mardi 6 décembre 2022
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Report du référendum : Les raisons

Acculé de toute part, le régime a finalement entendu raison, hier, à l’issue de son Conseil des Ministres, en reportant le référendum prévu pour le 9 juillet prochain. Une grande victoire pour la plateforme « Antè An bana touche pas à ma constitution » et de tous ceux qui ont soutenu le « NON ». Pourquoi le référendum a été reporté ? 

Le régime s’était entêté dans sa politique de l’autruche en insistant sur la tenue du référendum le 9 juillet prochain jusqu’à hier. Les dernières évolutions de la situation sécuritaire et sociale l’ont poussé à annuler purement  et simplement  le référendum comme cela a été revendiqué par la plateforme « Antè An bana touche pas à ma constitution », lors de sa grande marche du week-end dernier.

Si l’optimisme était du camp de ceux-là qui soutiennent la révision constitutionnelle, elle a changé de camp depuis le week-end dernier. Sous la houlette de la dernière née des plateformes « Antè An bana Touche pas à ma constitution », une grande marche a réuni plusieurs centaines de milliers de Maliens qui, de la place de la liberté en passant au monument de l’Indépendance pour terminer à la Bourse du Travail qui ont scandé tout le long de leur trajet des slogans hostiles à la tenue du référendum du 9 juillet prochain. Une forte mobilisation qui a eu le mérite de démentir le Ministre de la Reforme de l’Etat, Me Kassoum Tapo, qui prédisait un fiasco la veille de la marche. Cette marche n’avait pas encore fini de jeter le doute sur les certitudes des souteneurs du « Oui » qu’est intervenu moins de 24 heures plus tard deux évènements malheureux qui ont fini d’annihiler le peu de certitudes qu’ils avaient, si, bien sûr, il en restait encore après la marche du samedi.

Ces deux événement ne sont autres que l’attaque terroriste de l’hôtel « Le Campement », situé à Dougourakoro, à la périphérie de Bamako, et le conflit intercommunautaires entre Peulhs et Dogon, dans le cercle de Koro.

Ces deux évènements battent en brèche l’argumentaire de la Cour constitutionnelle qui, pour autoriser le projet de loi portant révision constitutionnelle à passer en référendum le 9 juillet, dira que l’intégrité territoriale du Mali n’est pas menacée et qu’il n’y avait ici qu’une « insécurité résiduelle ».  Cette insécurité résiduelle pour parler comme le Président de la Cour constitutionnelle, Mme Manassa Dagnoko, et ses confrères s’est manifestée à Bamako à la barbe des autorités avec le bilan macabre que l’on sait. Un petit commandos de quatre terroristes seulement a réussi à mobiliser la majorité des forces armées de Bamako en plus des forces onusiennes pour une opération qui s’est soldée par de nombreuses victimes et la fuite du dernier terroriste pouvant être la source d’informations capitales.

Si l’attaque du « campement » a eu plus d’échos à cause certainement de la nature des clients qui fréquentent les lieux, les Expatriés, en majorité, le conflit intercommunautaire entre Dogons et Peulhs a eu un bilan sans appel. Les sources locales faisaient cas de plus de 70 morts en moins de 48 heures. Une hécatombe.

Et, pourtant, il s’est trouvé des esprits malins sur le plateau d’Africable, le vendredi, lors du débat autour de la nécessité ou pas de la révision constitutionnelle, pour dire qu’au Mali tout allait bien.

Cependant, c’est en référence à cette situation de ni paix ni guerre que traverse le pays, que la plateforme est descendue dans la rue pour dire au Président IBK et à son Gouvernement que la « priorité » était ailleurs et ne saurait nullement être la révision constitutionnelle. Ces deux évènements malheureux ont attesté. C’est dommage qu’il ait fallu que des personnes meurent pour que le Chef de l’Etat daigne se prononcer et, finalement, opté pour un report du référendum.

Le coup d’estocade ?

Dans un communiqué  pour Expert comptable, Moussa Mara, du fait de sa position ambiguë, s’est pris une volée de bois vert ; lui qui, depuis mai 2014, n’a pas bonne presse, s’est mis à dos même certains de ses militants. Voulant jouer à l’équilibriste, il s’est cassé les dents.  Aujourd’hui la petite côte de popularité qu’il avait engrangée depuis Kidal a fondu comme neige au soleil. Mais s’il a un mérite c’est d’avoir émis le vœu de voir reporter le référendum et de proposer un chronogramme. En tant que membre de la mouvance présidentielle c’est un signal fort. Les signaux les plus forts et directs viendront des partis de Me Mountaga Tall (CNID) et de Yeah Samaké (PACP). Ces deux partis membres de la mouvance présidentielle ont, sans ambages, demandé d’annuler purement et simplement le référendum du 9 juillet.  Que cela vienne de l’extérieur, on pourrait toujours interpréter ; mais, quand ça vient de l’intérieur le bon sens voudrait qu’on analyse avec lucidité l’acte que l’on s’apprête à poser.

C’est ce qui semble avoir été fait en haut lieu. En recevant les Chefs de toutes les institutions de la République, le Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, s’apprêterait à prendre une sage décision. Celle d’annuler le référendum, d’y surseoir en attendant des lendemains meilleurs.  Il l’a fait, hier, à l’issue du Conseil des Ministres. Cap sur les priorités, haro sur les futilités !

Mohamed Dagnoko : LE COMBAT

Rédaction

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