samedi 6 mars 2021
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Le Président Macron à Gao : Et si on parlait des maladresses d’un donneur de leçons

La visite éclair effectuée à Gao, le vendredi dernier, par le Président français, Emmanuel Macron, au cours de laquelle il a rencontré le Président Ibrahim Boubacar Kéïta et les Forces françaises Barkhane, n’a pas que de belles paroles dans son menu. Cette visite, marquée en partie par l’affirmation (louable sous certains cieux) de l’engagement de la France dans la lutte antiterroriste, comporte aussi des vices de forme et de fond qui ne reflètent pas pour autant l’image du Jeune Président hôte du Mali. En déplaçant son homologue malien à sa rencontre à Gao, en s’auto invitant au futur sommet du G5 Sahel et surtout en pressant les Présidents malien et algérien d’accélérer la mise en œuvre de l’Accord de paix, Emmanuel Macron a non seulement humilié l’Afrique mais aussi il venait, peut-être, ainsi de créer un premier incident diplomatique envers le voisin algérien.

Le tout nouveau Président français a beau être brillant sur son parcours politique l’ayant mené à l’Elysée mais il a fait preuve de maladresses à l’occasion de son premier déplacement en terres africaines dans sa nouvelle posture de Chef d’Etat. Imprudence, immaturité politique ou fougue de jeunesse, on ne saurait à quelle raison exacte imputer les failles notoires décelées dans ce déplacement. Toujours est-il que les appréciations ne sont pas unanimes sur le manque de temps matériel que Macron avait avancé à son homologue malien pour justifier son atterrissage à Gao sans aucun passage préalable à Bamako comme cela devrait être de coutume diplomatiquement. Le Président IBK ayant effectué le déplacement à Gao pour aller accueillir le nouveau patron, a démontré que même si Koulouba a mal vu cette attitude de son hôte, on n’a daigné en piper mot. Il fait ainsi la preuve que le jeune Président demeure tout de même le Chef d’État des pays africains dont les dirigeants sont de fait réduits aux statuts de simples Gouverneurs. Tout est dans le symbole. Si certains avaient du mal à comprendre la notion de « rapport de forces‎ », il n’y avait pas de meilleure illustration. L’Afrique (singulièrement le Mali) se trouve une fois de plus humiliée sur son sol ‎parce qu’on n’a pour dirigeants que des Hommes qui manquent cruellement de la moindre once de dignité. ‎

Sur le fond, Emmanuel Macron a annoncé, lors de sa visite à Gao, qu’il participerait «dans les prochaines semaines» à une réunion du « G5 Sahel » sur la lutte contre les groupes djihadistes opérant notamment au Mali, et que la France renforcerait son engagement à ce titre «en lien très fort » avec l’organisation régionale. Il saute aux yeux de tous ici que le patron n’a nullement besoin de voir notifiée à lui une quelconque invitation avant de se prononcer sur sa participation ou non. N’en déplaise à Bamako ou N’Djaména, à Ouaga ou Nouakchott, encore moins à Niamey ; le patron a déjà ainsi mis toutes ces chancelleries devant le fait qui se sera accompli à l’occasion de ce sommet, histoire de leur signifier qu’elles n’ont pas leur destin en main surtout dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Aucun orgueil n’est trop grand pour un Président qui plus est français de rappeler aux dirigeants africains qu’ils n’ont pas les moyens de se démettre de leur dépendance vis-à-vis de leur ancienne métropole.

Le comble dans les maladresses notables à Gao, le vendredi dernier, vient de la pression faite par Emmanuel Macron sur le Mali et l’Algérie médiatrice dans la crise malienne, d’accélérer la mise en œuvre de l’Accord de paix et de s’engager pleinement dans la lutte antiterroriste. Si du côté malien, ce message peut ne pas susciter de remous parce que le Mali est la principale victime de cette crise, du côté algérien, par contre, cette pression pourrait tout à fait être interprétée comme un premier couac diplomatique.  «J’aurais une exigence renforcée à l’égard des Etats du Sahel et de l’Algérie », a-t-il déclaré, avant de souligner qu’«on ne peut pas manifester quelque faiblesse que ce soit à l’égard de groupements terroristes, quelles que soient les raisons politiques domestiques », a déclaré un Macron dont l’élection avait pourtant été très chaleureusement saluée par Alger.

Il est vrai que le Président français est quelque peu ambigu sur son intention ici, mais l’analyse de ces propos laisse croire qu’il voulait parler du Chef du groupe Ansar Dine Iyad Ag Ghali et de l’attitude pas très claire de l’Algérie vis-à-vis de ce Chef en planque quelque part entre le Mali et l’Algérie. Sur ce dossier, il y a une certaine sensibilité en Algérie parce que mettre en doute ses capacités ou ses manières de lutter contre le terrorisme et sa vision par rapport à la question du Sahel risque de refroidir, ne serait-ce que partiellement, les relations entre la France et l’Algérie même s’il n’y a pas encore eu de réactions officielles à ces déclarations du Président Macron.  Autant dire que le nouveau patron de l’Elysée a sans doute commis là une première maladresse diplomatique.

Katito WADADA : LE COMBAT

 

Rédaction

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