jeudi 23 septembre 2021
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Féroce répression de la marche pacifique des enseignants: Honte à la république d’ibrahim boubacar keïta

Ce mercredi 11 mars 2020, trouvera une place de choix dans les annales des bavures des forces de sécurité en République du Mali. Les enseignants, marchant pour faire valoir leurs revendications, tout pacifiquement et en toute légalité, ont pourtant reçu sur leurs pauvres têtes une pluie de gaz lacrymogène et certainement d’autres projectiles qui ont provoqué de graves blessures. Les vidéos de la marche le prouvent à suffisance : il y a eu du rouge à profusion, du sang des enseignants comme des vêtements arborés, t.shirts, chemises, pagnes, gilets, pull-overs, écharpes, casquettes, bonnets, etc.

Elles montreront surtout à l’opinion publique nationale et internationale la féroce répression qui s’est abattue sur les frondeurs qui n’avaient pourtant ni pierres ni bâtons. Ils scandaient juste des slogans et brandissaient des banderoles pour dire « Non aux mensonges d’État », « Le Mali n’est pas la propriété privée de Boubou Cissé », « Aucun enseignant n’a appris à un élève à ne pas respecter la loi », etc. À Kayes, à Bamako, comme dans le reste du Mali, l’appel à marcher lancé par la synergie des syndicats a été entendu et suivi. Les enseignants sont sortis en grappes pour investir les artères dans toutes les localités, paralysant fortement la circulation. Ces déferlantes humaines, civilisées comme cela sied bien aux éducateurs, ont été surprises par les charges disproportionnées des forces de sécurité, singulièrement à Bamako où l’on a compté plusieurs blessés graves dans les rangs des manifestants. Il y a eu un tel jet de gaz lacrymogène, et certainement d’autres projectiles, qu’il n’est pas exagéré de parler d’averse répressive. Tout indique que le pouvoir a sciemment choisi la méthode forte pour contrer un mouvement qu’il ne pouvait pas empêcher. Cette utilisation abusive de la force contre des citoyens réclamant pacifiquement ce qu’ils considèrent être des droits, n’est non seulement  pas une méthode dissuasive, mais elle est surtout une honte dans la république; c’est même la honte de la république sous Ibrahim Boubacar Keïta. Les enseignants frondeurs ne revendiquaient surtout autre chose que le traitement égal et égalitaire de tous par l’État. En ce qui les concerne, ils ne cherchent, dès le début, que l’application de l’article 39 de la Loi N° 2018- 007 du 16 janvier 2018 portant statut du personnel enseignant qui stipule : « Toute majoration des rémunérations des fonctionnaires relevant du Statut général s’applique de plein droit au personnel enseignant de l’Enseignement secondaire, de l’Enseignement fondamental et de l’Éducation préscolaire et spéciale ». Loi qui ne se prête à aucune autre interprétation un tant soit peu tendancieuse; elle est tout simplement claire comme l’eau de roche. Les enseignants n’ont rien ajouté du reste à cette revendication. C’est pourquoi les Maliens ne comprennent pas pourquoi le président de la République et le gouvernement refusent d’appliquer ce que la Loi accorde au corps enseignant, au risque énorme de paralyser l’école publique, avec la désastreuse finalité de handicaper le cursus normal des millions d’enfants. Toutes les couches bien pensantes de la nation malienne soutiennent donc, conséquemment, les revendications enseignantes. Le Conseil National de la Société Civile a même dû reconnaître publiquement le bien-fondé des réclamations de la synergie des syndicats et saluer sa sagesse tout au long des négociations qui ont prévalu lors des négociations avec l’État à qui il a d’ailleurs été demandé de revoir sa position. Au cours de leur marche spéciale à trois du lundi, 17 février 2020, il n’y a pas encore un mois révolu, Dr. Oumar Mariko de SADI, Aboubacar Sidick Fomba de l’ADPEM et Baïla Niang de l’UPM ont aussi mis en avant, sans concession aucune, l’application de la Loi précitée au bénéfice des enseignants. De manière quasi unanime, le peuple malien a, ce mercredi matin, manifesté diversement son soutien aux enseignants marcheurs. Mais que cherche le gouvernement ? C’est la question qui turlupine la nation. La position ferme affichée par le gouvernement est incompréhensible et troublante. Cette supposée fermeté de l’État semble même cacher des non-dits, si ce n’est tout simplement pas une inconséquence inexplicable. En effet, au moment même où les forces de l’ordre réprimaient la manifestation de ce mercredi, les volontaires recrutés par le gouvernement pour suppléer aux enseignants grévistes rejoignaient leurs écoles d’affection. Ainsi, des enseignants volontaires, qui n’ont jamais enseigné, vont prendre la place des professionnels expérimentés, et cela à un trimestre près des examens et des vacances scolaires. Qu’à cela ne tienne, le Premier ministre et non moins ministre de l’Économie et des Finances, a eu à ordonner la retenue de 19 jours sur les salaires des grévistes. Au jour du 11 mars, jour de la marche, les 11 jours qui restaient aux « suppliciés » n’étaient toujours pas payés. Un coup extrêmement dur et démoralisant pour ces fonctionnaires qui ne vivent que de leurs maigres salaires. Toujours au même moment, on apprend que le gouvernement a encore bloqué les salaires des centaines de fonctionnaires enseignants parmi lesquels des secrétaires, des administrateurs, des comptables, voire des plantons, tous relevant des structures de Bamako. Pour quelles raisons précises ? On ne le sait pas encore. Mais on ne sera pas surpris que la répression donne une nouvelle dimension à la fronde des enseignants. Ces derniers n’ont en tout cas pas dit leur dernier mot, on peut le penser.

Moussa Ly

Djibril Coulibaly

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