mardi 18 mai 2021
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Un Mali à double vitesse, un Etat unitaire pour le sud et le fédéralisme pour le nord

Les autorités politiques actuelles du Mali manquent non seulement  de vision, mais aussi et surtout d’anticipation, d’où le pilotage à vue auquel on assiste aujourd’hui. Si le premier magistrat du pays s’était considéré après son investiture, le 04 Septembre 2013, comme un président de transition en associant toutes les intelligences du Mali à la prise des grandes  décisions, la crise au nord n’allait pas connaitre une telle exacerbation. Pourquoi une partie de la classe politique et de la  société Civile critiquent-elles l’Accord pour la Paix et la Réconciliation ?  Pourquoi fait-on du mot Fédéralisme un tabou ou encore une foudre qui tomberait sur la tête frêle du grand Mali? Y-a-t-il une différence entre Fédéralisme et ce que prévoit l’Accord de paix surtout avec la nouvelle donne des autorités intérimaires ?

Le document de l’Accord de Paix et de Réconciliation qui devait non seulement être inclusif et sceller la réconciliation après tant de fracture, ne l’a pas été. Pire, il a non seulement  divisé les forces vives de la nation, classe politique et société civile, mais aussi et surtout, a permis à la communauté internationale en général et à la France en particulier, de pouvoir disposer du Mali et de ses ressources qu’elle exploite sauvagement sans contrat et sans engagement avec l’Etat malien. Le rejet de cet Accord par  les plus avertis tient à sa non inclusivité et surtout du fait qu’il avantage inégalitairement plus une minorité bagarreuse et violente au détriment de la grande majorité silencieuse et pacifique des maliens. Malgré la signature le mardi 14 juin d’un protocole d’entente entre les groupes armés et le gouvernement, le constat sur le terrain semble être le même. Il subsiste encore de très sérieuses difficultés pour la mise en place des autorités intérimaires dans les 5 régions du septentrion malien et surtout leur  rejet par la grande majorité des populations du nord. Est-il tard pour les autorités de faire marche arrière face à ce blocage en  convoquant une conférence nationale  d’entente inclusive afin de tracer les contours d’un fédéralisme qui ne dit pas son nom ?  Qu’on le veuille ou pas, si cet Accord est appliqué à la lettre, le Mali finira par devenir un Etat Fédéral comme la Russie, l’Allemagne, les USA, le Brésil, le Cameroun ou le Nigéria. Mais la différence est que ces pays auront défini eux-mêmes le contenu de leur constitution fédérale quand nos gouvernants nous ridiculisent en nous faisant un fédéralisme sur le dos. Le Mali est très vaste et divers donc il est temps que les populations du Khasso, du Méguétan, du Kénédougou, des Balazans, de la Venise, d’Al Farouk, des Askia  ou de l’Adrar, puissent être maîtresses de leur destin. D’ailleurs, l’objectif final de la décentralisation ne se rapproche-t-il pas plus de cela ? En somme, « le retour du pouvoir au terroir ». Votre journal InfoSept par le passé avait fait un dossier si bien détaillé sur le thème du Fédéralisme qui fut le mode de gestion des empires du Mali et le vœu des pères fondateurs de la République. Ils voulurent, aux lendemains des indépendances, la renaissance des grands ensembles que furent l’AOF et l’AEF et surtout les maliens qui tentèrent avec le Sénégal, le premier embryon d’un Etat ouest africain, la fédération du Mali. Qu’avons-nous à craindre d’un Etat fédéral si le contenu est pensé et écrit par nous ? Pourquoi aller au fédéralisme par le toit et non par la porte ? Nous pensons à juste raison que la solution de la crise au nord du Mali passe par un réel transfert des compétences et des ressources de l’Etat central aux collectivités territoriales. Si les prédécesseurs du président Alpha Oumar Konaré, à savoir les Présidents Modibo Keita et Moussa Traoré avaient fait de la décentralisation autant que lui, leur ligne politique prioritaire, le Mali n’aurait peut-être pas connu les rebellions cycliques. Si le successeur d’Alpha Oumar Konaré, à savoir ATT avait consolidé les acquis de la décentralisation amorcée par son prédécesseur en s’attaquant à la phase de la régionalisation le Mali n’aurait certainement pas aussi connu la rébellion de 2006. Aujourd’hui, le contexte ayant totalement changé, le Président IBK n’a d’autre choix que d’aller vers cette régionalisation ou un fédéralisme à la malienne qui respecterait l’identité et la diversité culturelle de nos régions, mais cela après seulement une conférence nationale bis, inclusive et consensuelle pour poser les jalons de la 4ème République du Mali.

En définitive, un Fédéralisme pensé à la malienne avec l’élection des gouverneurs de région sur la base d’un programme de développement, semble être l’une des solutions pour désamorcer la bombe sociale latente. Pour la paix définitive, les nouveaux gouverneurs élus pourraient ainsi former avec le président de la République le Conseil d’Etat du Mali de façon à ce que toutes les grandes questions intéressant la vie de la nation ne soient prises que par ce Conseil. Le risque est trop grand de voir le pays exploser si une partie du Mali minoritaire devait se voir plus privilégiée que la grande majorité. Vivement donc cette conférence nationale bis pour dessiner les contours d’une telle construction étatique.

Youssouf Sissoko

                                                                                                        youssouf@journalinfosept.com

Djibril Coulibaly

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