jeudi 22 octobre 2020
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Wassoul’or : La production a du plomb dans l’aile

Contrairement aux autres compagnies minières modernes du Mali, ce sont des techniques d’extraction des mines artisanales qu’on utilise dans la mine de la société Wassoul’or. Elle  se sert des appareils de recherche de l’or des sites d’orpaillage (Cracheur et GPx7000) et recrute des femmes pour faire le tamisage. S’y ajoute le non-respect des textes régissant le recrutement des miniers dans le cadre de la production d’une mine. Wassoul’or, à l’issue de notre enquête sur le terrain, est loin de commencer la production proprement dite ; contrairement à ce que l’on peut lire ou entendre à travers certains médias.

Le Président Directeur Général de la société  Wassoul’or, Aliou Diallo, fait croire à ses créanciers, aux investisseurs mécontents, à la justice et aux autorités maliennes que la Mine de Kodiéran est en passe de redémarrer. Le tapage médiatique se fait  localement sur le redémarrage de la production d’or de l’usine implantée à Faboula, dans la localité de Kalana.

Afin d’y voir plus clair et de nous appuyer sur des faits fiables et indépendants, nous avons effectué une investigation sur le terrain. La  réalité est révélatrice. Recueillies auprès des autorités communales, des Responsables coutumiers, des syndicats, des anciens travailleurs et des travailleurs en activité, nos informations et les témoignages enregistrés sont loin de confirmer une quelconque mise en place un véritable plan de production efficace à Wassoul’or.

Les mécontentements se généralisent. La colère, mauvaise conseillère, est bien présente dans nos échanges avec tous ceux qui avaient placé leurs espoirs dans la réussite de Wassoul’or.

Non respect des lois sur le travail !

En effet, des syndicalistes du domaine  affirment que les textes en vigueur au Mali sur le secteur minier, plus précisément la convention et le code du travail, sont ignorés à Wassoul’or.

Pour  qu’une mine reprenne la production après un arrêt de plus d’une année, elle devrait d’abord commencer par le recrutement des anciens travailleurs qui avaient été contraints au chômage pour faute de moyens de l’usine. Le recrutement d’autre personnel intervient après celui des anciens, selon la loi.

Clairement, un syndicaliste de ladite société témoigne que le PDG de Wassoul’or procède à un règlement de compte.

«Les conventions collectives des mines ne sont pas respectées à la règle à Wassoul’or. Pour redémarrer la production, il faudrait passer par le recrutement des anciens travailleurs de la mine. Mais le PDG de Wassoul’or veut outrepasser la règle. Il est en train de faire recruter d’autres personnes qui n’ont jamais travaillé auparavant à Wassoul’or », atteste-t-il. Et de préciser : « nous avons fait une enquête qui a démontré que le mode de recrutement est basé sur le favoritisme».

Malgré que les autorités communales soient hostiles à cette pratique, on s’entête au niveau de la mine. De notre entretien avec un élu communal de la localité, on confirme la violation des textes. Desquelles mauvaises pratiques qui sont incompatibles avec la production.

«Un protocole de recrutement est en train de se mettre en place sur la question. Il implique la mairie et la société Wassoul’or. Je crois que le PDG a discuté de cela avec la mairie dont 80% des travailleurs doivent être de la commune  rurale de notre localité. Mais le protocole peine à être élaboré. Car, le PDG veut régler ses comptes. Il a voulu écarter dans ledit document de base  toute personne ayant eu des comportements désagréables avec lui (ceux qui ont demandé le paiement des arriérés de salaires dont le syndicat). La mairie a affiché son opposition catégorique face à cette question», explique-t-on à la mairie de Kalana pour soutenir le blocage dans la production d’or à l’usine de Wassoul’or.

Chaos technique à l’usine

Alors qu’il était prévu de produire de l’or en ce mois de mars 2017, on dénonce le chaos technique au niveau de cette usine de production d’or.

Selon nos sources,  la manière employée pour diriger l’usine est contraire avec les standards industriels miniers. Les techniciens expatriés se succèdent et ne restent pas. Des Directeurs historiques sont destitués pour des problèmes extra professionnels, tel est le cas du Directeur de l’usine, Monsieur Déna  qui, du jour au lendemain, a disparu de son poste.

Le PDG a mis en place dernièrement un Directeur d’exploitation qui n’a aucune expérience de la Direction des mines, il était chargé jusqu’alors d’assurer la sécurité de la mine.

Aussi, témoigne un travailleur de  la mine: « C’est un borgne qui assure actuellement  la supervision de l’usine». C’est confirmé qu’il n’y a pas de visite technique pour travailler à l’usine de Wassoul’or.

Aussi, qui dit production, dit levée d’or. Cet aspect ne peut pas échapper aux autorités. Mais qu’en est-il de cette réalité?  L’Etat peut-il rester dans le flou pour ce qui est de l’or du Mali? Comment penser que les Douanes et la Direction Générale des mines ne contrôlent pas cette situation?

Certaines sources sur place  parlent de la pratique de fonte sauvage, effectuée de façon artisanale, par un bijoutier de Bamako.

A Kalana tout comme à Faboula, c’est un secret de polichinelle que des femmes sont employées dans cette mine pour faire la battée comme cela se fait sur les sites d’orpaillages. L’usine tourne de façon aléatoire. Et bien loin des espoirs du PDG qui, malgré sa présence continue sur le site, ne peut rien y faire.

«C’est seulement un moulin qui est en activité. Beaucoup de femmes sont recrutées pour faire le tamisage des forages réalisés. Elles sont recrutées  par le  patron de l’usine», affirme un travailleur de l’usine.

Il complète son propos. «Ce sont des appareils utilisés par des orpailleurs qu’on utilisent dans la mine. J’ai vu trois appareils ‘’cracheurs’’  et des GPx7000 en activité dans la mine», témoigne-t-il. Comme pour certifier que Wassoul’or n’est ni plus ni moins qu’un gros site d’orpaillage.

Absence d’actions au profit des populations locales

On n’en finit pas de mentionner les failles de la mine Wassoul’or.

Au-delàs de l’aspect technique, les populations locales sont les premières victimes laissées pour compte. Contrairement aux autres mines du pays, Wassoul’or n’y mène pas d’actions notables, allant dans le sens de restaurer l’environnement.

Les habitants ne bénéficient de presque rien de la part de la mine. «Le village de Faboula  (qui abrite la mine) n’a bénéficié que d’une mosquée. La clinique est à l’abandon et la sage-femme, qui y travaillait, a été l’une des premières à être licenciée. Le Docteur lui aussi a démissionné », commentent des habitants de la localité.

Ils reconnaissent néanmoins : «Bien sûr quelques dons et autres actions sociales sont bien menées par Wassoul’or ; mais, seulement pour faire calmer les esprits de nos jeunes».

C’est le comble !  A l’heure où le Mali veut se dresser contre les mauvaises habitudes des grandes puissances, comment expliquer la passivité des autorités dans ce dossier.

Heureusement, la grande sagesse des autorités coutumières est parvenue à contrôler le mécontentement d’une population épuisée par cette affaire. Les jeunes, pleins d’espoirs jadis, doutent maintenant de leur avenir au sein de la mine.

Nos investigations au plus près de la mine nous amènent à poser cette  question sur la position du Ministère des Mines, sur les décisions du Tribunal de Commerce qui ne semblent pas être  informés de la réalité de la situation de la mine de Wassoul’or. Comment penser qu’une mine moderne puisse se développer en étant dirigée de cette manière?

Par ailleurs, beaucoup pensent que le sentiment d’impunité du PDG de Wassoul’or, son implication politique et religieuse, l’aveugle et l’enfonce encore plus dans la spirale des échecs.

Faut-il noter que nous avions voulu avoir la version des actionnaires allemands dans cette affaire. Mais nos tentatives ont jusqu’à présent été vaines.

Oumar Diakité : LE COMBAT

Rédaction

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Un commentaire

  1. Article qui nous dit bien des choses sur la réalité de cette affaire.

    Maintenant que vont faire les ministres des mines, de la justice, des fiances??

    Laisser faire encore longtemps?

    Nous sommes toujours sans travail et sans considérations

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