lundi 22 juillet 2019
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Mopti: Un conflit foncier sur fond de cruelle inhumanité fait réagir les Habitants du quartier  Bafon

 

Avec la crise sécuritaire qui perdure dans la Région de Mopti, en voilà une autre, cette fois-ci, un conflit qui risque à son tour de tourner au drame. En effet, depuis quelque temps, le sommeil des Habitants de «Dignékonona» (l’intérieur du trou)  ou Bafon pour d’autres, près du quartier Komoguel II, dans le Centre commercial de Mopti ville, derrière le poste de Police et juste entre la Mairie centrale et le siège régional de la BECEAO, est perturbé par un Opérateur économique du nom de Asseye Djitèye, dépourvu de toute humanité.

 

Vivant sur un terrain de 8 hectares depuis plus d’un demi-siècle, le lundi 24 juin dernier, accompagné de Gendarmes, ‘‘Vieux’’, un petit frère de Djitèye, est venu sommer les Habitants du secteur à déguerpir, d’abandonner avec armes et bagages leurs habitations. Ce qui est plus inquiétant, c’est que ces derniers aussi se disent prêts à mourir, mais qu’ils ne quitteront jamais cet endroit qui leur a vu naître. Mais, après un long combat juridique, ces paisibles Habitants du quartier de Bafon risquent de se retrouver bientôt dans la rue si rien n’est fait. En tout cas, le lundi 24 juin dernier, ils ont eu la visite des Gendarmes et le frère de celui qui se réclame propriétaire du terrain que l’on appelle « Vieux » afin de les déloger.

La tension vient de monter d’un cran encore avec risque d’enflammer et créer une crise sans précédente, si les Autorités compétentes n’y font rien.  Nos Responsables doivent impérativement contribuer à résoudre ce problème et au plus vite. Lorsqu’on écoute le Président de la jeunesse du quartier populaire de Komoguel II, Abdramane Traoré, on sent la magouille et la collusion d’intérêts sont passées par là. Le richissime Djitèye avec l’argent a pris le dessous sur les pauvres Habitants du  Bafon.

« Quand nos pères se posaient dans ce (trou), personne n’en voulait. C’était un terrain dégradé que l’on peut considérer comme accidenté. Ils l’ont aménagé, en  le remplissant de graviers et de sable, mais avant tout, ils sont passés par la mairie pour obtenir l’autorisation de s’y installer. C’est ainsi que la Mairie à imposer une redevance de 3000 Francs maliens que nos parents s’acquittaient  tous les mois depuis ce temps. Mais, à notre grande surprise, un jour Monsieur Djitèye  vient nous dire que l’endroit lui a été vendu et qu’il en est le nouveau propriétaire », relate Abdramane Traoré, Président de la Jeunesse de Komoguel II que nous avons pu joindre au téléphone depuis Mopti.  Puis, il continue : «Dans la foulée, nous avons choisi un Avocat pour nous défendre, Maître DICKO, basé à Sévaré. Il nous a confié que lui même a acheté  deux lots sur ce terrain à conflit. Mais, par générosité et solidarité, il renonce. Donc, c’est lui qui nous a présenté devant la justice pour défendre nos Droits. Et nous avons gagné les deux premiers procès. Lors du premier jugement,  le Magistrat  a demandé à Djitèye de fournir des documents qui prouvent son affirmation. Mais, ils n’en avaient pas. C’est après qu’il est allé en fabriquer. Donc, ce jugement au Tribunal de Mopti nous a donné raison en tergiversant sur le fait que nous occupons cet endroit depuis plus de 50 ans », nous a-t-il expliqué.

« Mais ce qui nous a surpris et qui nous a fait plus de tort, c’est notre Avocat, Maitre Dicko. Un jour, il nous annonce son retrait, ne voulant plus ainsi nous présenter, il arrête notre collaboration. Pis encore, il revient sur sa parole d’honneur en réclamant ces deux parcelles. Du coup, notre Conseiller devient notre adversaire. Lui à qui nous avons accordé toute notre confiance. Je vous signale que chaque fois nous cotisons de l’argent pour lui remettre comme frais d’Avocat. On ne sait plus vers qui se tourner étant donné que dans notre milieu il n’y a personne qui est instruit », déplora-t-il.

Sacré Avocat, ce Dicko !  À quel prix a-t-il pu trahir ses clients ?

Notre interlocuteur continue : « À chaque fois que nous demandons de nous vendre le terrain, on nous  répond que c’est un endroit invendable ; car, il appartient aux Blancs. Mais alors pourquoi quelqu’un se pointe-t-il un beau jour pour dire qu’il l’a acheté ? Si une personne doit acheter cet endroit, ça ne serait que nous. J’ai 43 ans et je suis né ici. Mon père a vécu ici. Je me suis marié ici et j’ai des petits-enfants ici ».  « N’avons-nous pas droit à la priorité ? Après toutes ces années d’occupation légale, l’État ne doit-il pas nous accorder les droits coutumiers? », s’est-il interrogé anxieusement. Et il poursuit : «On est venu nous dire, après la troisième audience, que l’Opérateur économique a gagné le procès. Nous n’en savons rien ; car, notre Avocat étant du camp de nos adversaires n’a pas voulu nous rendre nos documents, tout ce qu’on a pu présenter dans les deux premiers jugements. En quelque sorte, il nous a trahis en gardant nos papiers avec lesquels nous aurions pu nous défendre devant le tribunal.

C’est ainsi qu’au 20e  jour du Ramadan, Asseye Djité a envoyé son frère Vieux avec des Huissiers  pour nous faire décamper. Puis, 7 jours après, c’est-à-dire  le 27e  jour du mois de Ramadan, ils sont revenus à la charge pour nous demander la même chose.  Et la troisième visite était juste le lendemain de la fête. N’ayant pas voulu les écouter, le lundi 24 juin, ils se sont présentés cette fois-ci avec des Gendarmes. Nous avons été catégoriques. Nous ne quitterons ce lieu qu’à la mort. Ce sont nos grands-pères qui ont travaillé ce terrain pour le mettre en valeur. Nous avons interpellé plusieurs fois les Autorités qui ne nous ont jamais écoutés à leur tour. Tout récemment, le Maire nous parle de chercher un autre terrain pour nous recaser. Mais au lieu de tout ça, pourquoi ne pas nous le vendre tout simplement d’autant plus que nous sommes déjà installés plus de 50 ans su place».

Un autre jeune concerné par l’affaire, qu’on appellera Mahamadou prend la parole et raconte : «Vous savez, Madame, dans cette affaire, ce sont des Religieux et des Riches de notre ville  qui se sont réunis pour se mettre contre  ces pauvres. Figurez-vous, ils nous disent qu’ils veulent construire une mosquée dans ce lieu ? Paradoxalement, ce Monsieur veut mettre dehors 200 familles, femmes et enfants pour construire une maison de Dieu. Drissa, un leader islamiste s’en est mêlé pour nous demander de rendre l’endroit à leur propriétaire. Mais le plus absurde c’est que lui même avait entouré une parcelle dans ce même endroit pour construire des magasins. Nous lui avons demandé alors de faire un beau geste en offrant sa place pour qu’on puisse faire cette  mosquée et tout le monde aura ainsi la paix. Mais il a pris ça de mauvais goûts. Comment comprendre que des gens qui se disent musulmans puissent s’adonner à des pratiques de ce genre ? Aucune compassion à leurs semblables.

Pourtant cette famille a de l’argent. Il se couvre avec le nom de l’Islam pour faire en toute impunité leur loi à Mopti. Figurez-vous qu’en 2014, ils ont fait la même chose dans un autre quartier, Taykri Nord. Sur un terrain de plus de 28 hectares, ils se sont arrangés pour faire sortir des titres et ensuite des Bulldozers sont arrivés pour détruire les maisons des pauvres gens qui habitaient sur le site. Pendant la démolition, une vieille dame a été tuée par une charge. Également, ils ont causé le même problème à Medina-Coura. Mais comment ces gens-là se permettent-ils de se déguiser en Hommes de Dieu pour faire du mal aux autres parce qu’ils ont tout simplement de l’argent gagné en plus sur le  dos des pauvres ? La méthode est simple. Ils filment des jeunes enfants Talibés en leur donnant 5000 francs CFA puis l’image est diffusé dans les pays arabes pour que ces derniers puissent leur envoyer de l’argent au nom de l’Islam en les prenant comme des pieux ; or, il en est autrement ».

Au Président de la jeunesse de Komoguel, Abdramane Traoré, de conclure en ces termes :

« Nous sommes pauvres et le constat en est que nos Religieux et les Riches de la Région se sont donnés la main pour nous faire partir. Nous n’avons aucun espoir. Cet endroit était insalubre, personne n’en voulait avant. Notre souhait est toujours d’acheter le lieu. Sinon, nous faire partir, là, il faut qu’on nous tue tous.  Le lundi, en nous rendant à la Gendarmerie, nous n’avons dans l’esprit qu’une seule chose, qu’ils nous tuent tous ».

Face à cette détermination de ces familles installées sur ce terrain de 8 hectares, qui se sentent, de surcroit, abusées, la seule façon pour les Responsables de Mopti est de calmer le jeu en cherchant un terrain d’entente. Le soi-disant acquéreur est riche, il possède plusieurs terrains dans la ville de Mopti et ses environnants, selon nos informations. Donc, au lieu de créer un conflit autour de ce lieu ou d’attiser la haine, en tant que bon musulman, Asseye Djitèye doit, à cause du Bon Dieu, permettre à ses pauvres gens de garder leur dignité en balayant ainsi tout sentiment d’injustice. Il est riche, il a tout alors que ces pauvres du Bafon n’ont rien. La véritable compassion, celle qu’un musulman est censé adopter doit déboucher à l’action de la bienfaisance, la vraie. Mopti n’a vraiment pas besoin d’une autre crise.

NNC

Djibril Coulibaly

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