lundi 1 juin 2020
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Génocide au Rwanda : Félicien Kabuga s’oppose à sa remise à la justice

Après vingt-cinq ans de cavale, le grand argentier des massacres de 1994 pourrait être jugé par le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux à Arusha, en Tanzanie.

 

Le financier présumé du génocide au Rwanda Félicien Kabuga, arrêté samedi 16 mai après vingt-cinq ans de cavale, s’oppose à sa remise à la justice internationale, ont indiqué mardi 19 mai ses avocats à l’AFP, après que le parquet général lui a notifié le mandat d’arrêt le visant.

MLaurent Bayon et MEmmanuel Altit ont ajouté qu’ils saisiraient la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris « de différentes demandes » car leur client « s’oppose à son transfèrement à Arusha », où il pourrait être jugé par le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI).

Ils ont par ailleurs annoncé qu’ils demanderaient ce mercredi le renvoi au 27 mai de l’audience lors de laquelle la validité de ce mandat doit être examinée, ce qui ne peut leur être refusé. « En programmant dès demain à 14 heures une audience devant la chambre de l’instruction pour demander le transfèrement de Félicien Kabuga, alors que cette audience devrait se tenir dans un délai de huit jours après la présentation au parquet général, il porte atteinte une nouvelle fois aux droits de la défense », ont-ils estimé.

A la prison de la Santé à Paris

La défense de M. Kabuga a aussi indiqué qu’elle saisirait en référé le tribunal judiciaire de Paris des atteintes à l’encontre de ses droits fondamentaux, jugeant inadmissible qu’il ait « été présenté comme un des principaux génocidaires rwandais par un communiqué de presse commun au parquet général et à la gendarmerie nationale diffusé le 16 mai 2020, alors que son procès n’a pas eu lieu ».

Trois jours après son arrestation en banlieue parisienne, M. Kabuga, 84 ans, a été transporté à la mi-journée de la prison de la Santé, où il est détenu, jusqu’à la cour d’appel de Paris.
Là, il a été présenté à une avocate générale qui lui a notifié le mandat d’arrêt du MTPI, la structure chargée d’achever les travaux du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), selon un communiqué du parquet général.

M. Kabuga est mis en accusation par le MTPI pour notamment « génocide »« incitation directe et publique à commettre le génocide » et « crimes contre l’humanité [persécutions et extermination] ». Une fois que M. Kabuga aura comparu devant la chambre de l’instruction, qui doit également statuer sur son maintien en détention, les magistrats auront quinze jours pour émettre un avis, favorable ou non, à sa remise au MTPI. En cas d’avis favorable, M. Kabuga pourra encore se pourvoir devant la Cour de cassation, qui aura deux mois pour statuer.

« Rendre des comptes »

M. Kabuga, qui résidait à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) sous une fausse identité, est notamment accusé d’avoir créé les milices Interahamwe, principaux bras armés du génocide de 1994 qui fit quelque 800 000 morts selon l’ONU.

En 1994, M. Kabuga appartenait au cercle restreint du président rwandais Juvénal Habyarimana dont l’assassinat, le 6 avril 1994, allait déclencher le génocide. Il présidait la tristement célèbre Radio-télévision libre des mille collines (RTLM), qui diffusa des appels aux meurtres des Tutsi, et le Fonds de défense nationale (FDN) qui collectait « des fonds » destinés à financer la logistique et les armes des miliciens hutu Interahamwe, selon l’acte d’accusation du TPIR.

Cette arrestation « est un rappel que ceux qui sont responsables de génocide peuvent être amenés à rendre des comptes, même vingt-six ans après leurs crimes », avait commenté samedi le procureur du MTPI, Serge Brammertz, dans un communiqué.

Le Monde

Malick Diancoumba

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