mardi 1 décembre 2020
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Crise socio-politique au Mali : La CFR risque de priver IBK d’une porte de sortie honorable

Vouloir défendre les institutions du pays est une intention très noble. Et c’est d’ailleurs un devoir citoyen. A condition bien naturellement que ces institutions soient républicaines et véritablement démocratiques. Sinon quand elles brillent par le viol des lois républicaines et du principe de la séparation des pouvoirs prônée par la démocratie, afficher une telle intention serait faire preuve de provocation. C’est l’attitude affichée par la Convergence des Forces Républicaines (CFR) lors de son assemblée générale du jeudi dernier (25 juin 2020). C’est ce que pensent en tout cas de nombreux observateurs. Heureusement que la plateforme politique a accepté de surseoir à son grand rassemblement prévu deux jours plus tard et qui n’aurait pas sans doute manqué de jeter de l’huile sur le feu. 

 

La réponse du berger à la bergère ! Telle est sans doute la logique affichée par la Convergence des Forces Républicaines (CFR) pour défendre le président Ibrahim Boubacar Kéita. Ses partisans (s’il en a encore sincèrement) veulent prouver qu’ils sont capables de répondre au Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) par l’occupation de l’espace public.

Ce que cette nouvelle plateforme politique ignore, c’est que les Maliens ne sont plus dupes. Ceux qui répondent à l’appel à mobilisation du M5-RFP sont ceux qui se sentent trahis par le régime en place voire par la démocratie, les frustrés de la gouvernance supposée démocratique, les aigris politiques… Ils sont donc de plus en plus nombreux au rendez-vous par conviction et  non pas parce qu’on a dépensé des fortunes pour les faire venir. La CFR, perçue par des observateurs et une partie non négligeable de l’opinion comme «un rassemblement d’opportunistes» vivant des prébendes du système en place, peut-mobiliser, mais à quel prix ? Nos investigations en marge de son assemblée générale et dans les coulisses du rassemblement avorté du 27 juin 2020 ne sont pas rassurantes. En effet, selon des indiscrétions et des confidences de ceux qui se sont sentis lésés par la gestion opaque du magot collecté pour les besoins de la cause, nous savons a peu-près quel baron du pouvoir a contribué à quelle hauteur.

Autrement, leurs détracteurs peuvent dire qu’ils sont en train de défendre des institutions fantômes avec l’argent volé à l’Etat. Et si l’on se réfère à la cacophonie autour du report du rassemblement de samedi dernier, on constate que ceux qui étaient réellement chauds pour son maintien pensent plutôt au manque à gagner (lié à l’annulation) qu’aux institutions.

L’autre mauvais signal qui n’aide pas du tout Ibrahim Boubacar Kéita, c’est la présence de certaines pancartes dans la salle de l’AG  de la plateforme et qui, à la limite de l’insolence et de la provocation, affichaient un soutien à des institutions qui ne font plus honneur à notre démocratie. D’ailleurs c’est beaucoup plus un soutien à des personnes qu’à des institutions, notamment la présidente de la Cour constitutionnelle. Objectivement, celle-ci incarne aujourd’hui la rupture totale de la confiance entre le peuple (le vrai qui n’est pas celui revendiqué ni par le M5-RFP ni par la CFR) et les institutions.

 

En panne d’arguments et de stratégies…

La Cour constitutionnelle incarne aujourd’hui ces institutions aux ordres de Koulouba. Comme d’ailleurs l’Assemblée nationale. Alors est-il politiquement correct voire judicieux de vouloir voler au secours d’IBK en brandissant des pancartes de soutien à des personnes dont les actes sont à la base de la crispation actuelle ?

En allant dans le sens de la provocation, les responsables de la CFR prouvent aux Maliens et au monde qu’ils n’ont pas d’arguments solides et crédibles à opposer à ceux qui contestent aujourd’hui la légitimité voire la légalité de certaines institutions comme l’Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle.

Pis, ils démontrent qu’ils ne mesurent pas réellement la gravité de la situation et surtout l’enjeu sociopolitique de la contestation dont les rangs ne feront que grossir s’ils continuent de provoquer les Maliens avec des fortunes ostentatoires généralement acquises aux dépens du contribuable.

Et comme le rappelle si bien l’économiste Abdourahmane Coulibaly, «la pauvreté gagne du terrain et les inégalités sociales se renforcent et sont exacerbées par un climat de corruption, ce qui fait que beaucoup de jeunes n’ont ni espoir ni perspectives d’avenir. Ces jeunes constituent la majeure partie des manifestants. Il y a aussi une cristallisation des tensions sociales que les différents acteurs politiques instrumentalisent». Voilà la meilleure lecture que l’on peut faire de la crispation politique du moment.

Heureusement, que la plateforme politique a fait amende honorable en acceptant de reporter d’une semaine le grand rassemblement prévu samedi dernier (27 juin 2020) à la demande de la Minusma, de l’Union africaine, du HCI/Mali… Mais, qu’elle comprenne aussi que le déni de la réalité est aujourd’hui la meilleure arme qu’on peut offrir au M5-RFP pour faire chuter leur régime.

 

La nouvelle gouvernance doit être axée sur les valeurs socioculturelles et démocratiques

Et d’ailleurs, n’eut été la sagesse de l’Imam Mahmoud Dicko, on ne parlerait pas aujourd’hui de ce régime car les opposants politiques avaient scellé son sort le 19 juin en voulant pousser une foule déchaînée à l’assaut de Koulouba. La répression qui aurait suivi n’aurait sans doute laissé aucun Malien indifférent. Et ceux qui sont jusque là réservés, car doutant de la sincérité de ceux qui combattent IBK aujourd’hui, seraient sans doute entrés dans la danse.

L’heure n’est pas à la démonstration de force, à un bras de fer dont ont peut aisément deviner le vainqueur. La meilleure stratégie consiste aujourd’hui à faire profil bas pour négocier une porte de sortie honorable à celui qu’ils ou à ceux qu’ils affirment défendre parce qu’ils profitent des avantages du système mis en place pour sucer le sang du peuple en vidant les caisses de l’Etat.

Et du côté du M5-RFP, ont doit savoir aussi raison garder en évitant de faire de la démission d’IBK une fixation qui n’est pas de nature à faire bouger les lignes. Si ses revendications sont légitimes, elles ne doivent pas contribuer à plonger le pays dans un vide constitutionnel aux conséquences périlleuses. Et celant d’autant plus que les deux institutions qui ont la charge de la gestion de la vacance du pouvoir sont celles qui sont les plus contestées.

La nouvelle gouvernance prônée par les forces patriotiques doit être axée sur les valeurs socioculturelles et démocratiques. Il est donc temps de sortir de cette farce démocratique bâtie autour d’un système clanique pour conquérir le pouvoir et se partager ses dividendes socioéconomiques. Mais une démocratie a ses règles, comme le respect et la limitation des mandats. Mal ou bien élu n’est qu’un jugement de valeur deux ans après la présidentielle. Ce qui est clair et qui est dans l’intérêt du pays, c’est qu’IBK doit aller au bout de son mandat et que le peuple fasse preuve de maturité dans le choix de son successeur.

A quelles conditions doit-il terminer son mandat ? Quelles sont les mesures politiques à prendre ?  Faut-il un Premier ministre de plein pouvoir avec un gouvernement de compétence pour le reste du mandat et dont la mission essentielle sera non seulement de faire aux défis actuelles, mais aussi de préparer dans la sérénité et la totale transparence des élections générales pour enfin doter le pays d’institutions crédibles ?

Voilà les questions que le M5-RFP doit mettre sur la table de négociation et pour lesquelles il est sans doute assuré du soutien de la grande majorité des Maliens.

Hamady Tamba

Malick Diancoumba

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