samedi 15 août 2020
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CRISE POLITIQUE : LE POINT DE NON-RETOUR

Le moment redouté est désormais arrivé. Par sa réponse peu policée de fin de non-recevoir au Mémorandum du M5-RFP, Ibrahim Boubacar Keïta fait en réalité une déclaration de guerre à son peuple.

À la demande expresse du président du chef de l’État, le M5-RFP a envoyé pour le rencontrer une délégation suffisamment représentative ce dimanche, 6 mai, au Palais de Koulouba. L’entretien entre les deux parties s’est soldé par un retentissant fiasco. Dr. Choguel K. Maïga résume ce qui s’est passé : « Le président de la République a souhaité que le M5-RFP négocie avec les partis et regroupements politiques de la majorité présidentielle… » En clair, IBK refuse de se mettre en équerre face aux responsables de la contestation parce qu’il considère que ces derniers ne constituent que des groupuscules qui ne peuvent se hisser à sa hauteur pour discuter d’égal à égal. En clair, il rejette en bloc les revendications de la contestation populaire, ce qui va également avec le refus des propositions de la communauté internationale pour une sortie de crise. Il n’est pas question pour lui de dissoudre l’Assemblée et il considère que la Cour constitutionnelle présidée par Manassa Dagnoko a abattu un excellent travail.
Il est aisé de comprendre alors qu’Ibrahim Boubacar Keïta a fixé le point de non-retour de la crise tout en se gardant de dire qu’il est maintenant prêt à toutes les éventualités, advienne que pourra. C’est la lecture la plus évidente à partir du moment où le M5-RFP qui a difficilement accepté de l’imam Mahmoud Dicko le maintien à son poste en tant que président honorifique avait clairement dit qu’au-delà, il ne négocierait plus  rien. On comprend donc que c’est par politesse que les responsables de la contestation citoyenne ont répondu au chef de l’État qu’ils réservaient leur réponse jusqu’à ce qu’ils se concertent entre eux. Cette concertation, si elle a lieu, se passera quand même alors que le mot d’ordre de mobilisation pour vendredi prochain garde toute sa charge. On imagine qu’il y a une réponse du berger à la bergère.
Mais pour une telle réponse au M5-RFP, IBK aurait pu en laisser le soin à l’imam Mahmoud Dicko qu’il a reçu, au moins pour la deuxième fois en cinq jours, le samedi. Ce dernier, dès son retour de Nouakchott le mardi 30 juin, lui avait déjà remis le Mémorandum du M5-RFP, mais pour constater, selon ses mots, que IBK n’a toujours pas compris son peuple, en plus du fait qu’il a tenté de le corrompre en lui proposant des départements ministériels et autres privilèges que le dignitaire religieux a refusés. Le samedi, dernière rencontre donc, entre Dicko et IBK, le dernier avait aussi reçu sa majorité présidentielle par une longue péroraison de près d’une heure. Faut-il alors penser qu’il a dit aux siens toute sa hargne d’en découdre avec ses contestataires, histoire de les galvaniser pour l’affrontement, ou est-ce ces derniers qui l’ont invité au bras de fer?  Question importante pour la suite qui ne tardera pas à exhiber les couleurs de  deux camps également déterminés à ne plus rien céder l’un à l’autre.
Il y a la donne étrangère. Le président Emmanuel Macron et les chefs d’État du G5 Sahel ont-ils incité à Nouackchott IBK à sévir contre la contestation populaire malienne, quitte à provoquer un bain de sang par le massacre des populations révoltées? Difficile de croire pour le moment à une telle connivence. Mais ce qui est sûr, c’est que, du 18 juin où la haute délégation de la C.E.D.E.A.O. a durement négocié puis formulé des recommandations, à maintenant, IBK n’a fait aucun geste allant dans le sens de la décrispation. Au contraire, il a laissé la situation pourrir, en agissant même sournoisement pour qu’émergent des supposés défenseurs de sa personne et des institutions, lesquels ont régulièrement servi des discours martiaux hérissés d’invectives, voire de propos plus graves. Réalité indéniable à un moment où des preuves de contacts miliciens ont été enregistrés ça et là au centre du pays, entraînant davantage des ethnies dans la spirale  des conflits fratricides. Drame prévisible quand des activistes religieux se sont réunis pour lire 110 fois le saint Coran afin d’invoquer le soutien d’Allah contre le peuple.
Amadou N’Fa Diallo

Malick Diancoumba

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