mardi 1 décembre 2020
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En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara très sûrement candidat à la présidentielle « malgré lui »

Après la mort de son dauphin, tout laisse à penser que le président briguera un troisième mandat. Un reniement qui consacre l’absence de renouvellement de la classe politique.

 

Alassane Ouattara n’avait sûrement pas imaginé pareil cauchemar. Il n’a cependant rien fait pour l’éviter. Depuis le 5 mars et l’annonce de son départ au terme de son mandat, le président ivoirien, 78 ans, disait aspirer à une retraite « bien méritée », à s’occuper de sa famille et de sa fondation, dont les locaux sont en cours de finition.

Avant même cette déclaration officielle, qu’il affirmait avoir mûrie depuis deux ans, la route avait été préparée pour le premier ministre d’alors, Amadou Gon Coulibaly. Le décès inopiné, le 8 juillet, de ce « fils » et « plus proche collaborateur », comme l’a qualifié le président, a fait voler en éclats ce plan de succession. Sauf nouveau coup de théâtre, la candidature d’Alassane Ouattara pour la présidentielle – dont le premier tour a été fixé au 31 octobre –, en vue d’un troisième mandat, semble désormais acquise.
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Dans son esprit, seul celui qui fut son secrétaire général à la présidence puis son premier ministre était capable de prendre la relève parmi cette « jeune génération » à qui il disait vouloir transmettre le flambeau. Les autres concurrents au sein du pouvoir ont été écartés, comme l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, ou invités à ronger leur frein, comme le ministre de la défense, Hamed Bakayoko.

Ceux qui auraient aimé un peu plus de considération, un semblant de démocratie interne sur la désignation du successeur, sont allés voir ailleurs ; comme les anciens ministres Marcel Amon-Tanoh, qui a annoncé, mercredi 22 juillet, sa candidature à la présidentielle, Albert Toikeusse Mabri ou le vice-président, Daniel Kablan Duncan.

« La carte de la stabilité »

Au moment qui aurait dû être le crépuscule de sa carrière politique, Alassane Ouattara apparaît plus seul que jamais. Un homme prisonnier de son attachement exclusif à un dauphin à la santé fragile, d’un entourage qui n’a guère intérêt à son départ et de sa croyance que lui seul est désormais en mesure de battre les deux autres « éléphants » de la politique ivoirienne. L’ancien président Henri Konan Bédié s’est déclaré candidat à 86 ans, et Laurent Gbagbo, 75 ans, dont les intentions ne sont pas clairement affichées, pourrait faire alliance avec lui, posant ainsi un réel défi électoral au pouvoir.

« A l’heure actuelle, compte tenu des délais, je ne vois, hélas, pas d’autre solution pour préserver la stabilité du pays », a ainsi confié Alassane Ouattara au magazine Jeune Afrique, une semaine après le décès d’Amadou Gon Coulibaly. Cette idée d’un sacrifice obligé, d’une candidature malgré lui, a également été présentée, selon nos informations, à Jean-Yves Le Drian, lorsque le chef de la diplomatie française s’est rendu le 14 juillet aux obsèques du premier ministre ivoirien.

L’espérance d’un renouvellement du personnel politique local formulée par Paris attendra. Pour autant, cette candidature à un troisième mandat, que les opposants ne manqueront pas de déclarer contraire à la Constitution, ne devrait pas susciter de réaction outragée.

« Le besoin déjà identifié demeure et nous le lui avons dit. Mais, avec un pays comme la Côte d’Ivoire, nous jouerons de toute façon la carte de la stabilité. Notre relation nous permet de tout nous dire, mais la rupture n’est pas possible », dit une source officielle française. Le président de la Guinée voisine, Alpha Condé, lui aussi en quête d’un troisième mandat et qui n’a cessé de dénoncer le « deux poids, deux mesures » dont il serait victime, ne peut que jubiler.

En Côte d’Ivoire, dès le premier ministre enterré, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) s’est mis en branle. Les consultations de la base, les déclarations des cadres du parti au pouvoir, une pétition lancée sur les réseaux sociaux sonnent toutes comme un plébiscite parfaitement organisé en faveur d’Alassane Ouattara. « En l’état, il est le seul qui peut nous faire gagner et maintenir l’unité du parti », avance un dirigeant du RHDP.

Système pyramidal

Son image de technocrate ayant travaillé à la reconstruction de la Côte d’Ivoire sortira inévitablement abîmée de ce reniement. Conscient de cela lorsqu’il se montrait ambigu sur sa candidature et n’avait pas encore officiellement adoubé son premier ministre, il affirmait alors vouloir « empêcher ceux qui ont détruit la Côte d’Ivoire de revenir », avant de conclure sur des accents trumpiens : « Côte d’Ivoire first ».

Reste que, derrière cette probable candidature qui pourrait faire bégayer l’histoire – en 2010-2011, la première confrontation électorale entre les trois principaux dirigeants s’était soldée par une guerre qui a fait plus de 3 000 morts –, c’est tout le fonctionnement de la vie politique ivoirienne qui se révèle.

Un système pyramidal où les cadets, approchant souvent la soixantaine, sont éternellement priés de patienter et n’osent pas s’émanciper de leurs aînés. Comment sinon comprendre la candidature qu’Henri Konan Bédié a pu encore imposer aux cadres du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, ou l’impossibilité du Front populaire ivoirien à se reconstruire sans Laurent Gbagbo ?

L’« Ivoirien nouveau » qu’Alassane Ouattara prétendait vouloir faire émerger en même temps que son pays au moment de prendre sa retraite en 2020 attendra encore. Il y a de fortes chances que les Ivoirens, au lendemain de la prochaine élection, puissent encore appeler leur président « le Vieux ».

Le monde : Cyril Bensimon

Malick Diancoumba

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