mardi 16 avril 2024
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SECURITE ET DEMOCRATIE: Difficile à concilier dans le choix des priorités

 

Notre manchette de la semaine dernière (MALI-BURKINA : «La démocratie vient après la sécurité», dixit Choguel Kokalla Maïga/Le Matin N°564 du mercredi 1er mars 2023) nous a valu des interpellations et des échanges souvent fructueux. En effet,  si certains ne l’ont pas aimé parce qu’ils trouvent que c’est juste du «Choguelisme», d’autres ont avancé des arguments pointus défendant le contraire. En ce qui nous concerne, nous demeurons convaincus que tout cela est une question d’interprétation et que, dans le contexte actuel, c’est la sécurité qui doit être notre priorité.

 

«La démocratie vient après la sécurité» ! Telle est une conviction que le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga a assené devant la presse lors de sa récente visite officielle à Ouagadougou, au Burkina Faso (23-26 février 2023). «Le Matin» en avait fait sa manchette la semaine de dernière. Ce qui n’a pas manqué de susciter le débat (en off) autour de cette équation «démocratie et sécurité».

Comme c’est souvent le cas, certains ont juste réagi parce qu’ils ne portent pas Choguel dans le cœur. Mais, d’autres ont réellement avancé des arguments découlant d’une certaine expertise politique et surtout témoignant de leur maturité intellectuelle. C’est le cas par exemple du jeune leader politique et brillant intellectuel (ses publications brillent par leur pondération et surtout par leur patriotisme) Moussa Sey Diallo.

«Je trouve la citation bien inutile» nous dit-il tout en appréciant la UNE du N°564 de Le Matin. «La sécurité et la démocratie vont ensemble. Les militaires meurent pour la liberté des peuples. C’est comme une maison et ses commodités. Sans la maison pas de commodités,  sans commodités elle n’est qu’un taudis», défend-t-il. «Si nous ne lions pas les deux de façon systématique, dans un pays comme le nôtre, la majorité ne se retrouvera pas. Et cette conception finira par affaiblir la classe politique, qui n’est pas toute mauvaise, et par conséquent va jouer sur l’alternance au pouvoir indispensable pour la stabilité d’un pays comme le Mali», poursuit M. Diallo.

Nous avons eu d’autres réactions dont l’objectivité ne laisse planer l’ombre d’aucun doute, qu’elles soient d’accord ou non avec Dr Choguel Kokalla Maïga. En ce qui nous concerne, nous pensons que c’est une question d’interprétation. La déclaration est sans doute liée au chronogramme, aux priorités de la transition malienne. Faut-il prioriser le retour à l’ordre constitutionnel au mépris de la sécurisation du pays comme la Cédéao et la communauté internationale avaient voulu nous l’imposer ?

A notre avis, ce choix aurait prouvé que nous n’avons pas tiré tous les enseignements de la situation de notre pays depuis plus d’une décennie. En 2013 par exemple, nous avons colmaté les brèches et trouvé des arrangements afin d’organiser des élections pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Mais, ou est-ce que cela nous a bien conduit si ce n’est à l’impasse ayant conduit aux événements du 18 août 2020 et du 24 mai 2021 ?

En fait, la démocratie n’est pas une fin en soi. C’est ce que la suite de la déclaration de Choguel veut prouver quand il rappelle que «le Mali et le Burkina Faso ne veulent plus faire comme dans d’autres pays où pendant 20 ans on a organisé des élections et puis un jour les partenaires ont décidé de partir et on voit les populations s’agripper aux trains d’atterrissages des avions pour quitter leur pays, les dirigeants étant partis avant» !

Une façon sans doute pour lui de défendre les réformes entreprises pour la refondation de l’Etat et aussi le choix fait par les autorités de la transition d’accorder la priorité absolue à la stabilisation aux dépens du rapide retour à l’ordre constitutionnel que la Cédéao et d’autres partenaires voulaient nous imposer. Un choix judicieux selon notre analyse parce que la démocratie a besoin de socles solides comme la sécurité, donc la stabilité, pour prospérer.

Sans compter que si notre pays est dans l’impasse actuelle, c’est à cause des «démoncrates», qui ont perverti la gouvernance démocratique pour en faire un outil de pillage des richesses du pays. D’où le dépit de la politique perceptible au niveau de presque toutes les couches de notre population à qui on avait malheureusement fait croire que ce système politique était une panacée.

Le réveil a été brutal dans une République ébranlée dans ses fondements et  ses principes par la pauvreté, la précarité croissante… qui ont ouvert des brèches dangereuses pour l’obscurantisme et l’extrémisme violent… Quoi de plus sage pour des gens venus pour assainir le pays et épurer sa gouvernance que de vouloir d’abord déraciner ces menaces et donner une chance aux réformes entreprises de porter leurs fruits ?

Certains sont opposés à cette entreprise pas parce que les réformes ne sont pas pertinentes ou réalistes, mais parce que soit elles constituent une menace pour leurs intérêts, soit ils pensent que les autorités de la transition outrepassent leur mission. Mais, si les transitions que nous avons connues sont consécutives à des putsches, on ne peut pas objectivement leur denier le caractère politique. Sans compter que les acquis dont on parle ainsi que les institutions sur lesquelles la gouvernance du pays a reposé ces trois dernières décennies sont l’œuvre d’une transition. Transition ou pas, ce qui est important dans la vie d’une nation c’est le consensus sur les choix politiques à faire. Que voulaient le plus les Maliens après le coup d’Etat du 18 août 2020 ? Selon les sondages, ils se sont massivement prononcés en faveur d’une autre gouvernance de leur pays.

Ce qui était et est impossible à réaliser sans la refondation de l’Etat sans donc les réformes en cours. Maintenant, tout est dans la confiance que nous avons aux dirigeants actuels, de leur vraie intention… Sont-ils venus pour refonder et partir ? Veulent-ils prolonger la refondation dans leurs seuls intérêts ? Veulent-ils tout simplement berner les Maliens et confisquer le pouvoir ? Chacun a sa réponse à ces questions. D’ailleurs, certains Maliens n’estiment-ils pas que le pouvoir doit rester aux mains de ceux-là qui sont capables de ramener la paix et la sécurité dans le pays ?

En ce qui nous concerne, nous ne voyons pas pour le moment les signaux attestant d’une mauvaise intention des jeunes Colonels ou de leur intention de confisquer le pouvoir pour rester à la tête du pays ! Pourquoi ne pas alors faire fi du reste et les soutenir dans cette entreprise de refondation ? Cela ne nous coûte rien de les accompagner tout en leur faisant comprendre que notre soutien n’est pas un blanc seing et qu’ils doivent compter sur nos coups de gueule chaque fois qu’ils seront sur le point de déraper, de prendre une autre direction que celle promise aux Maliens. Pour nous résumer, nous avons aujourd’hui juste besoin de sécurité, d’entente, de volonté politique et de travail dans l’union sacrée !

Moussa Bolly LE MATIN

 

 

 

Les défis de l’après transition en perspectives

«Le défi du développement durable est une autre manche… Et pas des moindres. Il faut le relever en même temps que la recherche de souveraineté», écrivait le jeune leader politique et brillant intellectuel, Moussa Sey Diallo, dans l’une de ses fréquentes publications sur les réseaux sociaux. Si le terrorisme prospère généralement sur le terreau fertile du sous-développement, force est aussi de reconnaître que le problème essentiel du Mali est ce fléau qui est en train de détruire non seulement nos maigres acquis, mais d’engloutir une part non négligeable de notre budget national. En termes de priorité nationale, la défense et la sécurité ont aujourd’hui une place de choix. Et cela va durer jusqu’à ce que notre pays recouvre la paix et la stabilité.

C’est après que nous pourrions réellement revoir notre priorité en se fixant une nouvelle ligne : axer nos efforts sur l’émergence socioéconomique et la juste répartition des richesses générées pour que plus jamais notre pays ne se retrouve dans pareille situation périlleuse. Et nous verrons alors, sans doute, l’impérieuse nécessite de sortir de la démagogie pour faire de l’Education la priorité des priorités.

L’éducation, en tant que valeur et système, est une institution qui s’est effondrée ces dernières années. Les réformes mal inspirées et inappropriées à nos besoins en la matière sont passées par là. Et elle est aujourd’hui à l’agonie par manque de volonté politique manifeste. Le politique, depuis l’avènement de la démocratie, s’est accaparé de l’espace scolaire et académique pour en faire une arène politique et non une institution de formation de citoyens engagées et de compétences indispensables au développement du pays. Et malheureusement, l’enseignement et la fonction enseignante ont été progressivement dévalorisés, désacralisés. Alors que, comme l’a si bien écrit le jeune leader Moussa Sey Diallo, «tant que l’enseignant n’aura pas une excellente formation, la plus grande considération sociale et le plus haut traitement financier, le Mali évitera difficilement le chaos». Telle est aussi notre conviction.

Il faudra ensuite réfléchir à traduire ou à soutenir la souveraineté retrouvée par la création d’un environnement indispensable à l’émergence d’un bon tissu industriel et favorable à la maîtrise technologique. «Il faudra ensuite élaborer et mettre en œuvre une stratégie impeccable contre la corruption. Quand ces conditions sont remplies la sécurité devient anecdotique et la ruée des partenaires sûrs…», pense M. Diallo. Enfin pour écarter tout risque de retour à la case-départ, il faut aller à l’essentiel dès que la page de la Transition sera tournée !

M.B LE MATIN

Djibril Coulibaly

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