mardi 25 juin 2024
Accueil | Société | USAGE DE LA CHICHA AU MALI: Quand l’interdiction crée un juteux marché noir

USAGE DE LA CHICHA AU MALI: Quand l’interdiction crée un juteux marché noir

Les boutiques ont officiellement fermé le 15 février 2023 à la suite d’une décision formelle du gouvernement interdisant l’importation, la distribution, la vente et l’usage de la Chicha sur toute l’étendue du territoire national. Au lendemain de l’application de cette décision, certains vendeurs de tabac à chicha ont basculé dans la clandestinité. Un lot de trafiquants appelés à grossir dans les jours à venir faute de mesures d’accompagnement qui auraient permis aux petits revendeurs de se reconvertir et de tourner la page.

 

Le procédé est simple pour les clients connus : un téléphone portable, de l’argent et votre position pour être livré en toute simplicité. Pour ces trafiquants, ou dealers de tabac à Chicha comme ils aiment s’appeler entre amis, il n’y a pas d’autre choix que de bifurquer dans le marché noir. «Le gouvernement a pris cette décision sans pour autant penser aux conséquences sur nous les revendeurs qui sont généralement des diplômés sans emploi et qui nourrissent nos familles grâce à ce business», nous a confié un vendeur clandestin sous l’anonymat.

En effet, la nouvelle est tombée dans la journée du 15 août 2022 à travers un Arrêté interministériel qui interdisait l’importation, la distribution, la vente ou l’usage de la chicha sur toute l’étendue du territoire national. Et les différents acteurs de ce commerce avaient six mois (soit le 15 février 2023) pour écouler leurs stocks et trouver un autre gagne-pain. Et, malheureusement,  la décision du gouvernement  n’a prévu aucune mesure d’accompagnement pour par exemple contribuer à la reconversion des petits revendeurs afin qu’ils puissent dignement subvenir à leurs besoins.

Pour ces vendeurs clandestins de chicha, «c’est par la faute des autorités que nous travaillons dans le noir aujourd’hui pour subvenir aux besoins de nos familles. On ne nous a pas laissé le choix en interdisant l’activité qui était notre principale source de revenus sans penser à nous aider à faire autre chose». Selon eux, de nos jours, «très peu de produits ou marchandises se vendent mieux que le Chicha au Mali». Selon le président des distributeurs, le secteur employait directement plus de 3000 personnes, essentiellement des jeunes. Pour beaucoup, cette interdiction n’est qu’un gâchis. Ainsi de jeunes diplômés, faute d’emplois, avaient investi ce domaine pour ne pas rester les bras croisés en attendant des jours meilleurs.

«La chicha c’est juste quelque chose qui nous divertit, il y a beaucoup de personnes qui ont investi dans ce domaine. Cette interdiction ne va rien apporter de bon à part l’augmentation du taux de chômage et du banditisme…», nous a confié Bintou Tirera, une jeune consommatrice. «Il y a plein d’autres trucs qu’on pouvait interdire, pas la Chicha. La meilleure manière était de bien réguler le secteur à travers une interdiction formelle pour les consommateurs de moins de 18 ans par exemple», pense-t-elle.

Pour certains de nos interlocuteurs,  l’interdiction de la Chicha n’était pas la bonne bataille alors que des enfants de moins de 18 ans peuvent se procurer facilement de la cigarette dans tous les coins de rue. A leur avis, cette interdiction ne devrait s’appliquer qu’aux mineurs car «chaque adulte est responsable de sa vie et à le choix de comment vivre ou mourir». Pour Aly Sangaré «l’interdiction de la Chicha est un manque à gagner pour le Trésor public et pour beaucoup de personnes qui risquent de se retrouver au chômage. A la place des autorités, j’aurais plutôt opté pour une réglementation stricte interdisant la vente aux mineurs (-18 ans)».

Même s’ils sont nombreux à se réjouir de l’application de l’interdiction pure et simple de cette interdiction, il est aujourd’hui clair  que le fléau est loin d’être éradiqué. Et le nombre de vendeurs clandestins de tabac ne cesse de croître. Et cela d’autant plus que, si les consommateurs de chicha ne s’exhibent plus dans les rues, d’autres alternatives (comme sur le toit des maisons ou dans leurs chambres) sont envisagées pour se faire plaisir !

Sory Diakité LE MATIN

Djibril Coulibaly

Voir aussi

TRANSPORTS PUBLICS AU MALI: De nouvelles mesures adoptées pour faire face à la recrudescence des accidents de la circulation routière

  Le ministre des Transports et des Infrastructures et son homologue de la Sécurité et …

Laisser un commentaire

Aller à la barre d’outils