lundi 21 janvier 2019
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FORUM DE HAUT NIVEAU AFRIQUE-EUROPE : VIENNE, 18 décembre 2018

Correspondance de Mass MBOUP (Bruxelles, de retour de Vienne)

Capitale économique et politique d’Autriche, Vienne a accueilli le 18 décembre 2018 un Forum de haut niveau réunissant des leaders politiques européens et africains, des représentants de grandes institutions financières internationales et autres partenaires au développement, et également divers entrepreneurs tant du secteur privé que public.« Conduire la coopération entre l’Europe et l’Afrique à l’ère du numérique », c’est cette thématique -à la fois complexe et en même temps innovante- qui a servi de catalyseur aux discussions lors de ce Forum auquel ont pris part près de 900 participants.

Le Chancelier fédéral Sébastien Kurz -dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne- ainsi que le président rwandais Paul Kagamé,  président en exercice de l’Union africaine, ont été les principaux artisans de ce « mini sommet » qui a vu la participation de nombreuses personnalités, dont le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, celui du Parlement européen Antonio Tajani, et plusieurs délégations ministérielles africaines aux côtés du président de la Commission de l’Union  africaine Moussa Faki Mahamat.

Placé sous le thème central de la coopération euro-africaine à l’ère du numérique, l’événement a été l’occasion pour les participants de se pencher sur des questions spécifiques liées notamment à l’innovation et à la numérisation : deux leviers importants à partir desquels il est possible, du point de vue des organisateurs, de bâtir de nouveaux partenariats de développement. Il s’agit in finede libérer le potentiel de l’économie numérique, en Europe et davantage encore en Afrique.

Les discours institutionnels qui ont marqué la cérémonie d’ouverture dans l’imposante salle des conférences, l’Austria Centerde Vienne, ont permis aux orateurs qui se sont succédé de planter le décor. Et lancer les débats. L’enjeu majeur, perceptible à travers les différentes communications, pouvait se résumer à une volonté commune : approfondir le partenariat euro-africain essentiellement dans le domaine des échanges technologiques, vu l’impact des nouvelles technologies dans la croissance économique, la création d’emplois voire l’accomplissement des objectifs de développement durable.

Mais il faudra attendre les tables rondes et autres panels, qui ont occupé toute l’après-midi,  pour entrer dans le vif du sujet et cerner de façon concrète un certain nombre de thèmes clé liés à l’innovation et à l’ère du numérique, en particulier en Afrique. Ces tables rondes ont donné lieu à des discussions très animées et ont été une occasion pour les experts invités, issus du secteur public et privé aussi bien africain qu’européen, de confronter leurs expériences respectives. Et de passer en revue des secteurs importants, tels que : l’agriculture 4.0(autrement dénommée agriculture intelligente et de précision), ou comment la numérisation peut stimuler la production agricole ; l’accélération du commerce en ligne en Afrique,ou comment, à travers la création d’une Zone de libre-échange continentale (ZLEC), l’Afrique peut se doter de moyens à même de « créer 18 millions d’emplois par an pour répondre aux défis du chômage et du sous emploi ».

Le Forum a également misé dans l’innovation en expérimentant de nouveaux concepts. Il s’agit notamment de la mise sur pied de cadres d’échanges à l’image des réunions « business to business » (B2B). Réunions au cours desquelles entrepreneurs et hommes d’affaires partagent leurs expériences et esquissent des solutions axées sur le développement du numérique tant en Afrique qu’en Europe.

D’autres événements parallèles ont été initiés en marge de cette conférence qui avait aussi la particularité de mettre le curseur sur des thèmes d’actualité comme par exemple «Comment mobiliser du financement pour l’action pour le climat » : un choix qui est loin d’être anodin au regard de la récente Conférence de Katowice de 2018 sur les changements climatiques (COP24).

À noter que l’ensemble des réflexions émises au sein des différents ateliers, que ce soit au niveau des ateliers ou à travers les rencontres informelles business to business, ont fait l’objet de recommandations pertinentes, consignées dans des rapports à l’attention des décideurs politiques européens et africains. Une manière de donner du suivi et…  « sortir du cercle vicieux des déclarations d’intentions », comme a eu à le souligner une participante sud-africaine rencontrée sur place.

L’EUROPE ET L’AFRIQUE : UNE  ALLIANCE  STRATÉGIQUE QUI  VA  DE L’AVANT

Parmi les nombreux temps forts, on retiendra le vibrant plaidoyer du président Kagamé en faveur de l’Afrique, appelant les Africains à prendre eux-mêmes leur destin en main, condition sine qua non pour changer le regard posé par l’Occident sur l’Afrique, un continent qui, selon lui, «doit être vue comme une source d’opportunités et non plus comme une menace…». Même tonalité chez le président de la commission de l’UA, Moussa Mahamat pour qui l’Afrique doit apporter la contribution qu’on attend d’elle dans sa relation avec l’Europe et refuser d’être le théâtre d’opération de guerres (commerciales) sur fond de rivalités entre Chinois, Américains ou Européens. « Il faut qu’on arrête de nous infantiliser », a-t-il lancé sur un ton ferme et un brin « agacé », en réponse à une question insistante d’une journaliste lors de la conférence de presse finale.

Quant au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, il est longuement revenu sur l’initiative qu’il a lui-même lancée à l’occasion de son Discours sur l’état de l’Union prononcé en septembre dernier devant le Parlement européen. Il s’agit de la « nouvelle alliance Afrique-Europe » dont l’un des objectifs, et non des moindres, consiste à donner un coup de fouet aux investissements en Afrique, à renforcer les échanges entre les secteurs privés africain et européen, mais surtout : « encourager les entreprises européennes à être plus présentes en Afrique ». Cadre ne pouvait être mieux choisi face à de nombreux investisseurs et opérateurs économiques présents à ce Forum. En tout cas ce fut une occasion par excellence pour le Chef de l’exécutif européen d’expliciter, chiffres à l’appui, les tenants et les aboutissants de ce grand projet porté par la Commission européenne et l’Union africaine et qui s’appuie sur les engagements pris lors du sommet Union africaine-Union européenne (UA-UE) en novembre 2017 à Abidjan.

Le Parlement européen non plus n’a pas voulu être en reste et a fait entendre sa voix. Son président, Antonio Tajani, a commencé d’abord par dresser le constat selon lequel l’Afrique, le continent qui a la plus forte croissance dans le monde est paradoxalement celui qui attire le moins d’investissements. Avant d’insister sur la nécessité d’augmenter le volume des investissements, de manière à contribuer notamment à la création de millions d’emplois et par ce biais apporter des réponses concrètes aux demandes pressantes de la jeunesse africaine.

Maître d’œuvre de cette rencontre -que certains observateurs ont comparé à un sommet Afrique-Europe avant l’heure-, Sébastien Kurz a, pour sa part, soigneusement évité le piège consistant à laisser les débats s’embourber sur la question migratoire, même si cette question par endroits s’est invitée aux débats. Cela aurait peut-être pour effet induit de canaliser les discussions autour des choix politiques -parfois contestables- de l’Autriche en cette matière si sensible. Ainsi, hormis quelques incursions sur le sujet, en particulier du côté des officiels Africains, le Chancelier fédéral a réussi le pari de faire en sorte que le Débat ne s’éloigne pas trop de la thématique centrale de « sa » Conférence. Manifestement, il tenait à ce  que l’attention soit de A à Z focalisée sur la coopération économique, voire numérique, entre l’Afrique et l’Europe. Cette coopération, à ses yeux, passe par le canal des investissements, mais également par la numérisation. En écho aux points de vue exprimés par bon nombre de participants aux tables rondes, Kurz estime en effet qu’avec la révolution numérique en cours en Afrique, le continent noir est en passe d’occuper une place de choix dans le monde digital.

Si la cité natale de Sigmund Freud -autrement surnommée « Ville des rêves »- cherchait le moyen le plus efficace pour clore en beauté, et avec succès, le semestre de la présidence autrichienne de l’Union, on peut dire que le Forum organisé à Vienne lui en a donné une formidable occasion. Et l’événement sera sans doute à marquer d’une pierre blanche dans les annales de la coopération entre l’Europe et l’Afrique. De la même manière, les bases d’une nouvelle ère de coopération austro-africaine redynamisée, un changement de paradigme dans la perception -souvent négative- qui semblait jusqu’ici caractériser l’Autriche (et les Autrichiens) à l’égard du continent africain…, tout cela apparaît désormais comme étant de l’ordre du possible. Et c’est tant mieux pour les milliers de ressortissants africains vivant sur les bords du Danube, principalement entre Graz et Vienne ■.

 

 

                                                                      

 

COULIBALY

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