lundi 17 décembre 2018
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Corruption et délinquance financière : Les défis à relever

 Fléaux complexes et redoutables en République du Mali, la corruption et la délinquance financière sont devenues une mode de gouvernance sous le premier mandat d’IBK. La situation a compromis  le jeu démocratique tout en  portant atteinte à la crédibilité de l’Etat, favorisant  des crimes économiques et sangs savamment organisés et assurant l’impunité des auteurs de certaines infractions. Que doit faire le Gouvernement de Soumeylou Boubèye Maïga pour parvenir à limiter les dégâts?

Ces défis à relever sont nombreux. Entre autres : manque de volonté politique réelle ; faiblesse des dotations budgétaires allouées au Ministère de la Justice pour prévenir et lutter contre la corruption ;   facteur humain ; banalisation  de la corruption dans la société malienne ; profusion des structures de contrôle ;  ampleur de la fraude dans les services publics ; culture de l’impunité à grande échelle.

Cette lutte doit être l’une des priorités. Car, le fléau est  source de graves périls humanitaires et provoque des drames économiques, sécuritaires et politiques parfois irréversibles.

Déficit voire manque criard de volonté politique réelle 

Les  professionnels de la lutte contre la pratique ont pointé leur doigt accusateur vers le manque de volonté politique réelle.

Selon l’ancien Procureur Général près la Cour d’Appel de Bamako, Daniel A. TESSOUGUE, sous  le 1er mandat d’IBK, « les autorités n’ont jamais eu une véritable volonté politique de lutter contre la corruption. Tout ce qui est fait, c’est pour distraire le Peuple et l’endormir davantage ». Pis, s’est-il alarmé : «Le moustique ne fabriquera jamais l’antimoustique… ce n’est pas un problème de textes, mais plutôt celui lié au système politique en place dans ce pays depuis des décennies ».

D’après le Procureur,   le meilleur système de lutte contre la corruption est d’empêcher les individus à prendre l’argent de l’État. «Dès que quelqu’un a pris l’argent de l’État, sa répression devient difficile. Avec l’argent, il procède à des corruptions dans le système et échappe à la justice, souvent complice», a dénoncé notre Spécialiste.

Est-il possible de traiter cette gangrène sous IBK II sachant comment les voix ont été détournées ?

La dépendance de la Justice

C’est un système auquel il faut mettre fin. Il s’agit de la faiblesse des dotations budgétaires allouées au Ministère de la Justice pour prévenir et lutter contre la corruption. C’est un défi pour lutter contre la corruption et la délinquance financière. Avec un Budget annuel de moins de 1% de la Loi des finances, l’on se demande comment les Magistrats pourront mieux jouer leur partition dans la croisade contre la corruption et échapper à leur tour à la corruption.

Selon les Spécialistes, l’état de dénuement total  de la Justice, le faible niveau de rémunération des Magistrats eu égard à leurs homologues de la Sous-région,  l’émergence des nouvelles formes de corruption imposées par les Nouvelles Technologies de l’Information (blanchiment d’argent, cybercriminalité) sont autant de défis à relever par le Gouvernement afin de mettre l’appareil judiciaire dans un minimum de conditions pour traquer les corrompus et les corrupteurs. Malheureusement, c’est le dernier souci sous le régime d’Ibrahim Boubacar Kéïta au regard de son indifférence cruelle de la grève illimitée des Magistrats en cours.

Le facteur humain  

Il tient à la fois à la formation des Hommes et à leurs mentalités. Outre les comptables publics dont la formation est insuffisante, certains des agents des services de l’assiette de l’État n’ont ni la formation adéquate ni le niveau requis.

En effet, l’ENA de Bamako où les différentes facultés de Droit n’ont jamais formé de fiscalistes, un exemple parmi d’autres !

Par ailleurs, l’évolution politique récente du pays, outre qu’il n’a pas permis d’asseoir des habitudes de bonne gestion, cadres et employés  bénéficient  moins de plans de carrière, pouvant être source d’abnégation.

Faut-il évoquer un certain nombre de traits de la mentalité de l’immense majorité des Maliens qui sont en cause. Ce sont : l’interventionnisme de mauvais aloi, de tous les instants et à tous les niveaux, tendant à faire échec à la loi ; la volonté implacable à se servir plutôt que de servir l’État, etc. Ce qui conditionne un incivisme de tous les instants et un effroyable irrespect du bien public ;  la  mentalité d’affairistes : être dans les affaires, de préférence juteuses ! Mentalité qui conditionne la corruption et se nourrit d’elle, oblitérant le travail bien fait, l’effort et le mérite au profit de la recherche effrénée de gains illégitimes et d’argent facile. En plus de la très forte propension à faire le contraire de ce que l’on professe et cela à tous les niveaux de la société, singulièrement chez certains  leaders politiques ou d’opinions ayant la main aux affaires!

La  banalisation  de la corruption dans la société malienne 

Pour le Conseil National de la Société Civile (CNSC), elle est devenue un fait accepté, sinon toléré d’office de la part du citoyen qui s’en accommode, embarqué malgré lui dans un cercle vicieux. Elle risque même de s’attaquer au fondement même de la nation. D’un point de vue social, l’argent sale est passé du « honteux » au « digne » : les corrompus sont carrément applaudis par le citoyen. La présidentielle de 2018 est un exemple parfait.

La profusion des structures de contrôle 

À ce niveau, faut-il reconnaître que l’abondance des structures de contrôle au Mali est en train de devenir un problème plus préoccupant que la solution appropriée de la lutte contre la corruption et la délinquance financière.

La Cellule d’Appui aux Structures de Contrôle de l’Administration (CASCA), le Vérificateur Général, le Contrôle Général des Services Publics (CGSP), l’Inspection des Finances (presque une structure jumelle au CGSP), les Inspections des différents départements ministériels (Agriculture, Intérieur, Tourisme,…). En fait, la CASCA n’est pas à proprement parler une structure de contrôle. Sa mission est de « tamiser » les Rapports des différentes structures de contrôle adressées à la Présidence de la République en envoyant la partie « recommandations » à la Primature qui se chargera de les répercuter sur la structure contrôlée sous forme de note de service. Le volet « irrégularités » est transmis au Procureur du Pôle économique et financier. C’est à ce dernier de juger s’il y a l’opportunité de poursuivre ou pas. Dans le dispositif de contrôle, il y a aussi le Contrôle Financier qui est une sorte de sentinelle des dépenses publiques.

L’ampleur de la fraude dans les services publics  

C’est chaotique dans notre pays. Sur la période de 2004 à 2010, le Bureau Vérificateur Général (BVG) a effectué 117 vérifications financières dans 79 entités. Ces vérifications ont mis en lumière plus de 383 milliards de francs CFA de manque à gagner pour le Trésor Public et les entités vérifiées, dont 253 milliards de francs CFA proposés au recouvrement.

En 2011, le BVG a identifié lors de ses investigations une perte pour le Trésor Public de l’ordre de 10,10 milliards de F CFA.

C’est un challenge pas facile surtout que le Chef du Gouvernement a déjà été épinglé, par le passé, lorsqu’il était au Département de Défense et des Anciens Combattants dans l’affaire de l’équipement des militaires. Autrement dit, les Maliens seront surpris de la lutte contre la corruption et la délinquance financière sous ce  second mandat d’Ibrahim Boubacar Kéïta.

Oumar Diakité : LE  COMBAT

Rédaction

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