mercredi 4 août 2021
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Vie de « Lave-garde Les agents de sécurité postés devant nos hôtels ont faim !

SECURICOMEn dehors des FDS (Forces de défenses et de sécurité), nous avons au Mali des sociétés privées qui fournissent du personnel de sécurité sur les lieux publics. Et, dans bien des cas, ces agents assurent le service le ventre vide.

La question est vitale : sommes-nous dans un univers sécurisé au Mali ?  Des agents  sont déployés  devant les lieux publics que nous fréquentons, mais sont ils  dans les conditions  pour accomplir professionnellement leurs  tâches ? Là, un point d’interrogation demeure. Il se justifie par certaines découvertes que le hasard met sur le chemin du journaliste et le pousse à avoir  de la curiosité.  C’est ainsi que nous nous sommes en mesure de le dire tout de suite : le personnel de sécurité privée, dit « Lave-garde », n’est pas, dans la majorité des cas, dans le minimum des conditions  pour accomplir professionnellement son rôle. C’est une affirmation grave, certes,  et  elle est grave de conséquences.  Mais, il faut croire que bien des « lave-gardes » postés un peu partout à travers la ville de Bamako connaissent la faim sur leurs lieux de travail.

En cause, le salaire à la base,  sûrement. Le Malien a horreur qu’on affiche son salaire en public ; mais, la majorité des « Lave gardés» ne touchent pas suffisamment pour se nourrir à hauteur de souhait et avoir le ventre bien garni au moment du service. A ce facteur, s’ajoute une question d’organisation et de prise en charge sur le terrain. Ces agents  travaillent  des longues heures durant  et dans certaines conditions qui rendent difficile l’accès à l’alimentation normale.  Le travail exige l’attention et la présence à tout moment. Si bien que même avec de l’argent en poche, il n’est pas facile dans bien des cas d’avoir où acheter à manger – et trouver le temps pour le faire. Le poste peut se trouver dans un hôtel, comme mentionné ; donc  un lieu où se trouve justement  un restaurant. Mais le « Lave-garde » ne peut pas faire l’effort financier pour manger les plats d’un hôtel : trop cher pour lui.

« Chef, nous avons faim, SVP… »

Le cas à l’origine de cette  investigation est justement en rapport avec des visites répétées – sur trois jours – dans un des hôtels de la place. Il est situé au Manhattan bamakois, l’ACI, et il n’est pas trop éloigné  du Commissariat du 14e Arrondissement – dont les policiers viennent  faire de temps en temps une apparition. Ce sont deux agents d’une boîte privée qui assuraient le service à la porte. A l’arrivée du visiteur – et même du client habitant- un des deux le reçoit à une table pour vider ses poches. Une fois le RAS assuré, le second lui ouvre la porte pour le laisser entrer.

La scène en question  s’est déroulée lors de la dernière visite de votre serviteur. Au moment de partir, un des agents avait pris tout son courage pour l’aborder. Une fois ce coup d’envoi donné, le second s’approcha aussitôt en ayant du courage lui aussi (on voyait qu’ils étaient extrêmement gênés). Et les deux en chœur, morts de peur mais aussi  tenaillés  par une sourde espérance qu’ils ne seront pas trahis par le visiteur, ils allèrent droit au but : « chef, nous avons faim… », (en les regardant bien, ils avaient vraiment faim). « Vous voyez, les policiers du 14e, ils  viennent ici  un peu pour disparaitre aussitôt. Parce que cela n’est pas tenable. Nous, on est obligés de rester… ».

A ce niveau de la question,  il existe un quiproquo. Les sociétés de sécurité qui emploient ces jeunes gens  espèrent pouvoir compter sur les hôtels qui bénéficient de leurs services  pour leur donner à manger – d’autant plus qu’ils ont un restaurant. De leur coté, les hôteliers croient ne rien devoir  à leurs agents sur ce plan, étant donné qu’ils ont payé pour ces services. Pour eux, ce sont les agences de sécurité privées qui doivent prendre en charge leurs agents à tout point de vue.

Conclusion : dans bien des cas, notre sécurité est assurée par des éléments non sécurisés eux-mêmes. Il devient alors un lieu commun que de dire : il faut  d’abord assurer ceux qui nous sécurisent. Il y va de notre sécurité.

Amadou TALL

COULIBALY

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