vendredi 3 décembre 2021
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Après des morts contre l’instauration des autorités intérimaires : La nécessité d’ouvrir un débat national pour redresser l’accord de paix

L’application des volets de l’Accord de paix signé entre le gouvernement malien et les belligérants sous la pression de la communauté internationale pourrait provoquer d’autres tournures plus graves que les conflits précédents. Déjà, quatre morts et plusieurs blessés ont été déplorés dans la seule ville de Gao. Ce qui constitue de dangers préliminaires à propos de la mise en place des autorités intérimaires dans les Régions du nord. Des soulèvements populaires ont surgi dans d’autres localités à l’intérieur du pays contre l’accord et pour soutenir les jeunes de Gao. La gravité de la situation impose aux gouvernants de revoir la copie, de prendre en compte la position du Peuple malien.

Comme on le dit, aucun accord de paix n’est parfait à 100%. Chaque partie fait réserve sur soi au profit de la paix. Mais, le but recherché est d’avoir une paix définitive ou durable.

Cependant, le cas malien menace plus que jamais l’unité nationale. Car, il y a parti pris. La preuve en est qu’à défaut de faire l’unanimité, le document, signé entre Bamako et les différents groupes armés, a toujours fait l’objet de contestations. Des organisations de la société civile du pays ainsi que l’opposition politique ont décrié certains textes dudit accord. Cela, avant et après l’adoption du document par l’Assemblée Nationale du Mali. L’opposition a même jeté le dernier dé constitutionnel en saisissant la Cour Constitutionnelle pour dénoncer la non-constitutionnalité et la violation des textes concernant le volet de l’instauration des autorités intérimaires dans les Régions nord du Mali. Mais cette haute juridiction de la Nation malienne a donné feu vert au gouvernement pour son application. C’était sous la pression de la communauté internationale. Car, rappelons que, pendant cette période, des Diplomates français et allemands et mêmes des plus hautes autorités de ces pays se sont déplacés à Bamako contre le « retard » accusé, selon eux, dans l’application de l’Accord de paix. En son temps, ils ont mis l’accent sur l’instauration des autorités intérimaires dans les Régions du nord en plus du cantonnement et de l’intégration des ex-combattants.

Mais il fallait s’attendre à la détermination des jeunes de la ville résistante du Mali, Gao. Les descendants des guerriers de la Cité des Askia, à l’unisson, ont bravé la mort pour s’opposer à l’application d’un texte qui leur est défavorable. C’est ainsi que quatre des leurs jeunes ont été tués et plusieurs autres grièvement blessés dont des femmes enfants, lors d’une marche populaire pacifique organisée pour faire protestation contre les autorités intérimaires.

Face à l’ampleur de la situation, le gouvernement a dépêché sur le terrain certains de ses membres pour prendre en compte les préoccupations des populations de Gao. De ce fait, il a été décidé de surseoir, pour l’instant, à l’instauration des autorités intérimaires qui était prévue pour le vendredi dernier. Et de considérer la position de Gao.

Malgré cette prise de conscience imposée au Gouvernement, la catastrophe qui s’est déroulée à Gao a été la goûte d’eau qui tend à faire déborder le vase.

La multiplication des manifestations à l’intérieur du pays, un signe d’alerte

Cette bavure des forces de l’ordre dans cette ville dans le nord du pays a réveillé des morts, des mécontents contre les textes de l’accord de paix et de réconciliation signé entre Bamako et les groupes armés. Des marches se sont, du coup, tenues à Mopti et à Bamako. Des organisations de la société civile qui avaient jusqu’à maintenant requis le silence ont fini par hausser le ton contre l’accord. La capitale malienne est entrée en ébullition à telle enseigne qu’une jeunesse pro-gouvernementale a failli s’attaquer à une plateforme de jeunes opposée à l’accord de paix. Cet acte a eu lieu le mercredi dernier à la Maison des jeunes de Bamako. Comme pour magnifier la gravité de la chose. Déjà, il y a désunion.

Après les marches des jeudi et vendredi derniers dans les rues de Bamako, les partis politiques de l’opposition aussi ont réitéré leur position. Elle était face à la presse le week-end dernier pour prendre à témoin l’opinion nationale et internationale face aux dangers qui découlent de l’application de ce fameux accord de paix et de réconciliation convenu entre le gouvernement et les groupes armés.

Pour l’opposition, les évènements de Gao viennent remettre sur la table le débat sur la légitimité de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger. Mieux, tous les cadres de l’opposition sont unanimes sur le caractère « séparatiste » et « incendiaire » de cet accord. Aussi, des dirigeants de l’opposition arguent que l’accord n’a jamais été expliqué au Maliens et que toutes les communications du gouvernement autour de ce document ne sont que des propagandes.

Alors que, de son côté, le gouvernement estime qu’il avait déjà communiqué suffisamment autour de l’accord. Il se défend qu’il ait traduit le document en toutes les langues afin que les Maliens puissent tous comprendre mieux sa teneur.

De toutes les façons, vu le tollé qui se généralise à l’échelle nationale face à cet accord sulfureux, les plus hautes autorités du Mali doivent ouvrir un débat national autour du document. D’ailleurs, c’est le souhait des contestataires. Une dynamique nouvelle autour du document qui passe par un dialogue inter-malien fécond et responsable visant à forger un consensus national autour de la restauration de la paix et de la stabilité sur l’ensemble du territoire national. Bref, tout porte à croire que la tenue d’une conférence ou d’organiser des journées de concertation nationale devient incontournable. En tout cas, l’Histoire retiendra les tenants et les aboutissants de ce processus de paix enclenché dans notre pays.

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COULIBALY

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