mercredi 4 août 2021
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Déguerpissement à Bamako : De la sueur, des larmes et du…sang

L’activité la plus visible à Bamako actuellement est la démolition. Démolitions des étables, des caisses d’orange money, mobi cash, des kiosques et des hangars devant les boutiques. Cette activité se poursuit tout le long des goudrons de la capitale malienne. Des hommes arrache-clou à la main et munis de burins défont et déterrent leurs hangars et boutiques qui, pour certains, existent depuis plus d’une dizaine d’années voire des décennies.

 

L’opération de déguerpissement enclenchée par le Gouvernorat du District de Bamako au lendemain de la prise de fonctions du nouveau Gouverneur, Mme Amy Kane, a atteint sa vitesse de croisière. Le Malien, d’habitude réticent face à ce genre d’opérations inattendues, a fini par prendre le devant. Ce sont les commerçants eux-mêmes qui s’attèlent à démolir leurs biens avant l’arrivée des forces de l’ordre qui supervisent désormais les travaux. La poigne et la détermination d’Amy Kane en seraient certainement pour quelque chose. Elle qui, du temps de son passage à la Brigade des mœurs, avait fait frémir les pédophiles de la République et  tuer dans l’œuf l’instinct pédophile de nombreux autres.  Suant à grosses gouttes, Ibrahim Traoré, commerçant de friperie sur l’axe Baco Djicoroni, supervise la démolition du hangar fixé devant sa boutique.  « Au moins, comme ça, je suis sûr de récupérer en bon état mes tôles, mes barres de fer», dit-il en s’essuyant le front avec le revers de la main. Ses voisins sont dans la même dynamique. «On ne sait quand est-ce qu’ils vont arriver ici; mais, vu ce qu’ils sont en train de faire en ville, il vaut mieux que nous mêmes nous enlevions nos caisses», lâche un autre dans une voix déçue. Ce désespoir fait couler à beaucoup d’entre eux des larmes. C’est le cas de celui que les jeunes de Kalaban-Coro Adekene appellent affectueusement Maïga. Au abord du goudron qui passe devant  les sapeurs pompiers, à la grande voie de Baco Djicoroni, Maïga, venu de son Gao natal, il y a une dizaine d’années, s’est installé là. Avec d’abord une table pour proposer de la cigarette, des bonbons, des kleenex, etc., son commerce a vite évolué. Il a construit un petit hangar pour y ajouter la vente de café et finalement tout ce qu’on peut trouver dans une boutique ordinaire. Son hangar était entouré de tôles avec une porte d’accès.  Maïga vendait toute la nuit. Il était devenu, au fil des ans, le repère des jeunes noctambules du secteur, revenant des soirées ou ayant besoin de se restaurer, à tout moment, avec ses plats de foie, de sardines, ses omelettes accompagnées de café chaud. Les fumeurs en avaient pour leur compte à toute heure de la nuit. Cela n’appartient désormais qu’au passé.  Bien qu’ayant pris l’initiative, lui-même, de démonter son hangar de boutique, Maïga, lui, d’habitude jovial et accueillant, ne peut s’empêcher de couler quelques larmes quand il évoque le sort que subi sa boutique et les difficultés prochaines qu’il aura à traverser en termes d’implantation et de récupération de sa clientèle.  «C’est de ces activités que les gens vivent au Mali. Si j’étais autour de l’Assemblée Nationale où de tout autre symbole de l’Etat, cela ne m’aurait pas fait mal. Je comprendrais que pour les visiteurs de marque que le Mali s’apprête à accueillir lors du prochain sommet France-Afrique, il fallait donner une bonne image. Mais, là, je ne dérange personne. Je suis même installé sur une parcelle non encore bâtie ; mais, on me demande de casser parce que c’est un hangar.  Ces actions se font dans un pays normal ; or, le Mali, par rapport à la crise du Nord, à la pauvreté galopante, n’en est pas un.  Quand on préconise la beauté de la ville à la survie des populations, il y a lieu de se poser la question sur la nature de ceux qui nous dirigent.  C’est Dieu qui nourrit l’aveugle; j’ai donc espoir que je vais vivre»,  dit-il en larmes et fataliste.

De la sueur, des larmes mais aussi du sang aurait coulé. On apprend sur des sites d’informations qu’une manifestation des commerçants détaillant au niveau de la Grande mosquée de Bamako aurait fait des blessés au sein de la police le samedi dernier. La circulation désertée par ces derniers était réglée par les apprentis de sotrama (minibus). Le front Nord étant en ébullition, avec la reprise des affrontements, avec ce qui s’est passé le samedi, n’allons-nous pas vers l’ouverture d’un front Sud ?

Mohamed Dagnoko LE COMBAT

Djibril Coulibaly

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