vendredi 18 août 2017
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LE POINT : La méthode « Jimmy »

« Nous sommes là nombreux à prôner le changement. Mais pour le moment ce ne sont que des vœux pieux dans le sens de la méthode de Docteur Coué qui consiste à se répéter sans arrêt la même chose comme pour se donner confiance ». Ainsi débute un récent post de Me Abdoulaye Garba Tapo sur sa page Facebook.
Ces derniers temps, ces publications engagées, mais impartiales, nous donnent de la matière à réflexion. « Préparons donc timidement, même artisanalement 2018, car notre objectif est de sensibiliser les populations pour leur éviter les mêmes erreurs que par le passé », précise l’éminent juriste et leader politique. Et comme le dit l’adage, ce n’est pas le jour de la chasse qu’il faut préparer les chiots à pister les animaux.
C’est donc dès maintenant qu’on gagne ou on perd la présidentielle de 2018. Ainsi beaucoup pensent qu’IBK a mis en place un gouvernement de campagne le 11 avril dernier. Et cela même s’il n’est pas encore officiellement candidat à sa propre succession.
A ce sujet, une amie nous demandait récemment qui peut être le meilleur président que les Maliens puissent élire en 2018 ? Pr. Dioncounda Traoré ou Aliou Boubacar Diallo, fut notre réponse argumentée bien sûr. Elle trouva que le président intérimaire est « vieux » et que le président d’honneur d’ADP/Maliba est « sans grande expérience politique ». Et, à propos de M. Diallo, elle ajouta, « il ne connaît pas assez les réalités du pays et n’a pas une assise politique solide ».
– Et pourquoi pas Modibo Sidibé ?, nous interrogea-t-elle.
« Il a le profil idéal du métier s’il parvient à se départir des nombreux préjugés qui sont un handicap sérieux pour un homme politique », avons-nous répondu. Aussitôt, elle sort les griffes prête à nous faire avaler notre langue. Il nous faut alors lui expliquer que nous nous faisons juste les échos de ce que les citoyens disent de son étalon dans la course à la présidentielle de 2018 et qui explique son score en 2013.
Pour avoir été le Premier ministre du pays pendant près de quatre ans (28 septembre 2007-3 avril 2011), « Van » ou « Jimmy », si vous préférez, s’est révélé un technocrate compétent. Mais, dans l’arène politique depuis peu, il est jugé « distant, hautain, peu généreux et peu sociable ».
L’homme, à la limite, regarde toujours le peuple d’en haut, donc coupé des réalités du pays. Une « réserve » qui est certainement une déformation professionnelle chez ce diplômé de l’Ecole nationale de la police en 1977. Difficile d’espérer un jour « servir la patrie, conduire le pays » avec ces préjugés qui ont brisé beaucoup de carrières politiques.
L’homme en est visiblement conscient. Et contrairement à la réputation de « novice » sur la scène politique qu’on lui colle, il œuvre aujourd’hui à se rapprocher des Maliens pour partager leur quotidien, mieux s’imprégner de leurs difficultés, partager avec eux sa vision politique et son projet de société. Et surtout, donner une autre image de lui aux électeurs. En grand stratège politique (il est quand même titulaire d’un DEA en théorie politique obtenu en 1983 à Reims, en France), il va aux Maliens là où ils ont l’habitude de se retrouver pour des activités ludiques et pour débattre de tout sans tabou : les grin.
La méthode est originale et l’approche payante. « C’est un autre Modibo Sidibé que j’ai découvert au grin. En fait l’homme est humble et modeste et non hautain comme le pensent beaucoup de Maliens », nous confesse le membre d’un grin qui l’a reçu à Djicoroni-Para.
« Nous sommes conscients que notre pays a un avenir. Comment être aujourd’hui pour compter demain ? », s’est interrogé Modibo Sidibé président du parti Fare/Anka wuli au grin « Sidi Dembélé » de Baco-Djicoroni/ACI. Lors de ces rencontres citoyennes, Jimmy tente d’apporter des réponses aux préoccupations des populations (école, santé, chômage, promotion de la femme et des jeunes…) sans fuir le débat, donc sans langue de bois.
Pour ce criminologue parachutiste, toutes les préoccupations soulevées ont leur réponse dans son programme qui vise à refonder la nation malienne à travers un dialogue national qui permettra de repartir avec l’ensemble des citoyens et citoyennes pour que chacun puisse s’investir dans le développement du pays.
« Chacun d’entre nous, surtout les jeunes et les moins jeunes qui pourraient leur venir en appoint, doit commencer déjà à sensibiliser les personnes de leurs entourages. Passer dans les grins pour attirer l’attention des gens sur l’importance et les conséquences des décisions qu’ils auront à prendre ; les encourager même à prendre ce qu’on leur donne sans se sentir liés et voter pour les personnes qui leur paraîtraient plus crédibles », écrit Me Abdoulaye G. Tapo en s’inspirant de la méthode Jimmy (Modibo Sidibé).
« Ces mêmes jeunes peuvent se faire des relais pour faire passer le message à d’autres, et même au sein des familles. Chacun d’entre nous a des racines ou des relations un peu partout, et on peut véhiculer de telles idées », précise-t-il. Et pour cette éminence grise, « ce n’est qu’une idée parmi tant d’autres. Et il y a sans doute mieux. Mais il faut qu’on engage ce débat des maintenant ».
Cette méthode de Modibo Sidibé rejoint un peu celle pour laquelle le président du Yèlèma, Moussa Mara a opté, depuis des années et qui le rendent imbattable dans certaines circonscriptions du pays, notamment en Commune IV du district de Bamako. A la différence qu’il ne se contente pas seulement d’écouter, mais il faut aussi parler son cœur en aidant à monter des projets, à financer des activités génératrices de revenus ou des infrastructures sociales de base…
Une option confortée par son passage à la Primature (9 avril 2014-9 janvier 2015). Funérailles, conférence-débats, rencontres internationales, compétitions sportives, manifestations artistiques et culturelles, colloques ou conférence à l’extérieur… Mara ne rate aucune opportunité pour prendre langue avec les Maliens pour prendre la mesure de leurs préoccupations et partager avec eux sa vision politique.
La 3e méthode, est celle de Ras Bath (Mohamed Bathily alias Rasta Bathily) qui vise à choquer pour changer, voire « choquer pour éduquer ». Sauf que pour le moment, ce jeune animateur devenu la « voix des sans voix » n’a pas clairement affiché une ambition politique.
Et sa méthode se focalise sur la dénonciation de ce qui ne va pas, les tares du régime, la carence des cadres, la démagogie de la classe politique… L’homme mobilise les foules parce qu’il dit à ses fans ce qu’ils veulent entendre, ce qu’ils pensent et qu’ils n’osent pas dénoncer sans crainte. Mais, l’impact en termes de changement de comportement ou en éveil de la conscience citoyenne est très limité.
La méthode Ras Bath indexe les dirigeants, mais n’exhorte pas les fans à une introspection pour voir leur part de responsabilité dans les dysfonctionnements du pays, dans leurs difficultés quotidiennes. A la limite, il peut provoquer une contestation populaire, mais pas une vraie révolution orchestrée par prise de conscience morale et politique de la part des citoyens.
« Tout ce que nous subissons aujourd’hui comme douleur, c’est la douleur de l’argent. Nous avons vendu nos âmes au diable, alors nous payons le prix… », a déclaré à Modibo Sidibé, Massa Coulibaly, une notabilité de Kalabancoura avant sa « rencontre citoyenne » avec le groupe Benkadi de Traoré Sylvia le 8 avril 2017.
Ce « nous », interpelle d’abord les citoyens de ce pays dans leur comportement au quotidien. Le changement commence là. « Que chacun fasse violence sur lui-même afin d’être son meilleur serviteur et celui de la patrie dans tout ce qu’il fait ».
Pour éviter un autre Yabé (auto-goal) électoral en 2018, c’est maintenant qu’il faut agir. Et comme le rappelle Me Tapo, « nous n’avons pas leurs moyens… Mais, nous avons des bras et des cerveaux valides » pour empêcher cela.
Les pintades regardent la nuque de celle qui les guide. Sauf qu’ici, contrairement à ce que beaucoup pensent ou imaginent, ce sont nous les citoyens qui représentent la pintade qui guide. Si le peuple change, les dirigeants n’auront d’autre choix que de leur emboîter le pas ou se faire balayer par le mécontentement populaire.
Hamady Tamba LE REFLET

Djibril Coulibaly

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