dimanche 20 septembre 2020
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MODIBO TRAORE, DIRECTEUR DES PROGRAMMES JEUNESSE DE LA CONFEJES : «Il est important de s’investir pas pour un mandat ou un régime, mais pour l’avenir de notre pays»  

Récemment réélu Directeur des Programmes Jeunesse de la Conférence des Ministres de la Jeunesse et des Sports de la Francophonie (CONFEJES), pour un second mandat Modibo Traoré s’est confié au Le Matin. Dans cet entretien, il évoque ses sentiments après cette confiance renouvelée en lui, son bilan, ses projets pour ce second mandat, les perspectives pour la CONFEJES et le Mali. Interview !

 

Le Matin : Quels sont les sentiments qui vous animent après votre reconduction comme Directeur des Programmes Jeunesse de la CONFEJES ?

Modibo Traoré : Avant de vous donner mes impressions, permettez-moi de saisir cette opportunité pour remercier le gouvernement de la République du Mali, à travers le ministère de la Jeunesse et des Sports, qui a accepté de présenter et de soutenir ma candidature au nom de mon pays. J’associe à cette reconnaissance, ma mère Niagalé Coulibaly, ma famille, tous mes collègues et amis parmi lesquels beaucoup sont de la presse et qui, depuis mon passage à la Maison des Jeunes de Bamako, n’ont cessé de m’apporter leur soutien. Et puis je pense que ce ne serait pas trop demander si je me permettais de faire un clin d’œil à mon frère Drissa Guindo, Secrétaire général du ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, pour son soutien de tous les instants.

Suite à ma reconduction, j’éprouve un sentiment d’honneur. Pas pour moi, mais surtout pour mon pays le Mali. C’est la reconnaissance des valeurs que regorge notre pays à plusieurs niveaux. Je mesure la charge de cette reconduction à ce poste de Directeur des Programmes Jeunesse.  Cela résulte certainement du travail bien fait pendant le premier mandat, au sein de la Direction et de l’institution toute entière, avec la couverture des 43 Etats et gouvernements membres que compte la CONFEJES. C’est pour moi une confiance qui doit être encore plus méritée à travers des actions au profit de la Jeunesse francophone.

Vous attendiez-vous à cette reconduction ?

Modibo Traoré : Vous savez, même si je m’y attendais un peu, au vu des résultats que nous avons engrangés, mon équipe et moi, j’étais un peu prudent. Un test n’est jamais réussi ou gagné à l’avance, surtout avec un jury international constitué de diverses sensibilités.

Selon vous, quels sont les atouts qui ont plaidé en votre faveur ?

Modibo Traoré : Certainement la connaissance du domaine relatif à la jeunesse avec les différentes implications que cela induit, le travail de proximité avec les Etats et gouvernements membres à travers les actions menées avec la pleine participation des bénéficiaires et la confiance des partenaires et des membres du Secrétariat général. C’est le fruit d’un travail collégial et d’un engagement à réussir et à aimer le travail bien fait. Pour cela, la disponibilité, les valeurs d’écoute, de discernement et des qualités de manager sont nécessaires.

Quels sont les principaux acquis de votre premier mandat ?

Modibo Traoré : Nos acquis s’inscrivent dans les réussites globales de notre institution pendant ces dernières années. Vous savez, la Direction des Programmes Jeunesse a une cible transversale : la jeunesse ! Et nous avons à proposer et à mener des actions au profit de cette couche. Nous avons mené des activités de proximité au niveau des pays avec, à la clef, des formations sur des thématiques diverses. Les préoccupations des jeunes ont été prises en compte à travers les sollicitations des pays et des partenaires que nous avons honorées, conformément aux moyens de l’institution. Les temps forts ont été la réussite de la célébration du cinquantenaire de notre institution avec des activités sur les politiques publiques de jeunesse en décembre dernier, les actions dans le cadre du volontariat et du numérique, l’approche introduite pour amener les pays à davantage participe au Programme de promotion de l’entrepreneuriat des jeunes (PPEJ), dont nous avons célébré le trentenaire l’année dernière et la reprise des missions de suivi des projets des jeunes entrepreneurs. Voici, entre autres, certains acquis de ce premier mandat que nous nous devons consolider.

Quelles sont vos ambitions pour ce second mandat ?

Modibo Traoré : Nos ambitions se résument dans la satisfaction de plus de jeunes à travers les Etats et gouvernements membres. Les besoins et aspirations des jeunes sont nombreux, mais pas au-dessus des moyens des décideurs. Il faut une synergie dans les approches, tant au niveau national, régional qu’international. Le partage des bonnes pratiques est nécessaire. Nous avons apprécié les recommandations de Madame la Secrétaire générale de la Francophonie, Madame Louise Mushikiwabo qui préconise une harmonisation des programmes entre les institutions de la Francophonie. Notre satisfaction résidera pour ce second mandat, dans l’atteinte de nos objectifs au profit de la jeunesse francophone.

Quelle est la particularité des programmes de la CONFEJES ?

Modibo Traoré : La CONFEJES est l’institution de la Francophonie spécialisée pour les questions de jeunesse, de Sport et de loisirs, créée le 5 décembre 1969 à Marly-le-Roi en France. Ses actions s’appuient sur trois grands programmes : Programme I : Gouvernance et actions stratégiques ; Programme 2 : Jeunesse ; Programme 3 : EPS/Sport.

Aujourd’hui, il est rare de trouver un pays membre (43 Etats et gouvernements membres), surtout en Afrique, dans l’Océan indien et à Haïti, où vous ne trouverez un cadre, un jeune ou un sportif formé par l’institution.

En cinquante ans, la CONFEJES a acquis une identité forte et distinctive au plan institutionnel, programmatique et organisationnel. Il s’agira pour nous, dans le domaine de la jeunesse notamment, de poursuivre le rôle de précurseur de l’institution dans la promotion de l’entrepreneuriat comme modalité forte de lutte contre le chômage et le sous-emploi des jeunes, notamment, dans les pays du Sud.

Le PPEJ est le seul programme de la francophonie qui, depuis 30 ans, offre des opportunités de création d’emploi aux jeunes et pour lequel les Etats et gouvernements membres bénéficiaires et les bailleurs contribuent. Les différentes programmations de la CONFEJES sont adoptées en réunion du Bureau ou en Conférence ministérielle par les ministres en charge de la Jeunesse et des Sports. C’est dire toute l’importance accordée à cette institution qui ne peut en aucun cas évoluer en vase clos.

Quel est l’impact de ces programmes sur les jeunes francophones, notamment au Mali ?

Modibo Traoré : En termes d’impact, je vous donne quelques statistiques, de 1969 à 2019 : 3 506 sportifs ont bénéficié des Appuis Promotion Elite Jeune (APEJ) ; 343 sportifs ont bénéficié des bourses du Fonds Francophones de Préparation Olympique (FFPO) ; 176 Clubs CONFEJES ont été organisés dans plusieurs disciplines ; 526 cadres ont bénéficié de bourses CONFEJES pour des formations supérieures dans les secteurs de la Jeunesse, des Sports et du Loisir. Tout comme 1939 projets des jeunes entrepreneurs ont été financés entrainant la création de 5822 emplois. A noter que la CONFEJES a toujours invité les Etats et gouvernements membres à élaborer des politiques publiques en matière de Jeunesse, Sport et Loisir et à mettre en place les Conseils nationaux de Jeunesse, à créer les Instituts nationaux de formation des cadres.

Plusieurs jeunes Maliens ont bénéficié des programmes de la CONFEJES ou ont participé à des rencontres sur le plan national et international, en termes de formation de formateurs, des directeurs et responsables des centres de jeunes (Maisons de jeunes, foyers, carrefours de jeunes), de renforcement des capacités dans les domaines de la citoyenneté, de la lutte contre les conduites adductives, de l’économie numérique, etc.

Dans le domaine de l’entrepreneuriat, à travers le Programme de Promotion de l’Entrepreneuriat des Jeunes (PPEJ), plusieurs jeunes ont été formés et 48 ont bénéficié d’appuis pour le démarrage de leurs projets. Certains sont aujourd’hui des chefs d’entreprises. Dans le domaine des sports, plusieurs de nos compatriotes ont participé à des sessions de formation dans plusieurs disciplines et des athlètes maliens ont bénéficié de bourses CONFEJES dans les centres d’athlétisme : Ya Soucko Koïta, Ibrahim MAIGA, Kadiatou CAMARA, Djénébou DANTE et actuellement la jeune Coumba SIDIBE, pensionnaire du Centre d’Athlétisme de Lomé CRAAL.

Toujours dans le domaine du sport, la CONFEJES octroie chaque année des appuis à vingt jeunes athlètes pour les soutenir dans leur préparation. Il s’agit des Appuis Promotion Elite Jeune (APEJ). Plus de 200 sportifs maliens ont déjà bénéficié des APEJ. Par ailleurs, plusieurs cadres ont bénéficié de bourses CONFEJES, parmi lesquels Drissa Guindo (Secrétaire général du Ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle), Djénébou Sanogo et Allaye Samassékou (chargés de mission au ministère de la Jeunesse et des Sports), Aliou Maïga (Directeur National des Sports et de l’Education Physique), Seydou Dawa (ancien Secrétaire général du ministère des Sports aujourd’hui à la retraite). Signalons également l’accompagnement et l’appui à la mise en place des programmes de formation à l’INJS de Bamako.

C’est dire combien de fois les programmes de la CONFEJES ont eu et continuent d’impacter la jeunesse francophone en général et celle du Mali en particulier.

 

Quelle est la place du Mali dans la famille de la CONFEJES voire dans la Francophonie ?

Modibo Traoré : Le Mali occupe et a toujours occupé une place importante au sein de la CONFEJES et de la Francophonie. C’est le lieu de rendre hommage à feu Karamoko Mory Konté, ancien Directeur régional de la Jeunesse et des Sports de Sikasso qui a occupé le poste de Directeur Adjoint des Sports de la CONFEJES de 1999 à 2005. La 37e Conférence ministérielle de la CONFEJES, réunie à Marrakech (Maroc les 15 et 16 mars 2019), l’a élevée au grade d’Officier de l’Ordre international de la CONFEJES. La médaille et le Diplôme seront remis à titre posthume à sa famille, prochainement lors d’une cérémonie qui aura lieu à Bamako en présence des autorités.

Le Président du Réseau des Instituts de formation dans les secteurs Jeunesse, Sports et Loisirs est notre compatriote Cheick Konaté dit Takala, Directeur de l’INJS de Bamako, et la Vice-coordinatrice internationale du Groupe de Travail Consultatif pour la participation des femmes et des jeunes filles aux activités de Jeunesse, Sports et Loisirs (GTCF) est également notre sœur Djénébou Sanogo, Chargée de mission au ministère de la Jeunesse et des Sports. Nous avons également M. Dramane Coulibaly qui est expert de la CONFEJES et de l’IAAF.

C’est pour moi l’occasion d’adresser toute la reconnaissance de l’institution au président du Comité Olympique et Sportif du Mali (CNOSM), M. Habib Sissoko. Sur sollicitation de Cheick Konaté (Directeur général de l’INJS), le président du CNOSM a accepté de parrainer la première édition du «Prix du jeune chercheur du réseau des INJS de la CONFEJES». Ce prix a été remis par son Directeur de cabinet, M. Tidiane Median Niambélé, qui a fait le déplacement de Dakar lors de la célébration du cinquantenaire de la CONFEJES, en décembre 2019.

Bien entendu, tout cela profite à la grande famille francophone car, comme je le disais plus haut, la CONFEJES est l’institution spécialisée de la Francophonie en matière de Jeunesse, Sport et Loisirs. Souvenez-vous également qu’il n’y a pas longtemps, notre compatriote Adama Ouane a occupé le poste d’Administrateur de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). C’était lors du mandat de Mme Michaëlle Jean. L’OIF a toujours accompagné notre pays.

 

Que conseillez-vous aux autorités maliennes pour conforter ou améliorer cette place ?

Modibo Traoré : Pour notre pays il s’agit de mener une véritable promotion des cadres sur l’échiquier international, avec un soutien et un accompagnement adéquat. Il y a des pays qui font un véritable lobbying pour permettre à leurs cadres d’occuper des postes à l’international avec des moyens à hauteur de souhait. Également il nous faut être très réactif afin d’honorer nos engagements à temps.

 

Qu’est-ce qui vous a motivé à postuler pour des postes à la CONFEJES ?

Modibo Traoré : Vous savez, j’étais déjà expert de la CONFEJES depuis 2006. J’avais également bénéficié des bourses de la CONFEJES pour des formations supérieures à l’INJS de Yaoundé (Cameroun) et au Centre Africain d’Etudes Supérieures en Gestion (CESAG) de Dakar (Sénégal). A un moment, j’ai échangé avec mon frère Guindo sur l’opportunité d’acquérir une expérience internationale. Lorsque nous étions revenus de formation lui d’Abidjan (Côte d’Ivoire) et moi de Yaoundé, notre souhait était de voir notre pays se doter d’un Institut supérieur de formation des cadres de Jeunesse et Sports.

Heureusement, le chantier avait été lancé par nos ainés et à la faveur de la CAN 2002, l’INJS a vu le jour. Nous avons travaillé d’arrache-pied pour mettre en place les programmes de formation dans le secteur jeunesse.  Lorsque l’opportunité s’est présentée pour le poste de Directeur adjoint des Programmes Jeunesse, j’ai pensé que j’avais d’une part un challenge pour apporter ma contribution à l’évolution de cette institution à laquelle je devais également. D’autre part, mon ambition pour une expérience internationale se présentait. Je ne m’éloignais pas trop du pays et surtout je restais dans un domaine dans lequel je peux toujours apporter mon soutien à la jeunesse, dont celle du Mali.

 

Un appel à la jeunesse malienne au moment où notre pays travers une profonde crise sociopolitique et sécuritaire ?

Modibo Traoré : La situation de notre pays est suivie avec beaucoup d’attention. Mon souhait le plus ardent est que le calme, la paix et la sécurité reviennent de façon définitive. La jeunesse à un rôle important à jouer. Elle doit savoir raison garder et faire la différence entre la bonne graine et l’ivraie. Vous savez, il est temps pour nous de savoir qu’il est important de s’investir pas pour un mandat, pas pour un régime, mais pour l’avenir de notre pays. Il ne s’agit pas des jeunes seulement mais de tous ceux qui veulent œuvrer pour des objectifs durables. La gestion que nous faisons doit obéir à une planification à long terme, avec certainement des séquences qui doivent porter les germes d’un enracinement profond sur nos valeurs. Notre pays regorge de compétences avérées en milieu jeune, qui chaque jour démontrent leurs capacités dans plusieurs domaines. Nous devons mettre ces énergies au service de l’avenir du Mali. Je suis convaincu que nous allons sortir de cette situation sociopolitique et sécuritaire.

D’ailleurs nous n’avons pas le choix !

Propos recueillis par

Moussa Bolly

Malick Diancoumba

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