mardi 20 octobre 2020
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L’EXPLOITATION DE L’OR : la Somisy doit plus de 227 milliards CFA au Mali sur seulement trois années d’exercice              

«Mali Lithium» va lever 70 millions de dollars australiens (38 713 724 000 F Cfa) pour conclure l’achat de la mine d’or Morila et lancer les travaux nécessaires à l’entrée en production de l’actif. Au Même moment, c’est Marvel Gold qui élargit son empreinte aurifère dans notre pays avec l’acquisition du permis d’exploration Sakaar. Autrement, le Mali continue d’être un Eldorado minier pour les multinationales alors que le métal jaune ne brille que pour très peu de Maliens. Et son apport à l’économie national et au Trésor public ne se traduit qu’à travers des chiffres récités comme une litanie par nos décideurs qui sont les seuls à voir leur impact.

 

Classé 4e d’Afrique en 2018, le Mali a produit, au cours des exercices 2015, 2016, 2017 et 2018, 203,9 tonnes d’or. Une immense production aurifère qui aurait dû être une vraie aubaine en cette période de crise économique structurelle aggravée par la récession liée aux conséquences dramatiques de la pandémie du coronavirus. Valeur refuge, les cours du précieux métal sont toujours boostés par les crises.

L’or a commencé cette année 2020 dans la fourchette de cours de 1570 à 1600 dollars par once avec une conversion 1400 à 1430 euro l’once soit un cours kilo entre 45000 et 46000 euro par kilo d’or. Bénéficiant de l’effet du Brexit et de l’élection de Donald Trump, le métal jaune est ainsi remonté à des sommets avec une hausse atteignant parfois 25 %. A ce jour, le métal est toujours en hausse de plus de 12 % ou 120 $ l’once par rapport au cours de janvier 2016. On comprend alors pourquoi les multinationales minières cherchent à conforter leur présence au Mali en acquérant de nouveaux permis. Et qu’en tire notre pays comme intérêt ? Rien !

Hélas, cela ne semble nullement profiter à notre pays dont la dépendance de l’aide financière extérieure ne cesse de croître. Il est de notoriété publique que l’or ne brille pas pour le Malien lambda même si les autorités publiques et les responsables de mines ne cessent de vanter sa contribution à l’économie nationale. Le contraire aurait surpris si l’on se réfère aux irrégularités financières, administratives et environnementales mises récemment en évidence par le Bureau du vérificateur général (BVG/Bulletin de liaison juin-août 2020) au niveau de différentes sociétés minières du pays.

Ayant produit 13,65 % des 203,9 tonnes d’or produites au Mali entre 2015 et 2018, la Société des mines de Syama (SOMISY-SA) est indexée dans ce document. Ainsi, selon le BVG, elle doit plus de 227 milliards de francs Cfa au Mali sur seulement trois années d’exercice. Société de droit malien dont la convention d’établissement date du 14 avril 1987, elle exploite les substances minérales faisant l’objet du permis d’exploitation N°PE- 008/93 de l’Etat malien.

La mission de vérification du BVG qui y a séjourné avait pour objectif de s’assurer de la conformité de la mise en œuvre de ladite convention, de la régularité et de la sincérité des opérations de recettes et de dépenses. Elle a décelé un ensemble de faiblesses et de dysfonctionnements.

A commencer par des irrégularités administratives. Selon le document, il s’agit de la gestion irrégulière du personnel expatrié, la conclusion d’un avenant irrégulier à la convention de Somisy-SA qui a fait bénéficier cette dernière de 3 années supplémentaires d’exonération de certains impôts et taxes ainsi que l’absence de certaines mesures de sécurité pour le personnel de la mine. «Le personnel expatrié de Somisy-SA est employé dans des conditions qui violent les textes législatifs et réglementaires du Mali», a déploré le rapport. Pire, ce personnel expatrié, qui ne représente que 14 % de l’effectif total, bénéficie des 53 % de la masse salariale annuelle de la société. En moyenne, un expatrié a un salaire moyen qui vaut plus de 7 fois le salaire moyen d’un cadre supérieur malien de la même boite.

L’Etat n’a droit aux dividendes qu’au déclin de la mine

Des irrégularités financières sont aussi dénoncées dans le bulletin du BVG. Elles s’élèvent à 227,8 milliards de F Cfa et sont relatives au non-paiement de certains impôts et taxes à l’Etat malien, à la mise en place et au remboursement d’emprunts irréguliers à Resolute LM ainsi qu’au paiement d’intérêts indus à cette même société. La pratique de Resolute ML, fondée sur une trésorerie commune de l’ensemble de ses mines dans le monde, consiste à prélever directement les excédents de cash-flows sous forme de remboursement d’emprunt monté en boucle et avec le système de capitalisation d’intérêts.

Ainsi, le montant des remboursements de l’emprunt Resolute ML constitue 60,25 % du chiffre d’affaires total de la période sous revue, soit 605,22 milliards de F Cfa. Avec cette pratique, les emprunts accompagnent la société minière jusqu’à sa fermeture et l’Etat n’aura de dividendes que pendant le déclin de la productivité de ladite société. «Le Mali doit demander aux experts financiers d’aller analyser, depuis l’Australie, la gestion financière de la SOMISY-SA car la majorité de ses opérations financières et comptables est effectuées par Resolute ML», recommande le Bureau du vérificateur.

Quant aux irrégularités environnementales, elles ne manquent pas dans nos mines. A Syama, le BVG a relevé l’absence de systèmes d’épuration de gaz, poussières et fumées sur les cheminées de la centrale électrique et de l’usine de production d’or, le fonctionnement défectueux ou l’absence de canalisations d’évacuation des eaux usées et de station de traitement des eaux usées dans certains garages de la mine. Il a aussi constaté la non-conclusion de contrats d’assurance sur la gestion de ces déchets dangereux.

A la suite de toutes ces investigations sur les transactions minières, le Bureau du vérificateur général souhaite que «l’Etat du Mali sorte du système d’actionnariat pour lier sa part à un pourcentage du chiffre d’affaires réalisé». Ainsi, a-t-il précisé, au lieu d’attendre des dividendes distribuables, «il sera automatiquement versé à l’Etat un taux du chiffre d’affaires réalisé à hauteur de sa part actionnariale dans cette société» !

Moussa Bolly

 

 

Malick Diancoumba

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