samedi 2 juillet 2022
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CONSTITUTION ET KOUROUKANFOUGA

Les 13 et 14 mai, la Convention pour la Majorité Présidentielle (CMP) était en conclave au stade du 26 Mars. Deux points sont inscrits à l’ordre du jour : la révision constitutionnelle et le processus électoral. Parmi les débats sur le premier point, il en fut un qui a été âpre et qui ne devait pas l’être : le débat sur la nécessité de faire figurer, dans le préambule de la Constitution de février 2012 révisée, la référence à la Charte du Kouroukanfouga.
Le préambule proposé débute ainsi : « Le peuple souverain du Mali, attaché à la valorisation de son patrimoine culturel et historique, se référant notamment à la Charte adoptée en 1236 à Kuru Kan Fuga en ses valeurs compatibles avec la forme moderne de l’Etat démocratique et républicain… »
Les partisans de la référence au Kouroukanfouga justifient leur proposition : « Ce texte fondamental, enseigné dans les plus grandes universités du monde, témoigne de l’existence d’un Etat organisé au Mali depuis le moyen âge ; malgré les controverses que cette charte peut susciter, elle apparaît incontestablement comme une valorisation de « l’homme africain » et un témoignage éclatant de sa contribution à l’histoire universelle à un moment où certains pensent qu’il « n’est pas rentré dans l’histoire ».
Nous avons là la preuve de ce qui arrive lorsqu’on prend position sans s’être, au préalable, suffisamment informé car, nous nous y méprenons pas : aucune Charte ne fut « adoptée en 1236 à Kuru Kan Fuga ». Nous nous trouvons là face à l’une de ces supercheries entretenues parfois par des savants dont l’histoire est émaillée. Qui ne se rappelle de celle qui a concerné, de 1912 à 1953, l’homme de Piltdown : « Pendant environ 40 ans, il a été accepté comme authentique par presque toute la communauté évolutionniste. Finalement, en 1953, on a découvert la supercherie quand des techniques modernes ont permis d’établir qu’il s’agissait d’os de singe et d’humain qui avaient été assemblés et vieillis artificiellement (…) : on avait adapté une mâchoire et des dents de chimpanzé à des morceaux de crâne humain. (Cf. La Vie : comment est-elle apparue ? » Ed. Watch Tower Bible…, New York 1985 page90). Une énorme méprise dont la science a pâti.
Intéressons-nous davantage à l’histoire de l’empire du Mali, en particulier, à une date et à un lieu. 1235 est donné comme date de la bataille de Kirina. Mais la date comme le lieu sont contestables. 1235 est une date retenue par Maurice Delafosse non pas à partir d’une certitude, mais à partir de moult recoupements, ce qui en fait une date approximative. Kirina est situé, par bon nombre d’historiens, généalogistes ou traditionnistes dans le Mandé, donc, en amont de Koulikoro. Mambi Sidibé le situe près du village de Konina, en aval de Koulikoro, ce qui semble plus vraisemblable si l’on tient compte que Soumangourou Kanté qui a fini sa course dans cette localité.
Dans la prétendue Charte du Kouroukanfouga, il est dit que les mensonges vieux de quarante ans doivent être considérés comme des vérités. Si l’on est d’accord avec cet « article », l’on pourra placer dans le préambule de la Constitution révisée la référence au Kouroukanfouga. Nous reviendrons sur la question dans notre prochaine livraison.
LA REDACTION LE SURSAUT

Djibril Coulibaly

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