mardi 22 juin 2021
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AFFAIRE TOUMANI DJIME DIALLO: Défense de critiquer la présence de la France au Mali

Croyant aider la France à soigner l’image de son armée au Mali (sans doute indispensable pour que les Maliens digèrent sa présence dans leur pays), l’ambassadeur du Mali en France a failli créer un incident diplomatique. Et cela parce que la France est allergique à toute critique visant sa présence dans notre pays. Le ministre Tiébilé Dramé (Affaires étrangères et Coopération internationale) a pu sauver les meubles en sacrifiant l’ambassadeur Toumani Djimé Diallo (TDD) qui, sans doute (le connaissant), était aussi fatigué de ronger le frein face à la tournure méprisante qu’ont pris aujourd’hui les relations franco-maliennes.

 

Le tort de Toumani Djimé Diallo, c’est d’avoir été franc, donc de s’être départi de la langue de bois diplomatique ou d’avoir refusé de faire le béni oui-oui ! A-t-il eu tort ? Ceux qui pensent ainsi oublient un détail de taille : le contexte ! Quand on sort les propos de leur contexte, il est difficile d’en faire une analyse objective ! Et dans le cas d’espèce, il s’agit de propos tenus devant une commission sénatoriale (Affaires étrangères, Défense et Force armées), donc pas en public. Un contexte qui se prête à une certaine confidentialité et où on a aussi l’occasion de se dire les vérités crues sans froisser l’autre !

L’ambassadeur s’exprimait donc dans le cadre de l’audition des ambassadeurs des pays du G5 Sahel devant la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du sénat français le mercredi 26 février 2020. Et, en bon diplomate, il avait pris soin d’employer des termes soigneusement pesés pour lever les équivoques.

«Je vais vous parler franchement, dans ces forces il y a les officiers, il y a l’armée normale, mais il y a aussi les légions étrangères et c’est là le problème… Je vous dis, en vous regardant droit dans les yeux que par moments, dans les Pigalle de Bamako, vous les y retrouvez tatoués sur tout le corps, en train de rendre une image qui n’est pas celle que nous connaissons de l’armée nationale du Mali. Ça fait peur, ça intrigue et ça pose des questionnements» ! Il n’en fallait pas plus pour que les autorités françaises crient à la stigmatisation de «l’armée française» de plus en plus embourbée au Sahel.

Nous défions quiconque de nous prouver que des éléments de la légion d’honneur dont il s’agit ne viennent pas souvent à Bamako pour une raison ou une autre. Le comportement décrié par l’ambassadeur n’est pas relatif à leur présence sur le front. Et dire que certains parlent de hors-sujet pour justifier leurs enveloppes de faux activistes sur les réseaux sociaux !

Sacrifié pour avoir dénoncé les brebis galeuses

Si tel est le cas, c’est que la problématique a été mal posée parce que les sénateurs voulaient entendre ce dont ils ont envie et non ce qui les contrarie. Ils s’attendaient à des louanges des forces françaises. Et c’est ce que d’ailleurs TDD a fait, mais en prenant soin d’attirer l’attention des sénateurs sur le comportement de certaines brebis galeuses (comme il y en a dans toutes les armées du monde) qui ne peuvent qu’exacerber le sentiment «anti-français» qui contrarie l’opinion française et qui fâche surtout l’Elysée et le Quai d’Orsay.

Mais, les propos de notre ambassadeur a autant choqué que le mouvement anti-français qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Le diplomate a choqué parce qu’il a touché à une plaie qui n’est pas seulement celle des seules brebis galeuses de la Légion étrangère, mais également d’une grande partie des élites françaises (diplomates, hommes d’affaires et même souvent des confrères) qui se croient désormais tout permis parce qu’ils sont en territoire conquis depuis que Serval a servi de bouclier pour empêcher que le Mali ne sombre entre les mains des barbus enturbannés.

Pourtant, aujourd’hui, tout le monde connaît les dessous de cette intervention car les langues se délient progressivement et les secrets sont dévoilés. Et la situation de Kidal l’illustrait déjà parfaitement car elle était une injure à notre intelligence et à notre dignité. Mais ce que Toumani Djimé Diallo a sans doute oublié ou a feint d’ignorer, c’est que la France est allergique à tout reproche ou à toute critique sur sa présence controversée au Mali voire dans le Sahel.

Et pourtant, son président et ses ministres ne se ménagent jamais pour critiquer le Mali, ses dirigeants et son peuple. A commencer par Jean-Yves Le Drian. Combien de fois il a tenu des propos désobligeants, offensants et humiliants sur notre pays et sur ses dirigeants, du ministère de la Défense à celui des Affaires étrangères ? Et cette volonté de profiter de la moindre occasion pour rabaisser et humilier nos dirigeants est constante et se poursuit de plus belle.

Tous ceux qui osent menacer les intérêts de la France l’apprennent à leurs dépens

A l’image du président du sénat et celui de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées qui ont obligé Tiébilé Dramé à désavouer les propos tenus par son ambassadeur et a le renvoyer au pays.

Curieusement, la France demande et obtient la tête de qui elle veut au Mali depuis l’élection d’IBK à Koulouba. Cela a commencé par l’un de ses conseillers en communication, un doyen de la presse privée écrite. Et ce n’est qu’un secret de polichinelle que c’est la France qui a exigé et obtenu l’éloignement des officiers de valeur comme Didier Dakouo et Elhadji Gamou du théâtre des opérations parce qu’ils devenaient une menace pour le deal que les Français ont passé avec des ex-rebelles devenus des complices du terrorisme voire des terroristes.

Sans oublier l’acharnement de l’ambassadeur de France au Mali contre tous ceux qui osent élever la voix pour rappeler Koulouba à son devoir à l’égard de la République et dénoncer du coup la présence des forces françaises dans notre pays et au Sahel. Comme le rappelait un compatriote, «il suffit seulement de critiquer la France, peu importe le sujet, ils vont te suivre pour t’abattre comme ils tentent de le faire ces derniers temps avec Salif Kéita et l’honorable Moussa Diarra».

Ceux qui en veulent aujourd’hui à Toumani D. Diallo se basent sur le fait que les choses sont en train de changer dans le bons sens depuis le sommet de Pau. Et oui les choses changent parce que l’armée malienne «reconstituée» est enfin entrée dans la Citadelle interdite de Kidal où elle est néanmoins confinée sous la tutelle de la Minusma. Oui les choses ont changé !

Mais, ce n’est pas une victoire à l’actif de notre diplomatie, mais le fruit de la pression de la rue. En descendant régulièrement et massivement dans la rue pour dénoncer sa présence militaire dans leur pays, les Maliens n’ont laissé d’autres choix à la France que de changer le fusil d’épaule ou de plier bagage.

L’Elysée peut perpétuellement contraindre Koulouba à lui faire allégeance. Mais, Paris ne fera plus jamais taire le peuple malien !

Dan Fodio

Malick Diancoumba

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