vendredi 18 septembre 2020
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N’AYEZ PAS PEUR !

À ceux qui s’inquiètent que ce coup d’État n’instaure de l’anarchie ou ne fasse reculer le Mali de 20 ans… n’ayez pas peur !

Il est une dialectique des civilisations que dans toute démocratie naissante, le peuple cible connaisse toute sorte de tourments avant de trouver sa voix. Sinon ladite démocratie ne sera jamais une émanation du peuple, mais un simple et vulgaire emprunt.

Le Mali est en train de démontrer à la face du monde qu’il est l’un des rares peuples africains qui aient la vaillance populaire ainsi que la maturité politique requise, pour se forger une démocratie qui sera de son propre ADN, et non un copié-collé. Et ça, il y aura un prix à payer… mais n’ayez pas peur !

Il se dit que le Mali a 80% d’analphabètes, et que l’on ne fait pas une démocrate saine avec une telle tare nationale. C’est oublier que c’est parce que la France de 1789 avait également autant d’analphabètes (voire plus), que ce pays a eus en série : le Directoire, la Terreur, le Triumvirat, le Consulat de Napoléon puis l’empire du même Napoléon, le retour à la monarchie avec Louis XVIII, ensuite une période d’accalmie démocratique qui sera vite balayée par un énième coup d’État (celui de Napoléon III). Enfin, il y aura « la commune de Paris » face à l’hécatombe de laquelle le modeste carré des martyrs de Niaréla et les 23 morts du FORSAT feraient pâle figure (…GLOIRE A NOS MARTYRS !)

C’est après toute cette anarchie que la France a enfin pu avoir une vraie démocratie. Avant que nous n’ayons une démocratie digne de ce nom, le Mali aura assurément sa longue et tumultueuse période de YOYO INSTITUTIONNELLE à lui aussi. Il en a été de même pour l’Angleterre lors de la RÉVOLUTION DU MAGNA CARTA, la décapitation (à la hache !) du roi Charles 1er ou encore les tourments que connurent ce pays sous l’air d’un certain Cromwell.

Si les États-Unis n’ont pas connu ce type de douloureuse et rocambolesque gestation démocratique, c’est juste que les fameux « Pères de l’indépendance » n’étaient qu’un prolongement outre atlantique, de la culture du « siècle des lumières » qui fit bouillonner l’Europe du XVIII siècle.

Revenons-en au cas français qui nous est plus familier. En 1789, ce pays était dans les mêmes configurations géopolitiques, militaires et sociales que le Mali d’aujourd’hui. Il y avait la révolte des Vendéens qui rappelle bien la rébellion touareg et les troubles djihadistes, sans compter la guerre sur deux fronts contre l’Autriche et l’Angleterre (où d’ailleurs le capitaine Napoléon fera ses grades).

Il y avait le même phénomène de corruption généralisée dans l’administration et dans toutes les couches sociales. ET ENCORE UNE FOIS, LE PEUPLE FRANÇAIS ÉTAIT PLUS IGNORANT ET PLUS ANALPHABÈTE QUE LES MALIENS DE NOS JOURS. Et comme par hasard, c’était aussi la même petite élite instruite qui comme au Mali actuel, profitait des fruits de la jeune démocratie.

La seule différence notoire est que la France s’était tout de suite DÉBARRASSÉE DE SES RELIGIEUX. C’est eux qui risquent d’être le seul « coin » dans ce processus malien de gestation démocratique. Mais ce coin pourrait se révéler être un atout si nous parvenons à conjuguer notre héritage historique des grands empires et royaumes, avec ce terreau de grands érudits arabo-islamiques qui ont aussi joué par le passé, leur partition dans la grandeur du Mali… n’ayez pas peur !

MALICK NAILLE COULIBALY

COULIBALY

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