mardi 1 décembre 2020
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LES CONFIDENCES DE KOUDY : « Les filles de joie méritent des mesures d’accompagnement comme tous les autres opérateurs économiques »  

Aucun secteur n’est épargné par les mesures préventives prises ici et là contre la propagation du nouveau coronavirus, y compris la prostitution ! Oui, la prostitution bien sûr ! C’est un métier comme les autres non ? C’est cela que notre apprenti écrivain essaye de nous convaincre. Avec les confessions de Koudy, il nous plonge dans l’univers du plus vieux métier du monde avec des « professionnelles » qui doivent rivaliser aujourd’hui avec des femmes mariées et des filles de « bonne famille ». Bonne lecture !

 

Allah bonin (que Dieu maudisse) celui par la faute de qui le monde est aujourd’hui sens dessus-dessous à cause du nouveau coronavirus ! La malédiction était d’une amie, une fille de joie comme moi. Nous sommes nombreuses à maudire le sort depuis que le gouvernement a imposé des mesures drastiques pour éviter la propagation du Covid-19.

Corona maudit soit tu ! A cause de toi, on ne peut plus faire de bises, plus de câlins plus d’embrassades et même pas se serrer les mains… Merde alors. Et tu as fait fuir tous nos clients confinés par crainte d’être eux-aussi contaminés « Ce serait quand même con d’attraper cette saleté au contact d’une prostituée », pensent nos clients.

Et nous sommes confinées à la maison si ce n’est dans nos taudis des quartiers malfamés parce que nos terrains de chasse sont fermés. Ils sont fermés les hôtels, les bars, les restaurants, les Lounges VIP et tous les espaces de loisirs où nous avions l’habitude de mettre la main sur des hommes abonnés au vice ou en manque du plaisir sexuel dans le lit conjugal. Eh oui, ce ne sont pas seulement les célibataires ou des étrangers de passage qui viennent chercher un réconfort sexuel dans les lits d’hôtel ou chambres de passe.

C’est pourquoi, comme tous les secteurs touchés par les mesures préventives de la COVID-19, les prostituées mériteraient aussi des mesures d’accompagnement de l’État. Ne me regardez pas avec ce regard de désapprobation. C’est un métier comme un autre. C’est d’ailleurs le plus vieux métier du monde. Et ce n’est pas moi qui le dis.
Nous avons un rôle social de régulation des frustrations conjugales et de soutien aux familles. Combien de femmes et filles se prostituent aujourd’hui pour éviter que leurs proches ne meurent de faim, pour payer leurs études ou celles de leurs frères et sœurs ?

Surtout n’allez pas croire que l’on fait ce métier avec enthousiasme car même s’il nous permet de gagner une misère il détruit petit à petit notre estime. La violence est autant physique que mentale. Non je ne suis pas fière de ce que je fais mais avais-je d’autres choix ! Souvent je pleure sans même connaître la raison car mes jours, mes nuits ne m’apportent aucun réconfort alors mes larmes sont les seules choses qui me restent pour ne pas oublier mes souvenirs heureux de l’enfance.

Une enfance trop vite achevée pour me projeter dans ce monde cruel des adultes sans aucune compassion pour la femme que je suis devenue, car celle qui vend son corps ne mérite rien, même pas un peu de tendresse. Pour vous, les mecs en manque, je ne suis qu’une marchandise à consommer sans ménagement puis à dégager comme un déchet car votre honneur resté dans votre demeure ne doit pas savoir. Bien évidement je suis payée pour cela, je ne suis pas stupide et je n’attends rien de ces rencontres.

Même si ces passages laissent souvent des traces douloureuses que mon esprit essaye d’oublier alors que chaque rencontre ravive ces plaies qui n’ont pas le temps de cicatriser. Au départ ce ne sont que des désagréments supportables, des démangeaisons puis la peau se fragilisant des petites coupures surviennent quand ce ne sont pas des déchirures. La douleur physique est parfois tellement grande que je préférerai perdre connaissance afin de ne plus endurer ce calvaire. Mais voilà, je suis une prostituée, une fleur du pavé pour les romantiques mais au lit je ne suis plus rien, juste une envie bestiale car rares sont ceux qui vont y mettre les formes avant de passer à l’acte. Alors mes larmes m’aident à tenir le coup car elles me ramènent toujours à mon enfance et durant un court instant j’oublie mon malheur. Un malheur qui pourtant enrichit gracieusement notre société.

Les prostituées contribuent à l’économie nationale à travers les bars, les hôtels qui payent des impôts et taxes… Nos frais de location sont aussi des sources de revenus non négligeables. Avez-vous également une idée du nombre de préservatifs achetés dans les boutiques de proximité et les pharmacies grâce à nous ? Sans oublier toutes les crèmes cicatrisantes ainsi que les produits d’hygiène dont nous devons faire usage et qui nous coûtent une bonne partie de nos maigres rentrées d’argent.

Maintenant osez me dire que ce que nous faisons n’est pas un métier touché de plein fouet par la crise sanitaire au nouveau coronavirus. D’ailleurs j’ai suggéré à certaines l’idée d’une Coopérative qui est en gestation et qui va contribuer à réorganiser le métier afin d’instaurer par exemple une cotisation pour bénéficier d’un Fonds d’aide à la retraite. Il faut reformer la profession. Le nom de notre Coopérative ? L’Ascenseur vers le 7e Ciel …

A suivre

Bolmouss

Malick Diancoumba

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