vendredi 25 juin 2021
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ANNULATION DE LA MANIFESTATION DU VENDREDI PROCHAIN: PAR LA C.M.A.S UN RÉPIT INESPÉRÉ POUR IBK  

Moussa Kaou Djim, proche collaborateur de Mahmoud Dicko dont il est d’ailleurs le porte-parole attitré, ne fait pas d’habitude dans la dentelle. Le message qu’il avait délivré aux médias et à l’opinion publique nationale et internationale, après l’annulation, le 3 mars, de la convocation de son mentor par le tribunal de la commune V pour menaces à l’autorité de l’État et incitation à la violence, était dans cette ligne. 

 

« Non seulement la manifestation du vendredi (ndlr : 06 mars 2020) est maintenue, mais elle demandera la démission d’Ibrahim Boubacar Keïta. Nous voulons qu’il démissionne. Et je dis, haut et fort, la C.M.A.S. (Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants) de l’imam Mahmoud Dicko demande à tous les patriotes, à tous les Maliens épris de paix et de justice, démocratiquement, pas de violences, nous sommes des républicains…, nous connaissons nos droits et nous avons le droit, politiquement, de demander à IBK de partir, nous demanderons au peuple de dire à IBK de partir démocratiquement. Et le nombre du peuple qui sortira le vendredi prouvera qu’il n’est plus avec IBK [que ce dernier], a échoué et que son échec est politique, économique, militaire et social. Le Mali est à terre, le Mali est devenu la risée de la sous-région par la faute du régime d’Ibrahim Boubacar Keïta ». Tel était le message qui vaut à la fois de réquisitoire pour une condamnation sans appel et de lettre de sommation pour démission adressée au locataire du palais de Koulouba. Indéniablement, si la manifestation prévue avait été maintenue, elle aurait été le commencement du compte à rebours de la fin du pouvoir d’IBK ce Vendredi saint. Mais le Chérif de Nioro, respectable personnalité, serait intervenu pour que le mouvement ne soit pas déclenché. Dicko, en toute humilité, a accepté et a même lui-même annoncé la décision en conférence de presse convoquée à cet effet. Y aurait-il eu sans cette intervention in extremis de M’Bouillé, comme ce fut avec le général Moussa Traoré en 1991, une délégation qui se serait transportée sur les hauteurs de Koulouba afin de remettre une demande de démission immédiate au président qui apparaît de plus en plus plumé? Les organisateurs de la manifestation n’avaient rien révélé encore, mais on sait que plusieurs scénarios sont prévus par eux, dans une discrétion toute militaire. Ce qui dénote le haut degré de préparation en amont, qui a pris des semaines de concertations à des niveaux insoupçonnés. Il faut relever, d’ores et déjà, que la C.M.A.S. qui sert de tremplin à Mahmoud Dicko, est aujourd’hui de loin sur l’échiquier politico-social, l’organisation la mieux structurée, la plus disciplinée dont les militants obéiront à la lettre aux mots d’ordre. Et qui, réalité clé dans une lutte, a un programme précis : celui d’abattre le régime d’IBK tenu pour responsable de la dégringolade de tout le prestige du Mali et de l’obstruction de son avenir, voire des menaces qui visent son existence en tant qu’État souverain dans ses frontières originelles. Comparés à la C.M.A.S., tous les autres mouvements dans le pays, partis politiques comme organisations de la société civile, notamment les différents courants religieux musulmans qui ne sont que des clubs sous la férule mercantile de quelques individus à la gueule bien pendue, mais très insignifiants dans une arène, ne sont que des chapelles en perdition. De cela, Dicko et les siens sont parfaitement conscients et sont convaincus que même tous réunis ensemble en coalition, avec tout l’argent du monde en plus, ne pourront pas leur tenir la dragée haute. Ce n’est pas le seul bon point qu’ils ont avec eux. Le peuple malien, dans son écrasante majorité, en a marre des multiples dérèglements qui émaillent la gouvernance d’IBK. Non seulement le propre fils du président de la République est cité avec des détails croustillants dans une rocambolesque opération d’enlèvement d’un journaliste, suivi de l’assassinat de ce dernier, qui demeure non élucidée depuis au moins six ans, en plus son nom est mentionné dans plusieurs autres affaires véreuses; ce qui ne l’empêche pas de paraître dans des soirées mondaines. La femme du président, quant à elle, en épouse du chef de l’État de plus en plus présente sur les scènes publiques, elle est pointée comme une opératrice économique hyper protégée qui raflerait tout ce qui est juteux, au Mali comme à l’extérieur. La corruption est pour le moins rampante. Les faits en la matière répertoriés contre les proches d’IBK, sa famille, les membres du Rpm et du gouvernement suffisent à peindre le parfait tableau de la désolation asphyxiante des Maliens. Comme si tant de malheurs n’étaient que de petites pertes, l’affaire des avions cloués au sol et des blindés en carton fait irrémédiablement monter d’adrénaline. Alors que l’armée nationale, sevrée des soutiens normaux, subit revers sur revers sur tous les théâtres d’opérations. Conséquences : le Mali est devenu un gigantesque cimetière (Kolongo, Sobane Dah, Mondoro, Boulkessy, Sokolo, Diéma, etc.). L’école nationale, qui porte l’avenir du pays, est dans une panade morbide. La liste est longue. Dans les jours du meeting du 29 février de Dicko, les communautés dogon ont signifié à qui veut l’entendre qu’elles ne reconnaissent plus Boubou Cissé comme Premier ministre, et donc pas comme chef du gouvernement de la république. Il y a un paradoxe politique en marche. Mahmoud Dicko, s’il doit continuer sa croisade contre la mauvaise gouvernance qui mine le pays, apparaîtra sans doute comme César franchissant le Rubicon. C’est en effet transgressant un sénatus-consulte que ce dernier, après la conquête des Gaules, s’est aventuré sur l’autre rive en lançant son « Alea jacta est! ». (« Les dés ont été jetés « ), qui dit tout simplement que le retour n’est plus possible. Mahmoud Dicko deviendra alors le premier religieux qui, non pas par transgression, mais avec l’échec de la classe politique et de la société civile, va pousser le président de la République vers la sortie. Dans un pays où la conférence nationale de 1992 a bien sûr interdit la création des partis politiques à vocation religieuse. Mais la C.M.A.S n’est pas un parti politique à proprement parler. Tout est bien qui finit bien, peut s’exclamer IBK. Le Chérif de Nioro, haute autorité religieuse au magistère reconnu par des millions de fidèles, qui avait été annoncé pour venir prêter main-forte à Dicko dans son combat, a pu obtenir un répit pour le chef de l’État. Reste à savoir si ça serait pour de bon ou pour une courte durée. Bamako ne sera pas le vendredi le théâtre d’une gigantesque manifestation. Ouf!

Moussa Ly

Malick Diancoumba

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