dimanche 17 octobre 2021
Accueil | Société | Entretien exclusif avec Mamoudou Gassama : «Le gamin que j’ai sauvé n’avait que quatre ans et moi j’en ai 22. Cet enfant que j’ai sauvé, qu’est -ce qu’il deviendra demain ? Personne ne le sait si ce n’est Dieu. Alors, faisons le bien».

Entretien exclusif avec Mamoudou Gassama : «Le gamin que j’ai sauvé n’avait que quatre ans et moi j’en ai 22. Cet enfant que j’ai sauvé, qu’est -ce qu’il deviendra demain ? Personne ne le sait si ce n’est Dieu. Alors, faisons le bien».

Le retour du héros, Mamoudou Gassama est au Mali, son pays, à l’invitation du Président IBK, Mamoudou Gassama, on ne le présente plus… Vous avez tous très certainement vu cette vidéo digne d’un film hollywoodien sur laquelle l’on voit le jeune homme sauver d’une chute un enfant suspendu dans le vide du 4e étage d’un immeuble parisien au péril de sa propre vie… La scène, spectaculaire, a été filmée et abondamment partagée sur les réseaux sociaux, lui valant le surnom de «Spiderman» et une renommée mondiale. Il revient en détail sur son acte héroïque, son nouveau statut, le contenu de son entretien avec IBK, etc.

 

LE COMBAT : Cela faisait 8 ans que vous n’étiez pas revenu au Mali, 8 ans que vous vivez en France…Tout d’abord comment vous sentez vous aujourd’hui ?  Vous avez revu votre famille après tout ce temps…votre famille s’est déplacée depuis votre village natal de Yaguiné, jusqu’à Bamako, pour vous retrouver…Votre père,  Makhan Gassama, s’est d’ailleurs dit fier de vous… Comment se sont passées les retrouvailles ?

 MAMOUDOU GASSAMA:  Je vous remercie pour tout ce qui a fait pour moi depuis mon acte à Paris jusqu’à mon arrivée à Bamako. Je suis arrivé et j’ai été accueilli comme un Président. Je remercie le Peuple malien pour cela. Je suis très heureux. Les mots me manquent.

 Vous venez de rencontrer le Président Ibrahim Boubacar Kéïta, et cela après avoir rencontré le Président français Emmanuel Macron. Ce n’est pas donné à tout le monde de rencontrer deux Présidents…Quel effet ça fait ?

Je remercie le Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta. Déjà, le jour de mon action, il m’a appelé. J’étais au Consulat du Mali à Paris entouré de toute ma famille et des Français. Il m’a fait des bénédictions et m’a dit que mon acte est digne d’un Malien. Il a souhaité que je vienne au Mali pour le rencontrer. J’ai beaucoup apprécié. Lors de notre entretien, il m’a remercié et fait des bénédictions, a salué mon père qui a fait le déplacement du village, ceux qui m’ont accompagné. C’était une rencontre émouvante, je ne  peux que remercier le Chef de l’État pour cette marque d’attention.

Vous avez été accueilli en héros à votre arrivée à Bamako…De nombreuses personnes vous ont attendu à l’Aéroport international Modibo Kéïta pour voir l’enfant du pays devenu un héros…Les rues de Bamako chantaient, dansaient, célébraient le héros Mamadou… Un accueil triomphal vous a été réservé ce samedi après-midi…Allez, ne soyez pas modeste…êtes-vous fier de vous ? Ça fait quoi de revenir dans son pays accueilli en fanfare, avec les honneurs ?

Quand j’ai vu tout ce monde à l’accueil, je n’ai pu contenir mes larmes. Il y avait dans la foule des personnes que je n’avais plus revues depuis huit ou neuf ans. C’était trop d’émotions. Les mots ne peuvent pas exprimer ce que j’ai ressenti.

En revoyant cette vidéo qui a fait le tour du monde…Les images sont à couper le souffle…une scène qui pourrait être une scène d’un film…un acte d’une immense bravoure, spectaculaire, teinté d’altruisme…une ascension folle d’une trentaine de secondes…Comment avez-vous trouvé le courage de réaliser cet exploit ? Racontez-nous comment ça s’est passé ? 

C’est tout d’abord une histoire de football. Je suis un mordu du ballon rond. Au village, j’ai participé à de nombreuses compétitions et remporté des titres. On m’appelait Zidane. Ce jour-là, il y avait la finale de League des champions qui opposait le Réal de Madrid à Liverpool. J’ai dit à mon ami (e) de m’accompagner au Restaurant pour manger et en même temps suivre le match. On a passé la commande. Un peu plus tard j’entendais des cris et des klaxons à l’extérieur. Je suis sorti pour voir ce qui se passait et c’est là que j’ai vu l’enfant suspendu. J’ai aussitôt traversé la voie et sans me poser de questions, j’ai commencé à grimper les quatre étages pour aller à son secours. Plus je montais, plus  je me sentais porté vers lui. Dieu merci j’ai pu sauver l’enfant.

Parlez-nous de votre enfance; vous étiez déjà enfant, le genre de personne à partir à la rescousse de ceux ou celles en difficultés ou dans le besoin… ?

Vraiment ce que je peux dire c’est qu’il faut être altruiste dans la vie. Il faut toujours venir en aide à son prochain. Le gamin que j’ai sauvé n’avait que quatre ans et moi j’en ai 22. Cet enfant que j’ai sauvé, qu’est ce qu’il deviendra demain ? Personne ne le sait si ce n’est Dieu. Alors, faisons-le bien.

Beaucoup de Maliens ont suivi votre histoire, cet acte de bravoure vous a permis de voir votre situation être régularisée avant l’étape de la naturalisation promise par le Président français… Certains rêvent d’avoir le même destin. Mais, avez- vous conscience que, vous êtes exceptionnel ? Donc, vous avez eu un traitement, si je puis le dire, exceptionnel…beaucoup de sans-papiers sont dans des situations extrêmement difficiles en France ou dans d’autres pays étrangers…Que dire aux Maliens qui souhaitent faire ce trajet très difficile et très dangereux…Un trajet durant lequel ils risquent leur vie à tout moment…Comment les dissuader ?

Ce que je peux dire, je l’ai dit à la présidence. Certains peuvent rester d’autres pas. Les gens, dans la vie, ont toujours bougé. Ce n’est pas qu’au Mali, mais toute l’Afrique. La route n’est pas facile. Certains sont passés, d’autres sont morts et d’autres sont en prison. Ce que je peux dire, il faut se donner la main pour créer des conditions de maintien des jeunes au pays pour travailler à développer le pays. Nous devons mettre en place des associations pour ce faire.

Une rencontre avec Zidane était prévue …Un rêve que vous avez réalisé ?

C’est vrai je devais rencontrer Zinedine Zidane. On m’a demandé qui était mon joueur préféré, j’ai dit Zidane puisque je me faisais déjà appeler comme ça au village. Il a été mis au courant et il était prévu qu’on se rencontre, mais cela a coïncidé avec sa démission de la tête du Réal Madrid. Pour le moment, il n’y a pas de date, mais j’espère qu’on va se voir

Vous suivez le mondial, je suppose ? Les Maliens aiment particulièrement le football…Vous, vous supportez qui ? Un pays africain ?

Je suis la coupe du monde et souhaite bonne chance à toutes les nations africaines engagées.

Vous allez intégrer les sapeurs-pompiers en France…C’est pour quand exactement ? Une formation est prévue ou peut-être que c’est vous qui allez leur donner une formation finalement (rires) ? 

C’est lors de ma visite chez le Président français, Emmanuel Macron, que cela a été décidé. Il a décidé que je devais intégrer ce corps ; car, mon acte en est digne.

Sur le plan financier ? Êtes-vous dans une meilleure situation aujourd’hui ?

Dieu merci sur le plan financier, ça va bien aujourd’hui. Je vais te dire une chose, je suis un jeune, avant ça n’allait pas, mais aujourd’hui je remercie le Bon Dieu. Je souhaite que ce qu’il me donne puisse suffire à moi et à toute ma famille.

Cela s’est passé très vite…Vous êtes devenu un héros en quelques minutes seulement. Comment vivez-vous cette célébrité ?

Je parviens à bien gérer. Parce que dans ma tête nous sommes tous pareils. Je suis comme tout le monde. J’ai juste eu de la chance. On m’appelle héros pour ce que j’ai fait, mais pour moi nous sommes tous égaux.

Entretien réalisé par Mohamed Sangoulé DAGNOKO : LE COMBAT

Rédaction

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