lundi 30 mars 2020
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REDEPLOIEMENT DE L’ARMEE A KIDAL:   Une mission de sécurisation menacée par la manipulation de la CMA

A peine arrivé et installé au Camp «Général Abdoulaye Soumaré» de Kidal le jeudi 13 février 2020, le premier bataillon de l’armée malienne a eu droit à un autre accueil qu’on n’attendait pas des populations locales après les assurances données par la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). En effet, des manifestants sont venus leur demander le lendemain (vendredi 14 février 2020) de plier bagages. S’ils en doutaient encore, le commandant Mamadou Kéita et sa troupe savent maintenant que leur mission ne sera pas une sinécure dans un environnement hostile.

 

Après 6 ans d’absence, l’armée est donc de retour à Kidal depuis le jeudi 13 février 2020. Elle est arrivée sous bonne escorte de la Minusma afin d’éviter des surprises désagréables pouvant faire foirer une opération savamment montée avec une communication presque parfaite.

Les soldats ont été accueillis à leur arrivée par le gouverneur de la 8e région administrative du Mali (qui cherche pourtant à se détacher de la République par tous les moyens), Sidi Mohamed Ag Ichrach. Ce redéploiement se situe  dans le cadre de l’accord de paix et de la réconciliation nationale. Un bataillon est arrivé à Kidal !

Peut-on dire pour autant que ce sont les Forces armées maliennes (FAMa) qui ont ainsi réussi à fouler le sol de la Citadelle interdite ? Officiellement, ils ont évoqué la «nouvelle armée malienne reconstituée». Ce premier bataillon serait composé de 240 éléments dont 80 militaires de l’armée régulière, 80 ex-combattants de la plateforme et 80 éléments de la CMA. Ce savant dosage suffit-il pour parler d’une «nouvelle armée reconstituée» ? Ce n’est pourtant pas la première fois que des rebelles sont intégrés au sein des forces armées et de sécurité maliennes après chaque accord de paix. Et malheureusement, cela s’est toujours fait aux dépens des mêmes forces puisque les intégrés ont généralement profité de la première occasion pour trahir leur unité.

Selon le commandant Mamadou Kéita, le chef du bataillon, l’Armée fera tout son possible pour sécuriser davantage la ville de Kidal et ses populations. Il assure que ses hommes sont conscients de l’enjeu de la présence de l’armée dans cette localité. C’est pourquoi, a-t-il soutenu, «les FAMa sauront comment faire pour sécuriser les populations et leurs biens».

«Le retour de l’armée à Kidal signifie qu’elle pourra renouer avec sa mission régalienne de défense du territoire national. Cela est d’autant plus réconfortant que ce redéploiement se fait dans une ambiance conviviale et dans un cadre accepté par chaque partie», s’est félicité le Colonel-major Diarran Koné, porte-parole de l’armée, auprès de Jeune Afrique. L’armée «reconstituée» va ainsi entreprendre des patrouilles dans lesquelles vont cohabiter d’ex-combattants et des soldats de l’armée régulière. Et il est question de renforcer la coopération entre les différentes forces (FAMA, Barkhane et la Minusma).

Quand la CMA joue à l’hypocrisie et à la manipulation

Et pourtant le Commandant Kéita et les soldats de l’armée régulière du bataillon savent maintenant que leur mission ne sera pas de la sinécure après la manifestation du vendredi dernier (14 février 2020) pour leur demander de plier bagage. Selon des sources locales, ils étaient plusieurs dizaines de manifestants à prendre d’assaut le Camp Général Abdoulaye Soumaré pour dénoncer «l’arrivée de l’armée reconstituée».

Cela n’augure rien de bon puisque personne n’est dupe : Il n’y a pas de manifestations spontanées à Kidal ! Elles découlent toujours de la manipulation des maîtres des lieux : les leaders de la CMA qui n’ont jamais sincèrement intégré le processus de paix et de réconciliation nationale. «Kidal a toujours été prête à recevoir l’armée reconstituée. Ça n’a jamais posé de problème… C’est prévu par l’accord… La CMA n’a jamais déduit ce qu’elle a accepté ou ce qu’elle a décidé avec les gens», avait précisé la CMA à la veille du départ de ce premier bataillon. Comment alors expliquer cette manifestation après qu’elle ait affirmé n’avoir aucune objection à ce retour de l’armée à partir du moment où les rôles et responsabilités de chaque partie ont été définis ?

Même la «visite de courtoisie» du député élu à Abeïbara, l’honorable Hamada AG Bibi, samedi dernier (15 février 2020) au bataillon des FAMa n’annihile pas cette crainte que nos soldats seront toujours en terrain hostile à Kidal. Ils ne sont donc pas à l’abri d’un déferlement de violence avec une foule manipulée par les Seigneurs de Kidal qui sont aussi les acolytes des leaders terroristes comme Iyad. L’honorable Ag Bibi serait néanmoins venu apporter son soutien aux FAMa, «défenseurs de l’intégrité territoriale du pays tout en leur assurant le soutien total de la population kidaloise». A l’écouter, «c’est tout Kidal qui se réjouit de retrouver sa propre armée à ses côtés. Une garantie pour l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger». Alors qui sont ceux et celles qui ont manifesté vendredi dernier ?

«Il faut bien espérer que le redéploiement soit une réalité car, il ne faut pas se leurrer, ce ne sera pas facile. Et cela compte tenu d’autres facteurs hétérogènes liés aux proximités entre certains groupes armés et des mouvements jihadistes proches d’Iyad Ag Ghali qui continue à avoir de l’influence et de l’emprise sur certains acteurs dans la zone. Il a toujours une capacité de nuisance avérée. C’est pourquoi, malheureusement, il faut compter avec lui pour saboter le processus», a pertinemment prévenu Alhousseyni Sidibé, un consultant indépendant spécialiste des questions de «sécurité et développement». Une mise en garde pertinente.

Puisque ce redéploiement est une recommandation de la 46e session ordinaire de la Commission technique de sécurité (CTS) qui s’est tenue le jeudi 6 février 2020 à Bamako, nous espérons que la Minusma saura s’assumer pour s’interposer et protéger ce camp si les choses venaient à dégénérer (ce qu’aucun malien ne souhaite). Les Maliens sont encore ébranlés par les dramatiques souvenirs des affrontements sanglants de mai 2014 durant lesquels la Minusma se serait contenté d’exfiltrer le Premier ministre de l’époque (Moussa Mara) et sa délégation, en abandonnant des soldats, des policiers et des administrateurs civils entre les mains de mercenaires lourdement armés. Et cela sous prétexte qu’elle n’avait pas cautionné cette visite du chef du gouvernement de l’époque.

Moussa Bolly

Malick Diancoumba

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