mercredi 23 juin 2021
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En Tunisie, colère après la mort accidentelle d’un médecin à l’hôpital

Le docteur de 26 ans a fait une chute de 5 mètres dans une cage d’ascenseur au terme d’une garde de 24 heures. Le corps médical dénonce l’état « scandaleux » du système de santé.

C’est le mort de trop. Un décès qui symbolise l’état de décrépitude du système de santé tunisien. Badreddine Aloui, un médecin de 26 ans, est décédé après avoir chuté de 5 mètres dans une cage d’ascenseur de l’hôpital de Jendouba, dans le nord-ouest du pays, jeudi 3 décembre. Le praticien qui terminait une garde de vingt-quatre heures se rendait aux urgences depuis son service de chirurgie pour donner un avis à un collègue.

Depuis, l’émotion est grande dans le pays et le corps médical se saisit de la portée symbolique de cet accident. Ahlem Belhaj, secrétaire général du Syndicat des médecins hospitalo-universitaires, propose avec l’Organisation des jeunes médecins tunisiens, une journée de grève générale de tout le secteur et une marche vers le Parlement. « On ne peut pas laisser passer ça », dénonce la médecin pédopsychiatre alors que de nombreux praticiens, présent vendredi devant le ministère de la santé, à Tunis, ont réclamé la démission du ministre.

« Cette affaire est un scandale, moi-même j’ai passé un an à l’hôpital de Jendouba en 2018, il n’y a pas de médecin anesthésiste réanimateur, l’infrastructure est défaillante à tous les niveaux. J’en ai déjà parlé dans mes statuts Facebook. Aujourd’hui, c’est un médecin, un ami qui paie la nonchalance des décideurs locaux », déplore Marwen Yahyaoui, jeune docteur de 29 ans et ami de Badreddine qui avait côtoyé la victime le matin du drame et partageait la même spécialité chirurgicale. Le mauvais état des ascenseurs de l’hôpital avait été dénoncé à plusieurs reprises depuis 2016 par les habitants de la ville.

Les centaines de jeunes médecins réunis à la faculté de médecine de Tunis, vendredi matin en hommage à leur confrère, veulent que la mort de Badreddine soit un électrochoc pour le pays. Beaucoup ont changé leur photo sur le réseau social Facebook insérant un portrait du défunt et fait vivre en arabe le hashtag sans équivoque #hôpital de la mort.

« Pourquoi rien n’a été fait ? »

« Nous sommes à bout ! Cela fait des années que nous nous mobilisons, que nous dénonçons en vain. Et il y a encore eu ce drame. Avec la crise sanitaire du Covid-19, nous avons redoublé nos alertes sur l’état de nos hôpitaux et de nos conditions de travail, pourquoi rien n’a été fait ? », ajoute Zied Bouguerra, membre de l’Organisation des jeunes médecins. Le collectif était déjà à l’origine de la campagne #Balancetonhôpital après le scandale survenu en 2019, qui avait vu mourir 15 nourrissons d’une infection nosocomiale dans un service pour prématurés au sein de la maternité de La Rabta, à Tunis.

Pendant la seconde vague du Covid-19, les photos de services des urgences débordés ou de patients équipés d’un masque à oxygène en quête d’une place dans des salles bondées, ont fait le tour des réseaux sociaux. Et, selon les praticiens, il n’y a pas eu d’améliorations notables.

A Jendouba, où le ministre de la santé a fait une visite début octobre et écouté les reproches du personnel médical sur le manque de matériel et l’état des locaux, plusieurs promesses avaient été faites pour améliorer les infrastructures et renforcer l’équipement. « Aujourd’hui, Badreddine se retrouve le symbole de l’abandon de la santé publique tunisienne. Actuellement, le Parlement discute du projet de loi de finances pour 2021 et encore une fois le système de santé sera le parent pauvre. Il n’y a pas de rattrapage sérieux », s’alarme Ahlem Belhaj. En fait, le budget 2021 connaîtra une augmentation de 13,4 % par rapport à 2020, mais ne représentera toujours que 5,5 % du budget de l’Etat.

Une enquête a été ouverte par le ministère public ainsi qu’une enquête administrative du ministère de la santé, qui a présenté dans un communiqué ses condoléances à la famille de Badreddine et à ses collègues. Son corps sera inhumé dans sa ville natale, Kasserine, en présence de plusieurs ministres. Le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, a décidé d’obsèques nationales.

 Le monde :

Malick Diancoumba

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