jeudi 1 octobre 2020
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Depuis vingt ans, la galerie Art-Z met en lumière l’art contemporain africain en France

Dans le XIe arrondissement de Paris, Olivier Sultan, fondateur et directeur du lieu, promeut des artistes du continent. L’exposition « Les Afriques autrement » y est visible jusqu’au 16 janvier.

L’artiste ivoirien Mounou Désiré Koffi (à gauche) devant l’une de ses œuvres, « La Révolte » (2018), en compagnie d’Olivier Sultan à la galerie Art-Z, en novembre 2019. Josette Sultan
Vingt-deux artistes pour célébrer vingt ans d’existence. A la galerie Art-Z, située dans le XIe arrondissement de Paris, Olivier Sultan promeut l’art contemporain africain depuis deux décennies. Plasticiens, photographes ou sculpteurs, les créateurs viennent de toutes les Afriques, de l’Ouest, centrale ou australe. Ce n’est pas l’exposition actuelle, intitulée « Les Afriques autrement », avec ses œuvres du Bénin, du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire, du Ghana, du Kenya, du Mali, de République démocratique du Congo, du Sénégal ou du Zimbabwe, qui contredira le cosmopolitisme du lieu.
C’est donc en 1999 qu’Olivier Sultan ouvre sa première galerie parisienne, tenue à l’époque par sa sœur et son beau-frère. Lui est au Zimbabwe depuis 1987, assurant une mission de coopération au Centre culturel français à Harare : « J’ai réalisé qu’il y avait de très bons artistes zimbabwéens, mais qu’on parlait d’eux d’une façon un peu inappropriée. On insistait énormément sur le côté traditionnel. On mélangeait beaucoup l’artisanat et l’art, alors que les artistes voulaient qu’on parle d’eux comme de créateurs contemporains et qu’on mette en avant leur démarche individuelle. »
Trois générations d’artistes
De retour à Paris en 2000, alors que « Robert Mugabe est devenu un apprenti dictateur confirmé », il reprend la galerie et lui donne en 2002 le nom un peu provocateur de Musée des arts derniers. « Un clin d’œil au futur Musée du quai Branly, qui devait s’appeler “musée des arts premiers”. Comme un euphémisme à “primitifs”. Une façon paternaliste, passéiste, de voir l’Afrique. Les artistes africains contemporains et moi n’étions pas du tout d’accord avec cette façon de voir. On s’est dit qu’on allait ouvrir un lieu culturel pour qu’une autre voix se fasse entendre. Et nous avons été parmi les précurseurs à Paris de ce genre de galerie », précise le directeur.

Depuis 2013, le lieu a été rebaptisé galerie Art-Z, en référence au Zimbabwe, pays cher à Olivier Sultan. « J’estimais que la polémique avec les arts premiers datait », explique le fondateur de cet espace qui a contribué à l’émergence de plusieurs artistes de la nouvelle scène contemporaine, comme le Béninois Tchif, le Burkinabé Saïdou Dicko, l’Ivoirien Mounou Désiré Koffi, le Malien Fototala King Massassy ou le Sénégalais Ndoye Douts.

L’artiste malien Fototala King Massassy devant l’une de ses œuvres, « Insolence » (2017), à Arles, dans le cadre de son exposition à l’espace Van Gogh, en octobre 2019. Olivier Sultan
Avec l’exposition « Les Afriques autrement », trois générations de créateurs se côtoient. Les aînés sont notamment représentés par le Zimbabwéen Lazarus Takawira, né en 1952 à Nyanga. Sculptant la dure pierre serpentine, il fait naître dans ses œuvres des portraits de femmes aux visages rappelant ceux de Modigliani. Le grand photographe malien Malick Sidibé, né en 1936 à Soloba et décédé à Bamako en 2016, fait également partie de cette génération. Ses reportages dans les surprises-parties de Bamako et ses portraits réalisés dans son studio ont été couronnés par le prix Hasselblad en 2003 et le Lion d’or de la 52e Biennale d’art contemporain de Venise en 2007. Autre grand aîné : le Zimbabwéen Rashid Jogee, né en 1951 à Bulawayo, en qui Olivier Sultan voit « l’un des artistes les plus originaux de son pays ». Il travaille l’aquarelle et l’acrylique pour des compositions colorées abstraites et expressionnistes.

Parmi la génération intermédiaire des artistes exposés, le Britannique d’origine sud-africaine Bruce Clarke, né à Londres en 1959, s’impose comme un plasticien engagé, dont l’œuvre traite de l’histoire contemporaine. Olivier Sultan et lui se sont rencontrés à la fin des années 1990, grâce à une exposition d’artistes zimbabwéens montée par le galeriste. Pour Bruce Clarke, « il y a une ouverture d’esprit à la galerie Art-Z qui n’existe pas dans d’autres lieux de ce type. Olivier Sultan permet à des artistes d’exposer pour la première fois. Il prend des risques et c’est ce qui le différencie. Son espace est atypique ».

L’artiste Bruce Clarke dans son atelier de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), devant son œuvre « Suddenly » (2018), en octobre 2019. Christian Lajoumard
Le Sénégalais Soly Cissé est aussi un habitué du lieu. Né en 1969 à Dakar, il peint, sculpte, photographie et est aussi vidéaste. Depuis quinze ans, il est présent dans les principales foires et expositions d’art contemporain. L’Ivoirien Siriki Ky, né en 1953 à Abidjan, fait également partie de ceux dont on rencontre les œuvres à la galerie Art-Z. Sculpteur, il est devenu maître du procédé de fonderie à la cire perdue.
Bientôt un nouveau lieu à Arles
Et puis, il y a les plus jeunes. Appartenant à la dernière génération de créateurs présentés rue Keller, la présence du Kényan Evans Mbugua ne passe pas inaperçue. Né en 1979 à Nairobi, peintre, plasticien et designer, l’artiste porte un regard singulier sur nos identités et leurs faces cachées, utilisant le verre et le plexiglas pour sublimer ses sujets par la brillance et les reflets, tout en soulignant la fragilité humaine. « C’est la galerie Art-Z qui m’a fait connaître à Paris. Elle m’a assez rapidement proposé une exposition qui a permis de montrer mon travail ici », déclare celui qui y est exposé aujourd’hui aux côtés notamment des Congolais Robert Nzaou Kissolo et Francklin Mbungu Wabongan.

« Je t’ai à l’œil », d’Evans Mbugua. Huile sur plexiglas (2019). Olivier Sultan
Après « Les Afriques autrement », deux nouveaux rendez-vous sont prévus au cours du premier semestre 2020. Une exposition exclusivement féminine rassemblant une quinzaine d’artistes, originaires d’Afrique du Sud, du Burkina Faso, du Cameroun, du Zimbabwe, pour commencer l’année. Puis, en rapport avec la saison Africa 2020 voulue par le président Emmanuel Macron, une exposition sur le thème des visas et de la liberté d’aller et venir. « C’est bien que les œuvres circulent, mais il faut aussi que les artistes puissent le faire. Ces dernières années, malgré une préparation en bonne et due forme auprès des ambassades concernées, une fois sur deux la personne n’a pas pu venir. Et pour ce rendez-vous, on va demander à des artistes de créer spécialement », souligne Olivier Sultan.

L’avenir de la galerie Art-Z ne se résume pas à l’espace du XIe arrondissement de Paris. Au printemps 2020, un nouveau lieu sera ouvert à Arles (Bouches-du-Rhône), totalement dédié à la photographie du continent pendant les Rencontres photographiques et ouverte aux autres arts le reste de l’année. « Avec les Rencontres, il me semble important d’avoir une présence de la photographie africaine à Arles », plaide le galeriste, pour qui « c’est un tremplin incontournable. »
Enfin, un partenariat a été conclu avec le cinéaste Christian Lajoumard, qui réalise des documentaires sur des artistes contemporains africains. « Il évite les grands commentaires et met très peu de dialogue dans ses films. Il veut montrer la réalisation d’une œuvre du début à la fin », précise Olivier Sultan, qui veut surtout « ne pas parler au nom des créateurs ». Sans oublier cette idée chère au galeriste de créer, un jour, des jumelages avec des espaces ouverts en Afrique par des artistes confirmés, afin que l’art contemporain du continent ne soit plus uniquement visible de façon pérenne en Occident.
le mondeAfrique
Olivier Herviaux

Malick Diancoumba

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