dimanche 6 décembre 2020
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Indignation au Brésil après la mort d’un Noir tué par des agents de sécurité dans un Carrefour

La scène, filmée par un témoin, a eu lieu à l’entrée d’un supermarché du groupe de grande distribution. Des manifestations de colère ont éclaté aux quatre coins du pays, qui célébrait le Jour de la conscience noire.

Ce sont des images terrifiantes et qui tombent à un moment tragique : le décès, jeudi 19 novembre au soir, d’un homme noir frappé à mort par des agents de sécurité d’un magasin du groupe Carrefour, à Porto Alegre, à la veille du très symbolique Jour de la conscience noire, a ému et révolté une grande partie du Brésil.

Sur la vidéo, filmée par un témoin, on peut voir Joao Alberto Silveira Freitas, 40 ans, jeté à terre et battu à mort par deux agents de sécurité blancs à l’entrée du magasin. On peut y entendre aussi le choc des coups de poing, lancés en plein visage, et les cris de détresse d’un homme qui agonise. Sur le sol orangé, éclairé au néon, on peut apercevoir des gouttes de sang.

Selon la police, la victime, morte sur place, aurait succombé à une asphyxie, alors que les agents auraient tenté de l’immobiliser. Les deux suspects, âgés de 24 et 30 ans, employés de la société Vector, sous contrat avec Carrefour, ont été arrêtés et placés en détention. L’un d’eux, policier militaire, travaillait à la sécurité du magasin en dehors de ses heures de service.

« C’est un acte de racisme »

La cause exacte ayant provoqué le drame n’a pas encore été établie. Ce 19 novembre, M. Silveira Freitas allait faire ses courses au Carrefour du quartier Passo d’Areia, dans le nord de Porto Alegre, en compagnie de son épouse. Selon la police, une altercation aurait eu lieu entre la victime et une salariée du supermarché. Mais, pour la famille du défunt, la nature du crime ne fait aucun doute. « Pour moi, c’est un acte de racisme », a commenté le père de la victime, évoquant une agression motivée par « la haine, la furie ».

Le drame a provoqué une vague d’indignation. Et pour cause : il a eu lieu en pleine campagne municipale, mais surtout à la veille du Jour de la conscience noire, célébrant la mémoire de Zumbi, esclave insurgé et héros des Afro-Brésiliens, décédé le 20 novembre 1695.

Dans ce contexte, la colère est grande contre le géant français des hypermarchés Carrefour, accusé de racisme. La chaîne possède au Brésil plus de 700 points de vente, où travaillent 90 000 salariés. Des manifestations ont eu lieu vendredi devant l’entrée de plusieurs magasins du pays. A Sao Paulo, les protestataires ont brisé les vitrines et envahi l’une des enseignes du groupe, avant de tenter d’y mettre le feu, aux cris de « Carrefour raciste ! ».

Carrefour sous le feu des critiques

Des accusations rejetées par la chaîne de distribution. « C’est une tragédie, nous sommes catastrophés, horrifiés. C’est inexcusable, a expliqué au Monde Stéphane Engelhard, secrétaire général de Carrefour au Brésil. Nous agissons déjà beaucoup contre le racisme, à travers des formations pour sensibiliser les employés. » Le magasin de Porto Alegre a été provisoirement fermé, son responsable au moment du drame démis de ses fonctions. Carrefour a aussi annoncé avoir rompu son contrat avec la société de sécurité Vector.

Malick Diancoumba

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