lundi 15 août 2022
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AFFAIRE PARAMOUNT: Boubou et Tièman Hubert réfutent les allégations

Quatre hautes personnalités, dont trois anciens ministres et un banquier, sont mises en cause par la justice malienne dans l’affaire du marché public dit Paramount, relative à la mise en œuvre de la Loi d’orientation et de programmation militaire ainsi que de la Loi de programmation pour la sécurité intérieure. Mamadou Igor Diarra, Boubou Cissé, Tiéman Hubert Coulibaly, tous anciens ministres et Babaly Bah, ancien patron de la BMS-SA, sont depuis le 25 juillet 2022 sous mandat d’arrêt international lancé par la Cour suprême du Mali.

Mis en cause dans l’affaire du marché public dit Paramount, relative à la Loi de programmation militaire par la justice malienne, les trois anciens ministres, potentiels candidats à la prochaine élection présidentielle, sont désormais dans l’œil du cyclone de la lutte contre le détournement des deniers publics et la corruption menés par les autorités  de la transition.

Ils sont désormais recherchés par la justice malienne. Mamadou Igor Diarra, Boubou Cissé, tous anciens ministres de l’Économie et des Finances, Tiéman Hubert Coulibaly, ex-ministre de la Défense nationale et Babaly Bah, ancien patron de la BMS-SA.

De quoi s’agit-il ? 

En effet aux difficultés rencontrées par l’Armée malienne, mal équipée dans la lutte contre le terrorisme, le besoin d’équipements était une nécessité. C’est dans ce cadre, que les autorités d’alors ont manifesté la volonté de travailler avec la société sud-africaine, Paramount Group qui est une société spécialisée dans les industries mondiales de la Défense, de la Sécurité intérieure et du Maintien de la paix. Ceci, afin de reconstituer ses unités blindées.

L’armée de terre avait exprimé le besoin en véhicules blindés. Le marché n’avait pas pu être conclu avec le fournisseur malgré la validation de la demande par l’État-major général des armées et le Conseil supérieur de la défense nationale. Nommé ministre de la Défense et des Anciens Combattants, en septembre 2015, et face à l’insécurité croissante entretenue par les groupes terroristes, Tiéman Hubert Coulibaly, au nom du Gouvernement du Mali, signe enfin un accord de crédit fournisseur avec le Group Paramount conformément à la planification de la Loi d’Orientation et de Programmation militaire pour la fourniture des véhicules blindés appelés Marauder résistant aux mines qui a été mis sur le marché en février 2007, servant à transporter les troupes avec une autonomie de 700 km. Le ministre a alors fait une commande qui incluait l’achat de 36 blindés Marauder et la réparation des avions 2SF 260 Marchetti pour un montant total de 35 399 259 739 FCFA.

Selon les conditions de paiement, l’acheteur est tenu de verser une avance équivalente à 20% de la valeur du contrat. Cette avance est mise dans un compte séquestre ouvert à la BMS-SA dirigée à l’époque par Babaly Bah. Les modalités de main levée donnée par l’acheteur sur ce compte séquestre sont les suivantes : 50% libérables à la livraison du 1erlot de véhicules sur présentation de la liste de colisage et facture commerciale, 50% libérables à la livraison du second lot. Le reliquat du prix contractuel (80%) sera versé en trois versements annuels, au 1er trimestre de chacune des 3 années à venir, soit 30% (avril 2016), 30% (mars 2017), 20% (mars 2018).

Dans ce deal, le ministre de la Défense et des Anciens Combattants est l’acheteur et son collègue de l’Économie et des Finances, Mamadou Igor Diarra, est le payeur. Malheureusement, les deux ministres quitteront le gouvernement en 2016. Au moment du départ de Tiéman Hubert Coulibaly en septembre 2016, les 20% du compte séquestre avaient déjà été mis en place, et un premier paiement a eu lieu, sans aucune livraison de blindés Marauder. Son successeur, Abdoulaye Idrissa Maïga, a hérité du dossier, et n’a cessé de réclamer au fournisseur la livraison des engins sans succès. Dr Boubou Cissé, successeur de Mamadou Igor Diarra, après avoir eu connaissance du dossier et grâce aux conseils du trésor a arrêté de faire les autres décaissements.

Une mission d’inspection dirigée à l’époque par Moussa Ag Alassane, directeur du contrôle financier, actuellement membre du CNT, sera dépêchée en Afrique du Sud pour discuter avec la société au sujet dudit contrat. Malheureusement, la délégation malienne a retrouvé la société Paramount en difficulté et sous liquidation judiciaire. Une situation qui obligera Boubou Cissé à relire le contrat en procédant à des amendements et modifications. Avec insistance au sujet des premiers versements, finalement huit véhicules blindés Marauder ont été livrés en 2019 contre normalement 12, soit l’équivalent de la somme versée à la société Paramount. La somme des quatre véhicules blindés Marauder restants équivaut à 3,7 milliards de FCFA.

C’est autour de cette somme qu’un soupçon de détournement existe et provoque toutes les attentions qui valent aujourd’hui l’implication de la justice à émettre à l’encontre des personnalités citées un mandat d’arrêt international.

Dénonciation et rejet des accusés

Parmi les personnalités sous le coup du mandat d’arrêt, deux ont réagi par communiqué, rejetant la démarche, mais se disant prêts à “laver leur honneur’’ dans cette affaire. “Concernant ce marché qui n’est pas une affaire, je suis absolument serein et déterminé à laver mon honneur’’, a fait savoir l’ancien ministre Boubou Cissé qui dit avoir agi au service de l’État en tant que  ministre, puis Premier ministre dans le souci de l’intérêt général, du respect des contrats signés avec nos fournisseurs, de la préservation du bien public et de notre Nation.

Il a également souligné que la justice malienne, qui a toujours été digne, ne pouvait faire l’objet d’une instrumentalisation et ainsi détourner l’opinion publique nationale des vrais enjeux du moment en matière sécuritaire, sociale et économique.

Il a répondu à ceux qui pensent qu’il fuit la justice de son pays. “Je tiens à préciser que je n’ai jamais cherché à fuir mes responsabilités ou à échapper à mes devoirs de justiciable, pour autant que la justice de notre pays demeure indépendante et impartiale’’, dit-il. Il a également expliqué que son absence du pays obéit àla volonté d’observer une posture de réserve, mais surtout liée à l’affaire dite de « complot contre le gouvernement », qui lui a valu une visite musclée des forces de l’ordre à son domicile en décembre 2020, dont la procédure a finalement été annulée par la justice en mars 2021 et les constantes pressions exercées sur sa famille.

Le ministre Tiéman Hubert Coulibaly a dénoncé la manière “singulière et pour le moins cavalière’’ utilisée, si le Parquet général près la haute juridiction est, un tant soit peu animé de justice. Avant de rappeler que sa mission en tant que ministre de la Défense et des Anciens combattants a débuté le 8 janvier 2015 et s’est terminée le 3 septembre 2016. Ce qui était parfaitement défini dans le cadre de prérogatives claires. “Je n’ai jamais agi que dans ce cadre et, je n’ai agi que pour assurer la meilleure préparation opérationnelle de nos forces face au défi sécuritaire’’, a-t-il ajouté demandant que si la justice malienne recherche à situer sa responsabilité dans le cadre d’une quelconque information judiciaire, elle a la latitude de procéder au moyen d’une commission rogatoire à laquelle il s’engagera à répondre. Il a également annoncé constituer une équipe de conseils pour l’accompagner dans une éventuelle confrontation.

L’hypothèse d’un procès politique

Par ailleurs, au regard de la démarche empruntée par les autorités pour rétablir la vérité, il y a véritablement matière à discussion. D’abord, l’existence et la traçabilité des preuves qui montrent que le fournisseur a touché le montant qui met en cause ce mandat d’arrêt international décerné contre ces hautes personnalités. L’État, au lieu de s’attaquer à Paramount Group, pour savoir ce qui s’était passé, à préférer commanditer un audit auprès d’un cabinet laissant de côté le Bureau du Vérificateur général ou les services de contrôle spécialisé. Une démarche  des autorités jusqu’ici incomprise qui comporte des zones d’ombre aux yeux de l’opinion.

Quand on sait que même les rapports du Bureau du Vérificateur général et des services de contrôle font souvent l’objet de contradictions et de larges diffusions qui n’est pas observé dans cette affaire dite de Paramount. Cela conforte la position des personnes mises en cause, qui n’ont pas, jusque-là, été entendues et qui rejettent en bloc ce rapport d’audit. Des actes qui renforcent l’hypothèse d’une volonté de tout mettre en œuvre pour écarter de potentiels concurrents à la prochaine présidentielle. Ce qui soulève un doute sur le mandat d’arrêt international dans une affaire dont les éléments sont traçables, selon les concernés.

Bourama KEITA LE COMBAT

Djibril Coulibaly

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