mardi 7 décembre 2021
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Affaire Sanogo : Dans les coulisses d’un procès

J’ai failli être accusé

Ce n’est  pas du bluff. Venu à Sikasso pour la couverture médiatique du procès du Général Amadou Haya Sanogo et compagnie, j’ai failli faire partie des accusés. En fait, le hasard des choses a fait que j’avais mis une chemise rouge similaire trait pour trait à celui de l’accusé Mohamed Ouédraogo. En plus, on n’a le même prénom. Donc, après que le juge ait accordé la suspension de l’audience demandée par la défense, l’accusé Mohamed Ouédraogo qui jouit d’une liberté provisoire s’est éclipsé. Au même moment, un élément de la Garde nationale était à sa recherche pour l’amener avec les autres détenus. Et hop, il tombe sur moi et sans chercher à comprendre il me demande de le suivre. Surpris, je lui demande : Moi  Te suivre ? Pour aller où?
Lui: Tu es un des accusés non?
Moi ? Non hein ! Je suis journaliste et regarde mon badge !
Lui: Ah OK, mais où est l’autre, l’accusé qui te ressemble là?

C’est en ce moment que je lui ai expliqué que l’autre Mohamed était en liberté provisoire et qu’il pouvait disposer sans son accompagnement.
Lui: Ahhh OK !

Mon confrère, Abdoulaye Koné du journal «PROCES VERBAL » a eu à bien rigoler. Il a promis de tout dire en bon journaliste. Alors, j’ai pris les devants pour expliquer comment je l’ai échappé belle.

File de frustrés à l’entrée de la salle d’audience

Le procès du Général Amadou Haya Sanogo  et ses coaccusés s’est tenu dans la salle Lamissa Bengaly réquisitionnée pour la circonstance.  Dès 07 heures du matin, ce mardi 30 novembre, les populations du Kénédougou ont pris d’assaut la salle d’audiences. Pour avoir accès à la salle, il fallait être muni d’un badge. Pour le public, c’est le badge « Grand public » qui était requis. Très vite, les personnes préposées à cette tâche de délivrance des badges « grands publics » ont vite été dépassées par les évènements. Le désordre né de l’impatience des uns et des autres n’était pas pour arranger les choses. Pour filtrer l’accès à la salle et maitriser le nombre de participants, un millier tout au plus. Pour ce faire, il fallait s’enregistrer avant. Un délai avait été déterminé. Les enregistrements prenaient fin  le 25 novembre. Il faut dire qu’elles sont nombreuses, les personnes qui n’avaient pas fait ce préalable et qui voulaient le jour du procès avoir accès à la salle. Ce qui naturellement a occasionné des refus d’accès et des échanges virulents entre les populations et les agents « délivreurs » de badges. « Je suis un Sénoufo, après le procès on se verra ici à Sikasso », sont, entre autres, les propos menaçant que proféraient les frustrés. Deux heures après le début de l’audience, la salle n’affichait pas complet. A compte goûte, les populations ont rejoint la salle pour faire le plein des 1000 places à la suspension du procès à 14 heures.

Des journalistes provisoires ?

A l’instar des populations, les journalistes venus pour la grande majorité de Bamako devaient, eux aussi, se faire enregistrer au préalable pour bénéficier d’un badge avec photo comportant le numéro du siège. Les endroits indiqués pour ce faire étaient le Ministère de la Justice et la Cour d’Appel de Bamako. La date limite était la même pour tous, le 25 novembre. Le retrait des badges était prévu pour Sikasso à l’entrée de la salle d’audiences.  Munis de leurs formulaires d’accréditation, ils sont nombreux, nos confrères, qui n’ont pu avoir leur badge à l’entrée de la salle d’audiences. Ce sont les journalistes qui se sont fait enregistrer au niveau du Ministère qui n’ont pas eu leurs badges à leur arrivée. La raison évoquée était que le Département, après avoir recensé les journalistes, devait faire parvenir le dossier au niveau de la Cour d’Appel pour la confection des badges. Ce qui n’a pas été fait correctement.  J’ai été témoin du cas d’un confrère à Bamako. Ce dernier, après s’être enregistré au près du service de communication du Département de la justice, appelait régulièrement pour savoir quand est ce qu’il aura son badge. Ses nombreux appels étaient sans réponse. C’est finalement le 26 novembre, soit un jour au-delà du délai prévu, qu’il a été appelé par le service de communication pour lui signifier d’aller se faire enregistrer auprès de la Cour d’Appel. Ainsi, de nombreux journalistes ont dû attendre l’arrivée des badges provisoires, sans photo mais avec numéro de siège pour pouvoir accéder à la salle. Donc, toute personne se présentant avec une carte de presse accédait à la salle avec un badge provisoire : même s’il n’avait pas accompli les formalités au préalable. Toute chose qui n’a pas manqué de susciter de la crainte chez Fatou Faye de l’agence Audacity en charge de l’organisation matériel du procès. Car, selon elle, si tout au long du procès les vrais propriétaires des places se présentaient avec leurs badges, cela ne manquera pas d’occasionner des débordements. C’est dire que les journalistes, avec des badges provisoires, sont provisoires jusqu’à la confection de leurs badges personnalisés.

Les souteneurs de Haya Sanogo

Amadou Haya Sanogo n’était pas orphelin à l’ouverture de son procès. Même si les faits qui lui sont reprochés sont graves et qu’il risque la perpétuité, s’il est reconnu coupable, il a bénéficié du soutien d’une population venue en nombre. Flanqués de t-shirt à l’effigie de leur « idole », ils étaient les plus nombreux dans les files d’attente. Venus de Bamako pour la circonstance, Ina Coulibaly avoue son attachement inconditionnel à Amadou Haya Sanogo. «Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai aimé l’homme et sa façon de faire depuis son coup d’Etat du 22 mars 2012. Donc, je crois qu’il est innocent et qu’il va être libéré, c’est pourquoi j’ai fait le déplacement à mes frais », dit-elle, elle qui dit ne pas connaitre les autres coaccusés à part Amadou Konaré.

Même son de cloche de Bah Sanogo de Sikasso.  Arborant un t-shirt avec la photo du Général Sanogo dans sa tenue d’apparat, il dit avoir séché les cours pour voir de près celui qu’il a toujours admiré de loin. S’agissant de la culpabilité ou de l’innocence de son « idole », il est nuancé : « Sanogo à mon sens n’est pas coupable, mais cela est difficile à démontrer ; car, après avoir vu des personnes à la télévision, il est concevable qu’ils disparaissent comme par magie et sans qu’il soit au courant quand on sait qu’il était le premier chef du CNRDRE, dit-il.

A l’image de Bah Sanogo, beaucoup d’autres curieux sont là pour voir Haya et ne savent pas ou peu sont qui savent de ce qui lui est reproché. D’ailleurs, cela n’est pas trop de leurs affaires.  Ils ont fascinés par l’homme. C’est tout et ça s’arrête là. La preuve, quand ce dernier s’est  présenté dans la salle comme étant Général et ancien Chef d’Etat, la salve d’applaudissements et de cris qui a accompagné en dit long sur le charme qu’il exerce sur ces personnes.

Rassemblés par Mohamed Dagnoko, depuis Sikasso

COULIBALY

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