lundi 30 mars 2020
Accueil | Société | Coronavirus au mali : Inadvertance condamnable ou crime d’homicide imprescriptible ?

Coronavirus au mali : Inadvertance condamnable ou crime d’homicide imprescriptible ?

L’État du Mali est désormais désigné coupable de délit de non-assistance à peuple en danger.  Le Tribunal populaire indexe avec grande colère le président de la république, Ibrahim Boubacar Keïta, suivi par Dr. Boubou Cissé et le gouvernement qu’il dirige, de même l’honorable Issiaka Sidibé et tous les députés de l’Assemblée nationale qu’il préside. 

 

Pour l’écrasante majorité des Maliens, il n’y a point de doute que l’arrivée du Coronavirus dans leur pays résultera d’abord, de la lenteur du pouvoir à prendre les précautions préventives idoines qui s’imposent, ensuite de l’inadvertance quant à l’application des mesures édictées par le Conseil Supérieur de la Défense Nationale tenu le 17 mars dernier.

Cette colère populaire provoquée par des soupçons de négligence et de manque de prévenance du gouvernement malien. Alors que depuis janvier dernier, pour ne pas remonter à décembre 2019, le méchant virus faisait des ravages dans le monde et qu’il était apparu dans notre sous-région, en pointant progressivement le nez chez nos voisins immédiats, comme dans une sorte de stratégie d’encerclement de notre pays, le plus central d’ailleurs coincé entre sept autres, les autorités maliennes sont restées muettes comme une carpe. Quand le président de la République daigna enfin convoquer sur la question la réunion extraordinaire du Conseil Supérieur de la Défense Nationale le 17 mars, il n’y avait pratiquement plus rien à faire, rien d’autre qu’à mimer les décisions déjà prises depuis presque deux mois par les autres. Ce n’est pourtant pas là le moindre crime des plus hautes autorités. L’inanité des décisions prises par la fameuse réunion extraordinaire du CSDN est vite apparue. On le sait, tout comme il ne suffit pas d’aligner inconsidérément des mots pour réussir un joli poème, il ne faut pas non plus croire faire oeuvre utile en proclamant des mesures qui ne seront pas suivies d’effets. L’ordre du jour de la réunion extraordinaire du CSDN du 17 mars, est-il besoin de le rappeler, comportait un point unique portant sur les mesures relatives à la Pandémie du Coronavirus au Mali. À l’issue des assises présidées par IBK, il a été décidé, entre autres à compter du jeudi 19 mars, en premier lieu, la suspension, jusqu’à nouvel ordre, des vols commerciaux en provenance des pays touchés, à l’exception des vols cargo. Formulation astucieuse dont on comprendra plus tard la ruse, voire la supercherie. En effet, les vols commerciaux, dans l’optique des gouvernants, ne concerneraient pas les transports de passagers civils, ce qui est une aberration. Raison pour laquelle, en violation flagrante des décisions prises par le CSDN, l’État a tranquillement autorisé l’atterrissage de l’avion d’Air France à bord duquel il y avait quelque 300 passagers parmi lesquels se trouveraient probablement des individus porteurs des symptômes du Coronavirus. On comprend aisément pourquoi le médecin de Kayes, qui a signalé trois cas par correspondance, a tenu à préciser, d’abord par souci du serment d’Hyppocrate et ensuite avec la conscience aiguë des responsabilités à situer, que les patients mis en quarantaine à l’hôpital Foussény Daou, sont arrivés entre le 08 mars et le 20 mars. En clair, c’est parce que l’État a failli à son devoir et à ses responsabilités que le Coronavirus a pris pied au Mali. Il ne peut en être autrement. Le CSDN a tenu ses assises le 17 mars et ses décisions devaient commencer à s’appliquer à partir du 19 mars. Mais, ce jour, un jeudi, les cortèges de mariage ont sillonné en trombe les rues de nos villes; les bars, boîtes de nuit et maisons closes, propriétés pour la plupart des gouvernants, ont continué leurs activités, diurnes autant que nocturnes, comme si de rien n’était. Les campagnes pour les élections législatives du 29 mars prochain n’ont connu aucun répit. Bref, ce n’est que dans la nuit du 22 au 23 mars, alors que des nouvelles alarmantes sont venues du Burkina Faso voisin, que les forces de sécurité ont été mobilisées pour un semblant de respect des mesures, et que le ministre de la Sécurité, général Salif Traoré, est apparu sur les antennes de l’Ortm pour une interview qui a brillé par des incohérences. Tout ceci, car, toujours le 22 mars dans la journée, le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Boubacar Bah, a été testé négatif au Coronavirus, bon point que le porte-parole du gouvernement, Yaya Sangaré, s’est empressé de révéler à l’opinion publique nationale, juste pour dire que notre ministre ne risque rien pour avoir rencontré son homologue burkinabé le 12 mars, à l’occasion de la rencontre à Bamako des ministres et gouverneurs du Liptako-Gourma. Un test tardif pour une communication également tardive.

On sait quelle ampleur la pandémie du Coronavirus est en train de prendre dans le monde. Pourtant, on laisse dans la nature des centaines de personnes qui étaient à bord de ce vol d’Air France dont l’atterrissage a été autorisé par le pouvoir national en violation de sa propre décision prise en haute instance.

 

En France, les médecins ont signalé par lettre ouverte que leur capacité de soigner est arrivée à saturation. Le Conseil scientifique a, pour sa part, recommandé au gouvernement français la prolongation de la mesure de confinement. On voit bien dans quels drames humains le Mali va s’enfoncer dans les jours qui suivront. Mais prions le Bon Dieu.

 

Jupiter Théra

Malick Diancoumba

Voir aussi

Edito : Le 26 Mars en passe d’être classé dans les oubliettes

Après avoir qualifié le Général Moussa Traoré de grand républicain, le projet de démolition de …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

%d blogueurs aiment cette page :
Aller à la barre d’outils