche 24 janvier 2021. Pour lui, la présence française au Sahel vise à «se sécuriser» d’autant plus que pour lui le Sahel est la «frontière sud» de l’Hexagone. Des déclarations faites au moment où des organisations comme le Mouvement «Yèrèwolo-Debout sur les remparts» (un collectif formé d’organisations de la société civile, de partis politiques et d’activistes) sont revenues à la charge ces dernières semaines pour exiger le retrait du Mali des forces étrangères, notamment françaises.

Les mettant dans leur contexte politique, beaucoup de nos interlocuteurs ne sont pas outrés par ces déclarations à la limite de la provocation. Pour Abdourhamane Dicko, ancien président de l’Association des ressortissants de Gabéro (ARG/Gao), «ces mots sont des déclarations politiques fortes qui vont dans le sens aussi de celles des autorités actuelles du Mali. Il y a convergence de vues entre les deux pays, nonobstant les mouvements de rue à Bamako contre la présence française».

Chroniqueur politique réputé au Mali et connu pour sa pondération dans la prise de position sur le plateau du «Débat de dimanche» (Africable Télévision), Alexis Kalambry a abondé presque dans le même sens. «Ces propos de Jean-Yves Le Drian rassurent. Aucune armée au Sahel ne peut vaincre les terroristes. Dans l’histoire militaire au monde, aucune armée n’a vaincu les djihadistes. Le seul cas que l’on peut citer est l’Algérie qui a néanmoins négocié avec le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, apparu à l’automne 1998)», a-t-il souligné. Et ils ont été nombreux à nous rappeler que «le Mali voire le Sahel ne peut pas se passer de la France car la lutte contre le terrorisme ne se gagne pas en deux jours. Et le départ des troupes françaises ne fera que détériorer la situation… Même si l’idéal est de nous défendre nous-mêmes».

Pour M. Dicko, membre influent de la société civile du nord du Mali, la collaboration entre Barkhane et les Forces armées maliennes (FAMa), il y a quelques jours à Boulkessi et Mondoro (région de Douentza/centre du Mali), est «un indicateur du changement de paradigme de la présence française au Sahel».

 

Quand la lutte contre le terrorisme cache engagement géopolitique stratégique et économique

Il fait allusion au fait que, dans la nuit du 23 au 24 janvier, les postes de sécurité des FAMa à Boulkessi et Mondoro ont été attaqués par des groupes armés terroristes (GAT. Des Mirages 2000 et Tigres ont alors appuyé les FAMa permettrant de neutraliser une trentaine de terroristes. Ainsi, même s’ils ne voient pas forcément d’un bon œil cette présence militaire française, ils sont nombreux ceux qui pensent que «l’heure n’est pas au désengagement…».

Mais pour certains interlocuteurs comme Massiré Ly, un cadre du parti CARE (Convergence africaine pour le renouveau), la présence française est beaucoup plus liée à des intérêts géopolitiques et géostratégiques qu’à la lutte contre le terrorisme. «La présence de la France au Sahel va au-delà de la lutte contre le terrorisme c’est un engagement géopolitique stratégique et économique compte tenu des ressources naturelles non négligeables au Sahel, particulièrement au Mali avec ses réserves d’eau douce, de pétrole, de gaz, d’uranium…», a-t-il analysé.

C’est aussi l’avis d’Alfousseyni Sidibé, professeur d’université et consultant indépendant en communication institutionnelle. «Le Sahel, particulièrement le Mali, est une digue dont la rupture va provoquer l’inondation de l’Europe. Au delà de cette explication, le Sahel a un enjeu géostratégique à cause de ses précieuses ressources minérales et sa position géographique qui permet de scruter le monde entier».

«Ces mots de Jean-Yves Le Drian me rappellent le titre du livre d’Antoine Glaser : Arrogant comme un français en Afrique ! L’idée n’est pas de partir ou ne pas partir. Tous les pays du monde ont besoin d’autres pour se développer et la solidarité internationale n’est pas un vain mot pour soigner des maux…Ce discours est autoritaire et raté…», condamne Drissa Kanambaye, Communicologue & Analyste. Ce jeune cadre de la diaspora, très engagé dans la sécurisation des populations du centre, a salué le sacrifice des soldats français sur le théâtre des opérations à «leur juste valeur» mais, a-t-il insisté, «nous préférons l’aide qui nous permettra de nous passer de l’aide…».

Pour l’élu communal Moussa Sey Diallo, «la France ne lâchera jamais ses intérêts, même si le Mali doit disparaître, donc c’est aux maliens d’avoir l’intelligence nécessaire pour transformer ce traquenard en un véritable partenariat gagnant-gagnant, et d’avoir la patience de l’amener en leur faveur». Et pour lui, «le temps peut être pour eux (Maliens), car l’appartenance naturelle au terrain peut devenir un atout formidable à la fin. Mais tout va dépendre prioritairement de la volonté du peuple malien à vouloir s’en sortir».

«Je pense qu’après l’interview radiotélévisée accordée à France Info le dimanche 24 janvier 2021 et le séjour du président Bah N’Daw, les Fançais envoient un message fort aux Maliens… La France, c’est la mère de la traîtrise et de la sournoiserie», nous a confié un diplomate en poste dans notre pays. Et pour lui, dans cette histoire d’insécurité au Mali, «il revient aux Maliens de tout faire pour se prendre en charge et faire passer un message fort aux Français. Mais, cela demande beaucoup d’argent, des hommes et surtout du courage politique».

Comme lui de nombreux interlocuteurs pensent que «la seule alternative pour que le Mali s’en sorte», est que sa gouvernance soit confiée à des dirigeants qui ont «conscience des enjeux et capables de défendre les intérêts du pays». Autrement, il faut au pays des «institutions fortes», une bonne gouvernance appuyée par une «diplomatie agressive» pour le sauver d’un «naufrage certain».

Naby

Malick Diancoumba

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