jeudi 1 octobre 2020
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HADJ 2020 : Une annulation qui va coûter près de 2,5 milliards CFA aux agences de voyage maliennes  

Chaque année, plus de 2 millions de personnes se pressent à la Mecque à l’occasion du pèlerinage sur les lieux saints de l’islam. Mais en juillet prochain, on en comptera moins de 10 000 fidèles, tous résidant en Arabie Saoudite et doivent avoir moins de 65 ans. Une décision inédite des autorités du royaume, conséquence de l’épidémie de coronavirus. Cinquième (5e) pilier de l’islam, le pèlerinage à la Mecque est prévu du 28 juillet au 2 août 2020 dans des conditions sanitaires conditionnées au Covid-19. Ce choix met les agences de voyage maliennes dans une situation financière très embarrassante. Rappelons que dès le mois de mars 2020, le pays avait fermé ses frontières.

 

« La protection de la santé des musulmans impose de ne pas autoriser l’accès du Hadj aux fidèles venus de l’extérieur » ! La sentence a été annoncée par Tawfiq Al Rabiah, ministre saoudien de la Santé. « Aucun fidèle venant de l’étranger ne pourra effectuer le pèlerinage cette année »,  explique M. Yacouba Diakité, Consul général du Mali en Arabie Saoudite, interrogé par nos confères de l’ORTM.

«Les Maliens qui sont là, notamment le personnel diplomatique et consulaire et nos compatriotes qui séjournent en toute régularité dans le Royaume, pourront faire le hadj. Mais, ce sera par tri car le nombre sera fixé par les représentations diplomatiques ici présentes en fonction des indications des autorités saoudiennes», a-t-il précisé.

A la Maison du Hadj (Institut Islamique à Hamdallaye, Bamako), on s’est visiblement résigné de la décision des autorités saoudiennes de réserver le pèlerinage cette année aux Saoudiens et aux étrangers résidant en Arabie Saoudite. «Nous comprenons cette décision et nous y adhérons. C’est ce que le bon Dieu a voulu. Nous allons maintenant nous concentrer sur le processus du hadj de 2021 afin d’éviter des erreurs ou des problèmes de dernière minute», a indiqué à l’ORMT le Directeur, M. Abdoul Fata Cissé. Il faut rappeler que, pour la campagne annulée, les autorités saoudiennes avaient alloué au Mali un quota de 13.323 pèlerins, dont 1.500 pour la filière gouvernementale. Et le coût avait été fixé à 2 747 815 F Cfa pour la filière étatique et 2 950 000 pour les agences privées.

Le manque à gagner est surtout énorme pour les Agences de voyage de la place d’autant plus que le hadj est une activité lucrative sur laquelle elles misaient pour compenser les pertes liées aux mesures préventives suscitées par la menace de la Covid-19.

«La première conséquence est pécuniaire avec au moins une perte financière pour les agences estimées à au moins 2,5 milliards F Cfa. Sans compter les contentieux qui en résultent. Certains pèlerins payent en avance les frais du hadj aux agences et avec cette annulation certains vont demander à se faire rembourser alors que celles-ci ont déjà engagé des dépenses avec en Arabie Saoudite avec leurs partenaires», a déploré Hadja Cissé Fatimata Kouyaté, présidente de L’Association malienne des Agences de Voyage et de Tourisme (AMAVT).

«La situation est d’autant embarrassante que c’est à moins de15 jours des départs pour les lieux saints de l’islam que les autorités saoudiennes ont annulé l’édition de cette année pour les étrangers», a ajouté la promotrice de l’Agence Timbuktu/ECM. «Pour nous agences de voyages organisatrices du Hadj au Mali, la limitation du Hadj aux seuls résidents de l’Arabie Saoudite, après l’espoir qu’a suscité le statuquo des autorités saoudiennes, pourrait occasionner un surbooking l’année prochaine avec les candidats de cette année qui vont s’ajouter à ceux de 2021», craint-elle.

Mais, selon les professionnels du secteur, cette situation offre l’opportunité de bien mettre les choses en place avant le prochain hadj. «Au-delà de ces désagréments, cette annulation devrait être mise à profit par la machine organisationnelle du hadj du Mali pour s’organiser, rebattre les cartes aux fins d une meilleure organisation», a souhaité Mme Cissé.

Et de préciser, «la pléthore d’agences de voyage organisatrices de hadj (environ 400) engendrée par le guichet unique des agréments doit être résorbée par la mise en place d’un cadre de concertation qui inclurait l’administration malienne du pèlerinage, le ministère en charge du Tourisme, la Commission nationale d’organisation du Hadj de la filière privée, les différentes structures connexes impliquées dans l’organisation du hadj… Elle doit inclure en fait toutes les structures qui, à  moyen terme, devraient constituer la grande commission d’organisation nationale du pèlerinage».

La présidente de l’AMAVT a aussi touché du doigt la sensibilisation de l’opinion nationale par une communication efficiente et cohérente ; la formation des candidats au pèlerinage, toutes filières confondues, par une structure de formation créée à cet effet.  En un mot, a souhaité Mme Fatimata Kouyaté Cissé, c’est l’occasion de poser des actes concrets allant dans «le sens d’une professionnalisation de la filière hadj».

 

Des mesures concrètes attendues du gouvernement pour soutenir le secteur

Mais, d’une manière générale, les agences de voyage attendent toujours des mesures concrètes d’accompagnement pour compenser les pertes énormes liées à la crise sanitaire de la Covid-19 qui a totalement paralysé leurs activités. C’est ainsi que les Agences de voyage membres de l’AMAVT ont profité d’une rencontre en avril dernier pour présenter leurs doléances au Premier ministre Boubou Cissé. Il s’agit essentiellement de la reconnaissance de leur activité comme étant «un secteur sinistré» à classer parmi les secteurs prioritaires du fait de l’impact des différentes crises qu’il a subi depuis 2012.

Les promoteurs d’Agence de voyage ont aussi demandé le «dégrèvement des charges» comme la cotisation à l’INPS, à l’AMO, la contribution forfaitaire pour l’employeur (CFE), la taxe de logement (TL) et la retenue de l’ITS pour le personnel resté pendant la durée de la crise. Ils réclament aussi le report à la fin de la crise du règlement des impôts dus au 31 mars 2020, acompte prévisionnel (patente, BIC, IS…).

En vue de préserver une partie de la trésorerie des agences de voyages, l’autorisation de remplacer l’obligation de rembourser lorsque le voyage ne peut être effectué, par l’émission d’un avoir valable un an pour les agences de voyage travaillant avec l’Etat.

L’AMAVT a aussi souhaité l’intervention du gouvernement auprès des banques afin de faciliter et garantir les prêts de trésorerie et la restructuration des Agences de voyage ou la consolidation de leur encours. Elle compte aussi sur le paiement en priorité de tous les mandats des Agences de voyages au niveau du Trésor, tout en sursoyant à la retenue par les impôts. Et naturellement que ces acteurs économiques demandent l’octroi d’une subvention pour financer les charges d’exploitation comme le loyer, le personnel et autres en l’absence de tout chiffres d’affaire pendant la durée de cette crise. «Nous sommes dans une situation intenable. Il est indispensable et urgent que l’Etat vole à notre secours sinon les conséquences de la Covid-19 vont être catastrophiques pour notre secteur», craint un promoteur d’agence de voyage.

En attendant qu’un gouvernement soit mis en place pour se pencher sur leurs doléances, les promoteurs d’agence de voyage doivent trouver une solution satisfaisante à l’annulation du hadj pour cette année.

En effet, les fidèles qui ont déjà payé les frais doivent être remboursés s’ils le demandent. Mais, ils peuvent aussi maintenir leur réservation pour la prochaine campagne. C’est le cas de Bakoré Cissé (interrogé par l’ORTM) qui a décidé, «je ne souhaite pas être remboursé. Comme je fais confiance à mon agence, je conserve ma réservation pour l’année prochaine, Inch Allah». Une confiance et une compréhension dont toutes les agences auraient sans doute voulu bénéficier de la part de leurs clients !

Moussa Bolly

Malick Diancoumba

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