vendredi 18 juin 2021
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© OUMAR DIOPN, AMAP, COMMERCE,TOURS DES STATIONS D'ESSENCE, DANS LA VILLE DE BAMAKO, LE LENDEMAIN DE LA DECLARATION DE L'EMBARGO DECRETE PAR LA CEDEAO SUR LE MALI, A LA SUITE DU COUP D'ETAT DU 22 MARS, LE 03/04/2012.

Crise du carburant le vendredi dernier : Ces gens sans foi ni loi

Comme un test divin,  le vendredi dernier, à la veille du mois béni de Ramadan, un fait inattendu a mis la capitale sens dessus dessous.  L’on a cru à une pénurie imminente d’hydrocarbure. Les populations se sont ruées sur les stations et les vendeurs de carburant eux ont augmenté les prix sans scrupule.

Les Maliens ont paniqué, le vendredi dernier, croyant à une pénurie de carburant dans les stations et points de vente. Cette panique est née de la grève qu’observaient les gros porteurs depuis un certain temps.  Comme une traînée de poudre, la rumeur a pris tout Bamako comme quoi il y aura une pénurie d’hydrocarbure dans les jours voire les heures qui suivent. Ce fut le branle bas de combat. Munis de bidons de différents gabarits, les citadins ont couru  s’approvisionner et se faire du stock sous la main.  «Depuis plus de deux heures, je parcours les différents quartiers de la Commune V sans parvenir à remplir mon bidon de quatre litres. Il n’y a plus de carburant dans ma voiture, j’ai dû la garer auprès d’un réparateur », dit tout transpirant Ousmane qui était assis derrière un jeune motocycliste qui, lui aussi,  commençait à s’inquiéter du niveau de son essence.  A l’image d’Ousmane, ils étaient des milliers dans les rues de Bamako à chercher le «liquide précieux».  Pour ceux qui avaient la chance de repérer  un point de vente  qui continuait à distribuer, il fallait être patient.  C’était de longues files d’attentes qui frôlaient, par endroits, le kilomètre.  «C’est l’une des rares stations où on peut encore trouver du carburant ; car, toutes les autres sont vides. Ça fait plus d’une heure que je fais la queue, à ce stade on se préoccupe moins du temps que nous passons dans les rangs mais le souci est que l’on parvienne à ce ravitailler », narre Moussa Touré qui étouffe dans une vieille Toyota sans climatisation.
Mais ce qui a le plus choqué lors de cette journée, c’est la cupidité des revendeurs de carburants. Ils sont nombreux ; pas tous, évidemment, à augmenter de plus de 200 francs CFA  le litre du carburant.  Dans certaines stations de la capitale, on a superbement fait fi des recommandations de l’Office Nationale des Produits pétroliers (ONAP) de céder le litre de l’essence à 660 francs CFA.  Sur les réseaux sociaux, les témoignages sur le coût de l’essence qui a subitement pris l’ascenseur étaient nombreux. Beaucoup affirmaient avoir acquis le litre à 1000 francs CFA. «On voyait bien marquer sur le tableau qu’on venait d’acheter un litre et que le prix qui s’affichait était 660 francs CFA, mais il fallait payer 1000 francs CFA ; car, c’est  ce que réclamaient les gérants des stations avant de vous servir ».  Mais la palme de la surenchère est revenue aux revendeurs dans les bouteilles. Eux, pour la plus part, sont passés de 750 à 1500 francs CFA. C’était à prendre ou à laisser. Malgré la qualité douteuse du carburant, les gens s’y ruaient. Même à ce prix, ils ont réussi à vendre tout ce qu’ils avaient comme carburant. L’occasion faisant le larron, beaucoup ont vite fait de profiter de cette situation. Ayant flairé très tôt ce qui allait se passer, ils ont vite fait de se ravitailler dans les stations aux prix normaux pour, ensuite, se garer au bord des grandes artères pour se faire des marges qui passaient du simple au triple.

L’urgence d’un stock stratégique
Si cette situation est due à la grève qu’observaient les gros porteurs et qui a été vite solutionnée par les dirigeants, il faut remarquer que le carburant semble désormais avoir plus de valeur aux yeux des Maliens que les produits de premières nécessités. Est-ce parce que l’effet de la grève se faisait sentir plus immédiatement sur l’hydrocarbure que les produits de première nécessité? En tout cas, ce qui s’est passé le vendredi dernier doit amener nos Gouvernants à prendre conscience sur les dégâts immédiats que pourrait occasionner une pénurie de carburant de 48 heures. Si gouverner c’est prévenir, ils ont là l’occasion de doter le Mali d’un stock stratégique qui pourrait mettre à l’abri le pays tout entier et pendant une durée de deux mois voire plus. Avec ses 55 m3 de capacité de stockage, le Mali est très loin de satisfaire les besoins en hydrocarbure des quelques trois millions de Bamakois en cas de pénurie.   Pour que le Mali soit à l’abri, il faut, selon un Expert, qu’il y ait un dépôt purement malien d’à peu près 100.000 tonnes dans un pays côtier. En plus de l’économie que cela va permettre, le Mali aura un stock stratégique ; car, il n’en a pas. Ainsi, les populations seront sécurisées d’une éventuelle pénurie subite.

Où est la foi ?
Comme un test divin, cette situation est intervenue à 24 heures du début du mois de Ramadan. Au Mali, dans un pays où l’on dit qu’il y a 95% de Musulmans, le comportement de certains revendeurs de carburant, ce jour, témoigne du grand fossé qu’il existe entre le paraître et l’être de nombre de Maliens. Le carburant qui a été vendu si cher aux populations n’a pas été acheté aussi cher.  On a seulement profité de la détresse de son semblable pour lui faire payer le double voire le triple de ce qu’il doit payer en temps normal.  Si, pendant tout un mois, l’on va se priver pour demander la clémence de Dieu, il va falloir que nous soyons d’abord justes entre nous. Cette attitude des revendeurs de carburants est, malheureusement, à l’image  d’un comportement  à presque tous les secteurs d’activités.
Mohamed Dagnoko : LE COMBAT

 

Rédaction

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