jeudi 18 août 2022
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Journée d’Afrique : Que reste-t-il de la mémoire des Indépendantistes ? Cas du Mali

A l’instar des autres pays de l’Afrique voire le reste du monde, le Mali a commémoré, le samedi 25 mai dernier, cette journée  dédiée à l’Afrique tout entière, ses grands Hommes et son évolution sous le blason de l’unité depuis la création de l’OUA, le 25 mai 1963. Ainsi, comme le souhaite la tradition institutionnelle, le premier Ministre Dr Boubou Cissé a présidé la cérémonie de la montée des couleurs africaines, à la Tour d’Afrique de Bamako. Cependant, dans le secteur, au quartier de Faladié, quelques vendeurs ambulants vaquaient à leurs occupations comme si rien n’était. Faut-il les en vouloir si les Dirigeants peinent à leur assurer la sécurité alimentaire et physique après plus d’un demi-siècle d’Indépendance ?

 Nés à travers le premier congrès des États africains indépendants tenu dans la capitale ghanéenne,  à Accra, sous le thème de la libération du continent en tant que symboles de la détermination des Peuples d’Afrique à se libérer de la domination et de l’exploitation étrangère, force est de constater, aujourd’hui, que les grands espoirs nés de cette initiative salutaire des pères de l’Indépendance n’ont  jusque-là pu produire les fruits tant attendus par le Peuple noir qui venait juste d’acquérir son « libre-arbitre », après une demi-siècle de colonisation  et environ plus de 500 ans d’esclavage au cours desquels des centaines de millions de jeunes africains ont été déportés vers l’Europe, l’Amérique  afin de servir de main-d’œuvre dans les plantations et autres. Autrement appelée la ‘’journée africaine de la liberté‘’, le devoir nous revient de faire une exégèse des étapes franchises depuis les premières heures des indépendances afin de faire un état des lieux du niveau des réalisations devant conclure au lendemain meilleur dont les premiers jalons ont été certainement posés par les acteurs du mouvement indépendantiste de tous bords à travers la vieille Afrique .

 

De la perte de la souveraineté territoriale

Tous les jours sont des jours ; mais ceux correspondants avec les grands évènements ne différencient des autres par leur caractère mémoriel.

Ainsi, grande est la salutation réservée à Modibo Kéïta et Alliés ainsi qu’à tous les  pères  des Indépendances des 54  pays même si quelques  dérives bureaucratiques ont altéré le fonctionnement de notre pays, le Mali, en un moment de son Régime. De l’expansion de la lutte intellectuelle entamée  par les élites africaines dans plusieurs contrées du monde jusqu’au soulèvement du vent du ‘’dégagisme’’ contre les colonisateurs après la seconde guerre mondiale dont le premier trophée a été remporté par la Guinée de Sékou Touré en 1958 ; bref, les Indépendances sont le fruit d’une série de luttes menées diversement par les Noirs de tous bords.

Au Mali, anciennement nommé Soudan français, la soupe à la grimace est le cadeau d’anniversaire que peut servir la population à leur mère Afrique en cette année 2019. L’idée de  Souveraineté territoriale matérialisée  à travers l’éviction de l’Armée française aux lendemains de l’Indépendance nationale à travers la création d’une Armée nationale par le Président Modibo Kéïta ne reste plus qu’un mirage. Transformées en terre où évolue facilement les mouvements rebelles compte tenu de l’absence d’une réelle politique de sécurisation, les Régions du Nord qui ont longtemps servi de terreau pour les trafiquants de drogues et d’armes  de toutes sortes ne constituent plus, aujourd’hui, une parcelle du territoire nationale   où les bandits armés administrent en maitre absolu. Le Mali  qui présentait lors  de la décolonisation d’immenses atouts avec une population majoritairement jeune avec des terres bien arrosées et parmi les plus fertiles et riches en  sous-sol du monde s’est transformé par la mauvaise gouvernance et des Régimes successifs en un des pays les plus pauvres du monde et où aucun  jour ne se passe sans que l’insécurité ne fasse parler d’elle. De l’Indépendance à l’avènement de l’ère démocratique en passant par le Régime dictatorial du Général Moussa Traoré, les germes de la chute de la Souveraineté nationale placés çà et là évoluent lentement mais, surement.   Vu la persistance des options sécessionnistes dans les Régions du Nord, singulièrement à Kidal d’où une simple visite du Président Ibrahim Boubacar Kéïta nécessite jusque-là un OK d’un groupuscule d’Hommes armés réunis dans quelques plateformes dont la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad), l’on est en droit de nous préoccuper davantage sur l’avenir de ce continent noir.  Au Mali, tout comme dans beaucoup d’autres pays africains,  le bout du tunnel, quant au respect des droits et des libertés des citoyens, demeure encore loin.

 

Au  plan socioéconomique

Faut-il donner raison à l’Agronome tiers-mondiste et socialiste français, René Dumont, qui  a ouvertement déclaré que  « L’Afrique noire est mal partie » ? En tout cas, force est d’admettre que nombreux sont aujourd’hui les pays de cette vieille Afrique qui souffrent d’une autre forme d’exploitation érigée en système par des Africains en complicité avec les « ex » colonisateurs. La ruée des jeunes vers l’Europe, une cinquantaine d’années après nos Indépendances, en dit long.Le secteur agricole avec 80% de travailleurs  quireste le secteur  dominant de l’économie  suivi par l’industrie et le tertiaire sont peu développés voire même confrontés à des sérieux problèmes nés de l’absence d’une véritable politique de développement collective.

Ainsi, le Mali importe toujours la quasi-totalité grande de ses biens de consommation. Comme le disait le célèbre écrivain Ahmadou Krumah, la quasi-totalité des Africains en général et les Maliens en particulier n’ont jusque-là rien bénéficié des Indépendances que la carte d’identité. La faille totale du plan de sécurisation  des personnes et de leurs biens mise causée par les «Démocrates» après la chute du Régime de Général Moussa Traoré a contraint des milliers de Maliens à abandonner leurs zones d’habitation par peur de représailles des Hommes armés. Si, selon Pierre Elliott Trudeau, l’ancien Premier Ministre du Canada, les Dirigeants sont au service de ceux qu’ils gouvernent, et l’autorité n’a de signification réelle que pour favoriser l’instauration d’un ordre social juste et assurer le développement harmonieux de la société à travers la réalisation entre autres des routes, des ponts, des écoles, des centres de santé ;ici ,la réalité est tout autre. Le népotisme et la mauvaise gestion nées de la politisation de l’Administration a fait que, même pour procéder à une campagne de vaccination, le secours de l’ex métropole est souhaité.

Au plan scolaire, le suivisme moutonnier des différentes autorités successives dans la formation,  des juristes, des économistes, des intellectuels ou des médecins totalement inadaptés aux besoins du pays qui nécessitaient  de bons professionnels, ouvriers ou techniciens, dans l’Agriculture ou l’Industrie, etc., a fait que les attentes au plan alimentaire haussent d’année en année. Il faut le dire avec insistance, maints sont les Dirigeants sans scrupule qui ont atteint une limite d’ignominie au point de considérer le Budget national ou municipal, comme leurs propriétés privées, et ils en disposent arbitrairement, selon leurs goûts et leurs caprices. Des milliards sont ainsi détournés et pire ? Sans suite pénale !

Il est temps que nos Gouvernants se rendent à l’évidence que l’Etat étant un instrument par lequel s’exprime et s’organise la société humaine, l’Homme d’Etat, son serviteur, doit être attentif aux besoins des citoyens, en ayant à l’esprit de bien servir l’intérêt général. Ainsi, quand il est bien géré, au nom de l’intérêt général, chaque citoyen en tire bénéfice ; car,  le but de la société, c’est de faire en sorte que ses membres, individuellement ou collectivement, puissent vivre décemment leur vie et connaître ainsi le bonheur. Et, c’est pourquoi, la société s’organise et met en place un Gouvernement dont la mission sacerdotale est de satisfaire les besoins des citoyens. Et la qualité d’un Gouvernement se mesure à la qualité de ce qu’il accomplit mais pas d’enfoncer le Peuple dans un carcan infernal.

Si certains soulignent la dépendance économique de l’Afrique singulièrement les pays de la zone CFA comme  source de malheur, il y a lieu aussi d’indexer la mauvaise gestion des revenus collectives comme facteur d’appauvrissement des masses.

En tout cas, bonne fête à cette pauvre AFRIQUE avec ses 2000 langues et son riche sous-sol toujours  à la merci des «  ex colonisateurs » opérant sous diverses formes !

Seydou Konaté

COULIBALY

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