mardi 29 novembre 2022
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17 MARS 1980 – 17 MARS 2022 : L’Aeem célèbre le 42eanniversaire de l’assassinat de Cabral  

 

 

Depuis l’avènement de la démocratie, l’Association des élèves et étudiants du Mali commémore  l’assassinat de Abdoul Karim Camara dit Cabral, le premier secrétaire général, non moins initiateur de la création de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali pour défendre les droits des étudiants sous toutes leurs formes. Ainsi, l’Aeem organise la journée afin de rendre hommage à ce jeune étudiant malien.  

Avant l’avènement de la démocratie au Mali, pendant le régime du général Moussa Traore, avec une dictature imposée, l’affaire s’est déclenchée à Ségou, la quatrième région du Mali. Selon l’AEEM, c’est après l’accalmie observée dans la grève des élèves et étudiants à la mi-novembre 1979. Grève pendant laquelle l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (UNEEM) avait montré qu’elle était la force dirigeante du mouvement scolaire.

Le 15 janvier 1980, à l’ouverture du congrès de l’UNJM à Bamako, le secrétaire politique de l’UDPM annonce la dissolution de l’UNEEM. Dès cette annonce, la fièvre s’empara de nouveau dans le monde des élèves et étudiants, surtout qu’auparavant, les rencontres entre l’UDPM et l’UNEEM n’avaient pas abouti à des résultats satisfaisants.

Le Bureau de coordination de l’UNEEM, devant cette décision, invite les comités à s’imposer davantage au sein de leurs établissements. On assiste alors à des grèves tournantes dans les lycées à travers le pays tout entier. Ainsi, le 13 février 1980, les élèves de Banankoro, dans la région de Ségou, déclenchent une grève pour exiger la reconnaissance du bureau de l’UNEEM.

  1. Kané, membre du bureau de coordination de l’UNEEM, soupçonné d’avoir lancé ce mouvement, est arrêté en plein cours, le jeudi 14 février 1980. Le même jour à Bamako, Tiébilé Dramé, le secrétaire général de l’UNEEM à cette époque est arrêté à son tour. Le 15 février, les élèves du lycée de Ségou, de l’ENTF et des écoles fondamentales décident de marcher sur la brigade de gendarmerie pour libérer leur camarade.

Les forces de l’ordre ouvrent le feu et deux garçons de l’école du Groupe central sont grièvement atteints. L’un des garçons, Sidi Moctar Sacko âgé de 14 ans a été amputé d’un bras et l’autre, Moulaye Diarra, 16 ans, a reçu une balle dans le crâne. Le lycéen Macky Touré, quant à lui,  est arrêté. Les premières revendications à l’unanimité, en tant que conséquences de la crise sont : la libération immédiate et inconditionnelle des élèves de Ségou, la reconnaissance du nouveau bureau de coordination, décidait le congrès de l’UNEEM, à sa tête l’étudiant Cabral, en février 1980.

La grève gagne tout le territoire malienle 8 mars 1980, le Palais de justice de Ségou est en effervescence. A. Kané et l’élève M. Touré doivent passer  au jugement. En ville, une manifestation grandiose est organisée par les scolaires. Néanmoins, Kané est condamné à 8 mois de prison ferme.

Dans ce climat de tension et d’indignation, les élèves et étudiants de la capitale, sous la direction de Cabral, décident de faire capoter la conférence des chefs d’État des pays sahariens qui se tient à l’Hôtel de l’Amitié. Ils passent aussitôt à l’action.    

                                                                                                                                                                                   

La pression s’abat sur les élèves  

Des arrestations sont opérées partout, mais les pouvoirs publics restent fébriles et inquiets. Cabral demeure introuvable. Alors, on se saisit de sa mère revenant de la mosquée et de son frère aîné. Ceux-ci, malgré un interrogatoire poussé, restent muets.

Le lendemain vers 13 heures, on arrête un autre frère qui ne résiste pas aux épreuves et avoue que Cabral se trouve dans un village situé non loin de la frontière guinéenne, chez leur sœur aînée. Les policiers C.O.B. et Boré sont envoyés à sa recherche. Cabral est arrêté dans un camion à une dizaine de km de la frontière guinéenne et ramené à Bamako le 14 mars 1980 vers 22 heures.

À son arrivée au commissariat du 2e arrondissement, la « Poudrière », où se trouve en garde à vue Rokia Kouyaté, secrétaire générale du Lycée de jeunes filles). On présente Cabral à sa mère qui sanglote en criant « N’fa, n’fa, on t’a eu ? Tuez-le d’un seul coup au lieu de lui faire subir une mort lente et douloureuse ! »

Tortures et coups   

Après cette action psychologique destinée à le briser, Cabral est mis dans le violon. On avertit alors le directeur de la Police et le chef de l’état-major de la gendarmerie qui arrivent sur les lieux. On déshabille Cabral. Il ne lui reste qu’un slip de couleur verte et on l’attache. Puis, pleuvent les coups. Cabral tombe et reste immobile au sol.

On appelle la Radio-Mali pour que l’on vienne enregistrer les déclarations du prisonnier. On oblige Cabral à lire un texte déjà mis au point. Mais la qualité de l’enregistrement est altérée par l’épuisement physique et moral de la victime. On recommence une fois, deux fois, trois fois. Ce n’est qu’à la quatrième tentative que les tortionnaires se déclarent satisfaits de l’enregistrement qui sera diffusé, le dimanche soir, demandant la reprise des cours pour le lundi matin. Aussitôt après, Cabral est transféré au Camp Para de Djikoroni où se trouve déjà réunie une brochette de responsables politiques du plus haut niveau.

Les tortures reprennent. Cette fois-là, définitivement à bout de force, Cabral tombe pour ne plus jamais se relever. Faiblement, il réclame de l’eau, mais il meurt avant d’en recevoir. Un héros était mort, une étoile naissait au firmament de la lutte pour la liberté et la démocratie.

Lassana SOW  LE COMBAT

 

Djibril Coulibaly

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