dimanche 3 juillet 2022
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MENAKA : une lueur !

Le débat sur la révision de la constitution continue de mobiliser et d’inspirer. Deux raisons ont été évoquées pour justifier cette révision : contribuer à mettre en œuvre les dispositions de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, renforcer la démocratie. Aucune des deux ne vaut.
Aujourd’hui, l’urgence n’est pas au renforcement de la démocratie. Du reste, on renforce ce qui existe. Or, ce qui existe actuellement, dont la vitalité ne souffre d’aucun doute, ce n’est pas la démocratie, c’est le multipartisme. La démocratie a, pour principe, la vertu. Sa pratique est, par conséquent, incompatible avec la corruption dont l’existence scandaleuse n’est un mystère pour personne. Aujourd’hui, l’urgence est à la reconstitution de l’intégrité du territoire national. Certes, sur ce point, une institution de la République tente de rassurer. Dans un arrêt, elle fait comprendre : le Mali exerce son autorité sur l’entièreté du territoire national par l’intermédiaire de ses représentants. Mais la réalité contredit cette assertion : le 20 juillet, l’administration n’est pas retournée à Kidal ; quelques jours après cette date, profitant d’un appui extérieur, la CMA a repris les hostilités, violant le cessez-le-feu instauré entre les forces en conflit dans le Nord, allant jusqu’à s’arroger le droit régalien de s’instituer force de sécurité pour protéger Ménaka.
Il est question de poursuivre la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation… N’est-il pas plutôt temps de marquer un temps d’arrêt pour évaluer, non ce qui a été fait, mais les avancées en la matière. Nul ne saurait contester la bonne foi du gouvernement. De la signature de l’Accord à la date d’aujourd’hui, il ne cesse de s’acquitter de ses obligations. Mais la réalité est que chacune de ses actions fait songer à un coup d’épée dans l’eau. L’exécution d’un accord ne peut être effective que si les parties signataires s’acquittent, chacune en ce qui le concerne, de ses obligations. Mais, dans notre cas, tout se passe comme si nous allions de concession en concession de la part de l’Etat sans contrepartie de la part des rebelles. Et dire que le Comité de Suivi de l’Accord se réunit périodiquement, que ses activités sont financées et ses membres rémunérés à coup de centaines de millions…
Le gouvernement veut créer un Sénat, s’appuyant sur un prétendu accord du peuple malien qui serait obtenu à l’issue d’un référendum dont le résultat ne fait aucun doute. Cela appelle, de notre part, deux remarques. La création du Sénat ne contribuera en rien à apporter la paix et la réconciliation au Mali. Elle ne sera qu’une concession de plus comme la nomination du président de l’Autorité intérimaire de Kidal. D’autre part, cette création n’est pas une urgence, une bonne lecture du texte de l’Accord le confirme qui donne la possibilité d’un réaménagement du Haut Conseil des Collectivités Territoriales pour y faire figurer plus de représentants des populations.
L’opposition, tant parlementaire qu’extraparlementaire, reproche au projet présidentiel de révision de la Constitution deux tares rédhibitoires : il se situe dans un contexte qui ne lui est pas favorable ; il renforce le pouvoir de l’exécutif au détriment du pouvoir des autres institutions au point de faire du président de la République un « Mande massa ».
L’opposition peut avoir raison. Mais les événements intervenus ces derniers jours étoffent le dossier de la rébellion en y versant des pièces nouvelles. Un avocat français, consulté sur le projet de révision fait des révélations. Barkhane désarme le Gatia permettant ainsi à la CMA de se renforcer, profitant de cet avantage, elle envoie ses troupes occuper Ménaka sous le fallacieux prétexte de « sécuriser » cette localité. Auparavant, le Mouvement Populaire pour le Salut de l’Azawad (MPSA) « menace de fermer dans deux semaines tous les accès menant à Tombouctou pour protester contre le blocage de l’accord de paix ». Une vidéo circule, de téléphone portable en téléphone portable pour donner une autre lecture du projet de révision constitutionnelle.
Il se pourrait que les vraies raisons du projet de révision constitutionnelle se situent ailleurs. Pour l’instant, retenons un dernier fait : notre armée nationale se serait rendue maître de Ménaka en délogeant les rebelles qui, plutôt que de combattre, ont choisi la fuite. Au cas où l’information s’avérerait, ce serait là une lueur d’espoir ; mais, surtout, la preuve qu’au problème du Nord, il n’existe qu’une solution : la force de la République à opposer aux atermoiements des séparatistes.
LA REDACTION

Djibril Coulibaly

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