dimanche 17 novembre 2019
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Massacre de Sobane-kou: Quand l’impunité plonge le Mali dans la vendetta

 

Alors que l’émotion reste encore très vive au Mali et que les condamnations se multiplient après le massacre de Sobane-Kou, de nombreuses questions, pour l’instant sans réponse, se posent.

 Pourquoi le gouvernement malien n’a-t-il pas pu anticiper les événements alors que tout laissait croire qu’il existait des instincts revanchards après le massacre d’Ogossagou ?  De l’avis de nombreux observateurs, nul n’était besoin d’être rompu à l’interprétation des arabesques des marabouts maliens, pour prévoir ce qui est arrivé. Et Sobane-Kou semblait tout désigné, selon un spécialiste. « La piste de la vengeance Ogossagou est soutenue par le fait que Sobane relève de l’une des communes qui fournissent le plus de troupes à la milice dogon Dan Nan Ambassagou. Il est très exposé parce qu’il est situé dans la plaine, contrairement à l’habitat dogon qui est dans le contrefort des rochers», a-t-il laissé entendre.

Au-delà des larmes de crocodile…

La situation était telle qu’il fallait surveiller la région comme du lait sur le feu, pour parer à toute éventualité ; chose qui, malheureusement, ne semble pas avoir été faite. Le risque était d’autant plus grand que le massacre d’Ogossagou semblait avoir bénéficié d’une totale impunité. Et voilà donc ce nouveau drame qui vient apporter de l’eau au moulin de tous ceux qui critiquent la gouvernance sécuritaire au Mali, avec une armée qui fait plus dans la défensive. L’autre question que l’on peut se poser et pas la moindre, est la suivante : pourquoi, pendant les 8 heures qu’ont duré les massacres (de 17h à 1h), ni l’armée malienne, ni les troupes de l’opération Barkhane, ni celles de la MINUSMA, ni celles du G5 n’ont-elles pu réagir ?  La question est d’autant plus à propos qu’avec les technologies de la communication, l’information est quasi instantanée. Faute de pouvoir répondre à ces questions, l’on ne peut que se laisser emporter par le sentiment que tout s’est passé comme si l’on a laissé faire. Certes, le gouvernement, comme dans pareilles circonstances, a promis de retrouver les coupables mais tout porte à croire qu’il ne s’agit là que de déclarations destinées à se donner bonne conscience et à contenir la colère de tous ceux qui sont révoltés par ces tueries en séries au Mali. Ce qu’il faut craindre, c’est que ce sentiment d’impunité n’installe durablement le Mali dans la spirale de la vendetta; toute chose qui fera l’affaire des terroristes qui n’en demandaient pas mieux. L’autre grande crainte, c’est l’effet-contagion que ces conflits communautaires au Mali peuvent engendrer dans toute la sous-région où bien des pays partagent, à quelques différences près, les mêmes communautés ethniques. C’est dans ce contexte d’inquiétudes et d’interrogations que le président Ibrahim Boubacar Kéita a interrompu son voyage à Genève pour rentrer d’urgence à Bamako d’où il s’est rendu à Sobane-Kou pour exprimer sa compassion aux familles éplorées. En son absence, c’est le Premier ministre, Boubou Cissé, qui était sur les lieux du drame, le 11 juin 2019. Mais au-delà des larmes de crocodile, le gouvernement malien doit se poser les bonnes questions sur sa politique sécuritaire.

Il est temps que les leaders communautaires et religieux s’engagent aux côtés de l’État

Car ce qui est aujourd’hui en jeu, ce sont les fondements et l’existence même de la Nation. En tout cas, le gouvernement, en effet, n’est pas exempt de tout reproche dans la dérive communautaire que connaît le Mali. En effet, en plus de l’impunité qui a jusque-là couvert les massacres communautaires qui se sont succédé au Mali, le pouvoir est accusé d’avoir créé et armé des milices d’autodéfense dont l’action met aujourd’hui à mal la cohésion sociale. Cela dit, IBK, tout petit-fils du légendaire Soundjata Kéita qu’il soit, ne peut, à lui seul, arrêter la descente annoncée aux enfers du Mali du fait du péril communautaire. Il est temps que les leaders communautaires et religieux s’engagent aux côtés de l’État pour freiner cette course folle vers l’abîme. Au Mali, tout comme partout dans la sous-région aujourd’hui dans la tourmente, il a existé et existe des valeurs qui fondent le vivre-ensemble et dont les autorités coutumières et religieuses en sont les garantes. Rien qu’à penser à la Charte de Kouroukan Fouga qui, autrefois, a été à l’origine de l’harmonie entre la mosaïque des peuples du Mandé ou à la parenté à plaisanterie qui lie de nombreux groupes ethniques et couches sociales par des alliances pacifiques qui tournent à la dérision les rapports violents dans la société, l’on ne peut douter du rôle, ô combien important, des leaders communautaires.  Mais en entendant que les Maliens trouvent les moyens d’exorciser ce mal dont la métastase pourrait gangrener toute l’Afrique de l’Ouest, il urge que les autres États se réveillent pour éviter que les étincelles du drame de Soubane-Kou ne viennent à provoquer une guerre civile. La sagesse populaire ne dit-elle pas, bien à propos, que « quand la case du voisin brûle, il faut se dépêcher de mouiller la sienne ? »

LE NOUVEAU REVEIL

Djibril Coulibaly

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