samedi 8 août 2020
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POUR DONNER UNE CHANCE A LA REPUBLIQUE DE L’AZAWAD : Et si la ruée vers l’or était un prétexte pour déstabiliser et annexer Gao ?

Obstacle naturel et socioculturel à la réalisation de l’Etat de l’Azawad, Gao a toujours été une citadelle de la résistance à la désintégration de la République du Mali. Ce qui lui vaut aussi le malheur d’être au cœur du plan de déstabilisation des sécessionnistes de l’Adrar des Ifoghas. L’actuelle ruée vers l’or en est-elle une ? Beaucoup d’observateurs sont tentés de répondre pas l’affirmatif.

 

Des gisements d’or ont été récemment découverts dans trois localités de la Commune rurale de N’Tillit, à 90 km de Gao. Depuis, la Cité des Askia est devenue le nouvel Eldorado des orpailleurs du Mali et d’autres pays comme le Niger, le Burkina Faso, …le Soudan.

Selon des témoignages dans la Cité des Askia, c’est au mois d’avril 2020, en plein mois de Ramadan, que la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre dans le Septentrion et au-delà.

« Malheureusement, c’est la triste réalité, Gao est envahi par les soi disant chercheurs d’or. Beaucoup de gens de Gao sont sur les sites d’orpaillage. Aujourd’hui, on ne trouve même plus de manœuvres. Mais c’est surtout les étrangers qui ont les outils nécessaires à l’exploitation », témoigne un jeune leader de Gao.

C’est donc une vraie ruée vers l’or avec tout ce que cela comporte comme menaces et atteintes à l’environnement et à la sécurité.

« Nous comptons mettre à la disposition de tous les orpailleurs une carte de membre d’une durée de cinq ans et qui sera vendue à 5.000 F Cfa. Nous avons constaté que sur le site d’orpaillage de N’Tillit, il y a plus d’étrangers que de Maliens et pour le moment. Notre pays ne profite donc pas de l’exploitation du métal précieux », déplore M. Moulaye Abaye Haïdara, premier vice-président de la Chambre régionale des mines de Gao, interrogé par le correspondant de l’AMAP.

Cette découverte, loin de réjouir, inquiète pourtant des observateurs. « La situation est catastrophique, explosive. La région, de Gao à Ansongo, est envahie par des étrangers qui ne sont même pas des Africains. Ce sont des Pakistanais, des Syriens, des Indiens… qui se disent chercheurs d’or. Ils circulent dans des Land-Cruiser non immatriculés entre Gao, Gossi et Intahaka », a récemment indiqué Seydou Cissé, un lanceur d’alerte de la Cité des Askia, dans une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux.

Des inconnus lourdement armés qui circulent sans aucun contrôle des forces armées et de sécurité

De nos jours, a-t-il déploré, la Cité des Askia est bondée de pick-up qui assurent le transport de ces étrangers sur les sites d’orpaillages et aussi vers d’autres directions. Des véhicules conduits pour la plupart, par « des individus armés jusqu’aux dents » et qui ne sont soumis à aucun contrôle. « Ils ne sont pas contrôlés aux postes car il leur suffit de donner 5 000 ou 10 000 F Cfa pour passer sans être inquiétés », s’inquiète le lanceur d’alerte.

L’or a été découvert dans trois localités que sont Marsi, N’Tillit nord et sud et Tinaïkorene. Trois sites d’orpaillage distants respectivement de 20, 30 et 15 km de N’Tahaka, situé sur la RN7 à 90 km de Gao.  « Cette zone est sous le contrôle des ennemis de l’Etat, donc la mairie de la commune ne peut pas profiter de ce métal précieux », a confié un élu local à l’AMAP.

Pis, a-t-il ajouté, « les autorités communales de N’Tillit et certains habitants ont quitté la localité suite à l’ultimatum des groupes terroristes. Ils ont dit qu’ils appliqueront la Charia à tous ceux qui se rendront sur les trois sites. Nous avons informé les autorités régionales que nous ne retournerons pas là-bas tant que les forces de sécurité maliennes n’y seront pas ».

Mais, pour de nombreux observateurs, les autorités régionales et nationales ne peuvent avoir aucune emprise sur cette exploitation clandestine du métal jaune. « L’Etat ne contrôle plus rien », déplore un interlocuteur. « C’est la triste réalité que nous vivons depuis 2012. Depuis 2018 je n’ai pas pu aller voir ma vieille maman au village à cause des risques d’enlèvement et d’assassinat… On ne peut plus continuer à ce rythme » !

« Le régime laisse des étrangers exploiter les ressources de notre sous-sol sans aucune action. Tout cela confirme les craintes des populations de ces zones qu’elles seront désormais abandonnées à elles-mêmes », souligne un leader de la société civile des régions du nord. Faut-il alors croiser les bras et fermer les yeux sur cette activité qui, à la longue, va aggraver l’insécurité dans laquelle la région est plongée depuis 2012 ?

 

L’Etat a abandonné le terrain aux groupes armés et aux terroristes

« A qui est-ce que cela devrait être dénoncé ? », nous interroge un interlocuteur. Et de poursuivre, «la zone est censée être sous le contrôle de la Plateforme, précisément du GATIA. Comme l’Etat ne s’est pas immiscé dans la gestion de Kidal, il veut adopter la même attitude dans la zone du GATIA ». En conséquence, conclut Seydou Cissé, « nous sommes envahis par des gens qui se disent chercheurs d’or mais qui, en réalité, cherchent certainement à nous en encercler, nous isoler, nous anéantir et prendre le contrôle du nord ».

Une conclusion qui fait froid dans le dos. Une hypothèse que n’écartent pas ceux qui sont conscients que sans la « soumission » voire « l’annexion » de la région de Gao, la République de l’Azawad restera dans le chapitre des illusions perdues, des vœux pieux. « Sa conclusion me fait davantage frémir », reconnaît un analyste politique. « Encercler Gao et le couper du reste du pays et ils auront eu le nord sans tirer le moindre coup de feu. L’irresponsabilité des militaires et paramilitaires qui mettent l’argent au-dessus de leur propre sécurité future me désole au plus haut point cependant », a ajouté ce dernier.

Face à un Etat impuissant et une communauté internationale favorable à l’indépendance de l’Azawad (promise à la CMA dans les non-dits de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale), que faut-il faire ? Quelle est la voie du salut pour la Citadelle rebelle et ses patriotes qui vouent un attachement viscéral à la République du Mali ? « Je crains que ce ne soit déjà tard », se résigne notre interlocuteur de la société civile avec beaucoup d’amertume. « Même si sa démission n’est pas de nature à stabiliser le pays, IBK ne peut rien pour ce pays », précise-t-il. Un fatalisme qui ne manque pas d’adeptes.

« Le pouvoir actuel ne peut absolument rien ni pour Gao ni pour le Mali. Prions que 2023 arrive plus vite et qu’un meilleur régime arrive. Sinon il ne faut plus compter sur IBK pour mieux faire, pour stabiliser le Mali et l’orienter sur la voie de l’émergence », commente notre analyste politique. Malheureusement, on ne voit pas non plus d’alternatives crédibles à lui parmi les hommes qui animent le paysage politique actuel, ceux notamment issus du mouvement démocratique des années 90.

« Avec un peu de chance, Dieu aura pitié de nous et nous gratifiera de l’homme providentiel qui ne sera qu’un président par accident, le moins attendu possible, et qui sera un homme mûr intellectuellement et solide politiquement », espère-t-il fataliste. « Espérons aussi que, d’ici là, les électeurs auront gagné en maturité », ajoute-il.

Sauver la République est visiblement une équation à de nombreuses inconnues. Alors que Dieu nous sauve !

Moussa Bolly

Malick Diancoumba

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