samedi 27 février 2021
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INDEPENDANCE ET DEVELOPPEMENT : L’industrialisation comme base de la souveraineté économique

Sucrerie, rizerie, cimenterie, usine de céramique, manufacture de tabacs et d’allumettes, tannerie, usine de textile, abattoir frigorifique, huilerie conserverie… Le président Modibo Kéita (né le 4 juin 1915 à Bamako et mort le 7 mai 1977) a vite compris que la souveraineté politique est une utopie si elle ne repose pas sur un socle économique. Egalement conscient que l’aide extérieure est aussi un instrument d’asservissement, il a misé sur les richesses du pays, notamment la transformation de la production nationale comme stratégie de l’émergence. Un fabuleux héritage économique dilapidé progressivement par le régime militaire (Comité militaire de libération nationale, CMLN) et le parti unique (Union démocratique du peuple malien, UDPM). Aujourd’hui, il ne reste plus que la Comatex (à l’agonie) et la Sonatam sous le joug de British American Tobacco.

Afin de favoriser l’indépendance économique, une quarantaine de sociétés et entreprises d’Etat ont vu le jour entre 1960 et 1967 dans la jeune République indépendante du Mali.
On peut, entre autres, citer la Société des conserves du Mali (Socoma), la Société d’exploitation des produits oléagineux du Mali (Sepom), l’Abattoir frigorifique, la Société malienne d’importation et d’exportation (Somiex), la Banque de développement du Mali (BDM).
Sans oublier la Librairie populaire du Mali (LPM), la Société des ciments du Mali (Socima), la Société nationale d’entreprise de travaux publics (Sonetra), Air Mali, l’Office des produits agricoles du Mali (Opam), la Banque malienne de crédits et de dépôts (BMCD), Energie du Mali.
Ainsi que l’Office cinématographique national du Mali (Ocinam), l’Office du Niger (ON), la Pharmacie populaire du Mali (PPM), la Société de construction radioélectrique du Mali (Socoram), la Régie des transports du Mali (RTM), la Société malienne du bétail, des peaux et cuirs (Sombepec), la Société nationale de recherche et d’exploitation minières (Sonarem), la Compagnie malienne des textiles, Société équipement du Mali (Séma)…
Et pourtant, à l’indépendance, le regretté président Modibo Kéita et ses camarades ne pouvaient compter que sur une quinzaine cadres dans tout le Soudan. Des ressources humaines sans doute restreinte, mais qui avait la valeur d’une armée par son patriotisme.
On comprend alors aisément que, malgré les manœuvres d’isolement de la France, le jeune Etat indépendant ait franchi des pas de géants en six ans. Dix hôpitaux, 300 dispensaires, 45 centres médicaux, 60 maternités, une pharmacie populaire avec des succursales dans toutes les grandes villes et chefs de lieux de cercles et des dépôts dans les arrondissements et les villages ont été réalisés dans le domaine de la Santé. Sans compter l’ouverture de 5 écoles de formation de personnel sanitaire, 4 écoles d’enseignement supérieur (ENA, EN Sup, ENI, INA) pour former des cadres au service du développement du pays.
« On a presque le vertige en suivant la liste des réalisations en six ans d’un petit groupe d’hommes dotés de rien d’autre que de leur courage et de leur abnégation », commentait ainsi un compatriote sur les réseaux sociaux.
Pour mieux affirmer la souveraineté nationale, le franc malien fut créé le 1er juillet 1962. Le 16 décembre 1966, le barrage de Sotuba est inauguré sur le Djoliba (fleuve Niger) comme symbole de la concrétisation du projet socialiste malien.
« Avec l’africanisation des cadres et la création des sociétés et entreprises d’Etat, l’équipe de Modibo Kéita entendait rendre aux Maliens la maîtrise de leur destin. Difficultés économiques, problèmes politiques et désaffection populaire », nous indique un vieux enseignant à la retraire et témoin privilégier de histoire de notre.
L’œuvre d’édification nationale de Modibo Kéita et son action pour la paix, furent récompensées en 1963 par le Prix Lénine international. Pourtant le pari était loin d’être gagné. Déjà s’affranchir du joug colonial était un véritable défi à l’époque. Et l’option socialiste était véritablement suicidaire pour les dirigeants de l’ancienne colonie d’une puissance impérialiste comme la France.
La France et ses alliés en Occident et en Afrique n’ont naturellement rien ménagé pour mettre le bâton dans les roues de ce jeune indépendant. D’autant que la réussite du modèle politique malien allait sonner le glas pour la France dans son pré-carré.
Dans ce contexte, des problèmes économiques graves n’ont pas manqué de vite apparaître. Ce qui va aboutir au revirement monétaire de 1967 pour mettre fin à la dégradation du franc malien. Loin de redresser la situation, les accords monétaires de 1967 entre le Mali et la France (négociés par l’aile droite de l’US-RDA) ont véritablement été un frein à l’expérience menée au Mali depuis 1960.
« Les accords de 1967 sont un piège. Il nous faut nous préparer à les rompre », avait reconnu le président Modibo Kéita en novembre 1968. Il était loin de deviner que l’ennemi avait déjà infiltré le système et que le ver était dans le fruit. Il n’aura pas l’opportunité de revenir en arrière puisqu’il est renversé le coup d’état militaire du 19 novembre 1968.

Renversé puis éliminé physiquement et idéologiquement
Les premières difficultés socioéconomiques ont permis à la puissance coloniale de manipuler des acteurs ces commerçants de l’époque qui ont osé brûler le drapeau de leur pays devant l’ambassade de la France en scandant « Vive De Gaulle ».
« Un vieux malinké avec qui je causais il y a quelques jours a reconnu qu’il faisait partie de ceux qui ont saboté le système de ferme collective dans son village. Et aujourd’hui il le regrette. Il reconnait que les fruits de la récolte de la ferme collective restaient au village et étaient gérés de la manière la plus transparente possible. Une transparence qui n’existe plus de nos jours dans la gestion de la chose publique », témoignait ainsi un internaute par rapport à un article sur Modibo Kéita.
« Si les idées pour lesquelles un leader a combattu se renforcent et se développent, je considère que c’est la plus grande récompense que puissent recevoir un militant, un leader », avait souligné le père de l’indépendance dans un discours prononcé en 1966.
La bande au lieutenant Moussa Traoré, du moins les commanditaires dans l’ombre, en était consciente : pour enrayer toute menace aux intérêts de la France au Mali, il ne suffisait pas seulement de renverser son régime et de l’éliminer physiquement. Il faut aussi veiller à réduire au silence ses héritiers idéologiques.
L’intégrité, la dignité et fierté qui caractérisaient le Soudanais puis le Malien vont être progressivement sacrifiés au profit de l’appât du gain.
Quelque part Modibo Kéita a échoué à se faire suivre par son peuple, mais ses intentions étaient clairement de développer son pays et de le hisser à hauteur de souhait.
Mais, il est temps que les Maliens comprennent que rien de solide ne se construit dans la facilité. Nous devons nous battre pour faire face à nos défis, pour trouver des solutions maliennes à nos problèmes et avancer inexorablement vers l’émergence.
En cette époque où il ne reste presque rien des valeurs qui ont fait la fierté de ce peuple, la jeunesse doit plus que jamais se référer aux idéaux d’indépendance nationale, de justice sociale, de liberté et de paix que le président Modibo Kéita et ses camarades ont prôné !
Hamady Tamba LE REFLET

Djibril Coulibaly

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