mercredi 25 novembre 2020
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TRANSITION CIVILO-MILITAIRE : On ne peut pas bâtir un mali koura par la fourberie  

Le long combat du M5 contre le régime d’IBK a pris fin le 18 aout dernier par un coup de force de quelques militaires. Sans aucun doute, cette lutte est l’un des évènements, qui s’inscrira dans les annales politiques maliennes et remarquablement jalonnera l’histoire du peuple malien. Cependant, la révolte inédite du peuple malien a été confisquée. Très habiles, ses auteurs se sont regroupés au sein d’un comité, le CNSP (Comité National pour le Salut du Peuple), prétendant ainsi bâtir l’édifice Mali. Seulement le hic, c’est qu’ils le cimentent jour après jour par des pseudo-légitimités. Une ingéniosité qui a presque marché, sauf que la CEDEAO fait barrage.  

Un nouvel épisode en marche au Mali  

Qu’importe ! Assimi Goïta et ses compagnons s’en fichent de la constitution, pour eux, il suffit de piocher par ci ou par là pour détourner l’attention. Il s’agit tout simplement d’atteindre leur but avec tact.

En effet, depuis l’arrivée des militaires aux affaires, on sent de loin ce parfum très fort du « déjà vu ». Le constat est déplorable. Une fois de plus on se réveille tout doucement pour affronter cette réalité que l’on appréhende; « l’histoire malienne est condamnée à se répéter sans cesse, avec sa misère, ses modes de gouvernance, ses révoltes et ses coups d’État dont profitent toujours les autres…) Cette fois-ci, ce qui dérange de plus, c’est l’usage manifeste des putschistes derrière lequel est dissimulée une libido réactionnaire…

Le trio « Bah-GOITA-OUANE » made in CNSP

On demande un président civil, on nous emmène un président mi- civil, mi- militaire qui en réalité n’a jamais été autre qu’un militaire même s’il est à la retraite. Un vice-président taillé sur mesure dont le chef de la junte s’accapare des prérogatives non précises qui inquiètent. Et pour finir, on nous sert un administrateur comme Premier ministre, civil tout de même cette fois-ci, mais décrié par plusieurs Maliens. Mais là où le bât blesse, c’est le fait que tout a été orchestré sans l’implication sérieuse et sincère des Maliens. Faire semblant de faire avec les autres et faire ce que bon lui semble est la méthode habile adoptée par Assimi Goïta et ses amis depuis le coup d’État du 18 aout dernier.

 

En somme ; un président militaire à la retraite, imposé, un militaire qui s’autoproclame comme vice-président et un Premier ministre civil prescrit. Une ruse sans enjeux ni malveillante, au pire, malicieuse, c’est tout ! Avec ce trio, personne n’ayant vu que du feu, l’affaire est donc, dans le sac. Les militaires s’installent au pouvoir avec le retour des anciens de Moussa Traoré, Amadou Toumani Touré et Ibrahim Boubacar Keita. Et du point de vue stratégique, Assimi Goïta dirigera le Mali avec les prérogatives de pouvoir sans s’inquiéter. Déjà, depuis qu’il est devenu président du CNSP par l’Acte fondamental du 24 aout 2020, il a nommé plusieurs responsables civiles et militaires au rang supérieur, signé les ordonnances et décrets adoptés du CNSP et accrédite les ambassadeurs étrangers.

C’est mal parti !  

D’autres voulaient… du neuf, mais ils ont été servis par une configuration de vieux routeurs du système.

Le président de la transition est un vieux de 70 ans, ancien du système de Moussa Traoré à Ibrahim Boubacar Keita et quant au Premier ministre, lui aussi est un homme rouillé de Moussa Traoré à Amadou Toumani Touré.

Par ailleurs, le Président de la transition, Ban Ndaw lors de son investiture a fait un discours très fort, on n’en disconvient pas. Mais rien de nouveau. Il a parlé de la corruption, de son engagement pour le pays, la lutte contre le terrorisme et a promis aux partenaires l’application de tous les accords qui nous lient y compris ce fameux accord d’Alger que bon nombre de Maliens rejettent. Pourtant, tout cela a été dit auparavant par son prédécesseur qui finalement n’est abouti qu’à des discours creux, et des promesses fallacieuses.

Pour l’instant, ce qui nous importe, c’est la cohésion entre Maliens que le CNSP peine à nous donner puisqu’il n’a jamais entamé une négociation sincère ou un compromis réel pour apaiser la situation. Au contraire, nous avons observé des tensions et des frustrations un peu partout au sein des populations comme au temps d’IBK, qui séparait pour bien régner…

Quelle sera alors la stratégie de Assimi Goïta et de son président Bah Daw pour le changement lorsque les vieilles méthodes ne cessent de surgir ?

Ce gouvernement qui sera en place pourrait-il garantir le maintien du régime démocratique sans le soutien à la fois de la société civile et des autres acteurs politiques ?

Les amis d’hier risquent de devenir les ennemis de demain  

Hostile à la politique française, « ce peuple » fabriqué en toutes pièces, le M4, a applaudi hier sur le Boulevard de l’indépendance pour la junte et aujourd’hui, confus, nombreux parmi eux, ont du mal à comprendre les agissements de leurs héros. Paradoxalement, le CNSP profite des sentiments de ces gens, rescapés ou orphelins du régime défunt et les encourage avec l’appui de quelques opportunistes pour les acclamer. Pourtant, depuis le premier discours de la junte jusqu’à la prestation du serment, Assimi et autres n’ont fait que prôner des paroles de bonne volonté à l’égard de la France comme pour caresser le maître.

Dommage ! On voulait une révolution démocratique pour le changement politique d’abord, économique et social après, mais on se retrouve malheureusement avec les mêmes duperies à l’ancienne.

Déjà à l’horizon se dessine le spectre de rebondissements qui si les choses continuent dans cette lancée marqueront l’existence même de notre pays. En finir avec ma famille d’abord pour se retrouver avec « nous, militaires avant tout », est regrettable…

Aujourd’hui le trio « Bah-GOITA-OUANE » parle au nom du peuple sans le peuple. Qui les a mandatés ? C’est là, toute la question ?

À l’heure, nos préoccupations sont axées sur l’embargo et cette persistance du chef de la junte, de s’accaparer du pouvoir risque d’avoir de graves conséquences sur l’économie et la coopération internationale. La CEDEAO qui a compris dès le début le jeu, reste camper sur sa décision et ne veut pas bouger d’un iota. Ne nous leurrons pas ! Une transition réussie passe impérativement par l’implication de la mise en œuvre des pratiques et consigne de nos partenaires, plus précisément la CEDEAO et la France. « Car qui finance, commande », dit-on. Donc ils sont nos partenaires privilégiés, qu’on le veuille ou pas, et ils jouent un rôle primordial dans la vie de notre pays.

À ce stade où le Mali n’existe pratiquement pas, ce que nous vivons aujourd’hui est l’affaire de tous les Maliens. Personne ne doit être en marge pour un Mali Koura.

Donc, arrêtons les petites fourberies que l’on a tendance à amorcer en discrétion par des ruses, celles qui à défaut de réussir pourront une fois de plus avoir des effets néfastes pour notre pays déjà meurtri.

Neimatou Naillé Coulibaly

Malick Diancoumba

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