dimanche 11 avril 2021
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Entretien exclusif avec la poétesse Sitan Koné: « …l’État s’effrite et personne ne s’en rend compte… »

 

Journaliste et élève professeur de Lettres à l’École Normale Supérieure de Bamako (EN Sup), auteure du recueil de poèmes intitulé ‘’Laisse-moi te dire…’’, paru en février 2021 chez Innov Editions, Sitan Koné est l’une des lauréates du concours « Été des plumes » initié par l’Association ‘’Lire pour Exister’’. Membre fondatrice du JELMA et secrétaire aux relations sociales de l’Union des Écrivains du Mali, elle a remporté le prix féminin de ce concours. Elle s’est confiée à votre quotidien.

 

Le combat : Pouvez-vous nous présenter votre ouvrage ? 

 

Sitan Koné: Mon ouvrage, « Laisse-moi te dire… » est composé de 33 poèmes, faisant 57 pages. Ce recueil traite de diverses thématiques, notamment l’union, le travail, l’amour, la paix, l’émigration, la guerre, le vivre ensemble, et j’en passe. C’est un ouvrage qui résume les différents événements que notre pays a connus dans ces dernières années. Il est aussi un cri de cœur pour la stabilité au Mali.

 

 Quelle explication pouvez-vous donner sur le titre ‘’Laisse-moi te dire’’… ?

 

« Laisse-moi te dire… » est un titre interpellateur. C’est un appel d’abord à la lecture. On a l’habitude de dire que si tu veux cacher quelque chose à un jeune Malien, il faut le mettre dans un livre. Cette expression met l’accent sur le désintérêt de cette jeunesse malienne de la lecture. Pour bannir cette image négative, j’ai intitulé mon œuvre ainsi pour m’adresser particulièrement à ladite jeunesse. Car si tu veux savoir ce que j’ai à te dire, il faudra lire ce que je t’ai offert. 

Ensuite, le titre « Laisse-moi te dire… » appelle à l’union sacrée de tout le peuple malien afin de relever le défi de la guerre que nous connaissons aujourd’hui. Ainsi, laisse-moi te dire que la paix n’a pas de prix ; laisse-moi te dire que le travail nous ennoblit ; laisse-moi te dire que l’union mène au développement ; laisse-moi te dire que la guerre nous ramène au commencement ; laisse-moi te dire que le sang a tant coulé.

 

« Mon identité » est un texte très sensible et prolixe. Quel message essayiez-vous de passer ? 

 

Oui, le poème ‘’Mon identité’’ est très sensible comme vous l’avez remarqué. C’est une quête d’identité culturelle. Quand nous essayons de regarder dans nos sociétés actuelles, nous constatons une grande mutation d’identité culturelle, de par nos comportements que nos accoutrements. Or, la culture permet d’identifier un peuple des autres. Voir notre culture en voie de disparition m’a beaucoup interpellé, c’est pourquoi j’ai écrit :

« La culture, mon identité

La culture, mon passeport

La culture, mon existence », P.54

 

Vous dédiez un poème à feu Émile Camara. Avez-vous une relation particulière professionnelle avec lui ? En quoi vous a-t-il inspiré ? 

 

Feu Émile Camara m’a eue à la faculté en tant qu’étudiante. C’était un grand homme avec un esprit ouvert. Il m’a beaucoup inspiré, car malgré son âge, il ne s’est jamais absenté quand c’était ses heures de cours chez nous. Il était une figure de persévérance, de travail et de rigueur. Je me souviens, lorsqu’on a été à Kabala, on avait cru que c’était fini pour ses matières compte tenu de la distance, mais à notre grande surprise, il a été parmi les premiers professeurs à enseigner là-bas. J’avais une relation amicale avec lui, il me demandait chaque fois d’aller chercher la signification de mon nom. Et la dernière fois que je l’ai rencontré, c’était à l’ENSup ; ce jour-là, nous avons échangé comme d’habitude. Lui dédier un poème est un devoir pour moi. Que son âme repose en paix !

 

Quel sentiment vous animait lorsque vous écriviez le texte dramatique à trois voix ‘’Je suis une bonne’’ ? Est-ce un cri de cœur pour la défense des aides-ménagères ?

Le poème dramatique ‘’Je suis une bonne’’ nous invite à réfléchir sur ce phénomène social. Aujourd’hui, la querelle entre patronne et aide-ménagère n’est plus à cacher ; soit c’est la patronne qui est victime de la bonne et vice-versa. Dans ce poème, il ne s’agit pas pour moi de faire partie prise, seulement j’attire l’attention du grand public sur ce fait afin qu’ensemble nous puissions trouver une solution. Ce n’est pas pour rien que j’ai fait une liste de tâches que la bonne est censée exécuter. Cela interpelle directement les limites de son travail pour éviter tout problème : 

« Je suis celle qui part au marché

Je suis celle qui fait la cuisine

Je suis celle qui nettoie leurs chambres », P.19 

 

À travers le poème ‘’Laisse-moi chanter tes louanges !’’ Vous rendez hommage à Aoua SOW, elle représentait beaucoup pour vous 

 

Effectivement, elle représente beaucoup pour moi. Elle est ma grand-mère qui s’est très bien occupée de moi de son vivant. Elle m’a toujours montré son amour et son affection. J’étais celle qui portait ses bagages, celle qui l’accompagnait à la mosquée. Avec elle, c’est tout un souvenir. À la veille de chaque fête musulmane, j’étais l’esclave qui portait son « Jaka » à la mosquée. Elle aurait souhaité me voir aujourd’hui grandir, mais le Tout Puissant en a décidé autrement. Que la terre lui soit légère !

 

« Larmes de mon pays », un texte plein de sens. Qu’est-ce que vous pensez de la situation sociopolitique du pays ?

 

La situation sociopolitique du Mali me donne souvent le désespoir. L’État s’effrite et personne ne s’en rend compte. La seule chose qui porte, c’est le conflit d’intérêts personnel. Le peuple est ignoré dans sa souffrance. On crie à leur nom, mais une fois la satisfaction trouvée, d’autres projets jaillissent, d’où ces vers :

« Le pays où tout tourne 

Autour du fauteuil présidentiel

Le pays où les maux du peuple

Ne sont pas pris en compte 

Le pays où coulent les larmes du peuple

Le pays où s’accroît la haine de jour en jour

Ne verra jamais la splendeur du soleil », P36

 

Avez-vous d’autres projets d’écriture ?

 

« Laisse-moi te dire… » est une première publication individuelle donc, il marque le début de mon entrée dans l’univers des écrivains. À cet effet, il ne sera pas le dernier. Effectivement, j’ai des projets d’écriture. Je suis sur un recueil de poèmes collectifs avec un ami. Actuellement, je travaille sur une pièce de théâtre et également sur un recueil de nouvelles.

 

Vos mots de la fin ? 

Mes mots de la fin s’adressent d’abord à tous les Maliens en général, pour l’union autour du Mali, puis à la jeunesse, pour l’engagement, en particulier.  

 

Interview réalisée par Moriba DIAWARA

Djibril Coulibaly

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