jeudi 2 décembre 2021
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Accords d’Alger : Rester en l’état de bouts de papiers?

C’est une lapalissade de dire que la mise en œuvre de l’accord de paix a pris trop de retard. Ayant suscité un grand engouement populaire au moment de sa signature, le gouvernement et les parties signataires peinent à accorder les violons quant à la procédure d’une mise en ouvre diligente de cet accord qui aura mis deux ans de chaudes discussions à Alger notamment avant de voir le jour. Faudra-t-il autant de temps pour son application aussi? Focus, sur les raisons d’un blocage.

 

L’accord de paix a été signé le 15 mai puis parachevé le 20 juin2015. Devait succéder à cette phase, sa mise en œuvre. Mais, depuis lors, l’on assiste à une lenteur qui ne dit pas son nom. Une lenteur qui n’est pas sans conséquences. Très attentif par rapport à la situation politique en général et sur celle du Nord en particulier, Tiébilé Dramé, Président du Parti pour Renaissance Nationale (PARENA) et membre de l’opposition politique révèle, que, depuis le début de l’année 2015, il y a eu 350 morts, une centaine d’incidents dont près de la moitié après la signature de l’accord. Des attaques qui sont perpétrées par des groupes terroristes. Il faut rappeler que si un temps de l’animosité entre les frères de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) et ceux du GATIA a mis à mal l’application de cet accord, c’est désormais les groupes terroristes, Al-Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), El Mourabitoune de Mokhtar Ben Mokhtar et Ançar Dine d’Iyad Ag Ghali qui font obstacle. Les 14 et 15 novembre dernier un document sonore du leader d’Ançar Dine d’Iyad Ag Ghali a été authentifié. Dans ce document d’une vingtaine de minutes il rejette l’accord d’Alger signé en juin 2015 et se montre menaçant notamment contre ses anciens alliés de la Coordination du Mouvement l’Azawad (CMA), rébellion touarègue signataire de ce document. Il s’était érigé contre toute mise en œuvre dudit accord qu’il a juré d’empêcher la mise en application par tous les moyens. Des menaces mis en pratique le 28 du même mois par l’attaque du camp de la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations-Unies pour la Stabilisation au Mali (MINUSMA) qui s’est soldée par 3 morts et une vingtaine de blessés.

Un autre facteur du blocage, et qui semble plus anodin, est la guerre que se livrent les mouvements signataires au sein du comité de suivi de l’accord d’Alger. On se souvient que les groupes rebelles sont allés en rangs dispersés pour signer l’accord. Les premiers, le 15 mai 2015, avec le gouvernement et les seconds, le 20 juin. Les premiers signataires sont considérés comme des « traitres » par les seconds. Ils peinent à s’asseoir autour de la même table au sein de ce comité. Toute chose qui ne milite pas en faveur d’une mise en œuvre de l’accord, même si on annonce récemment qu’il y aurait eu un compromis.

Face à ces facteurs de blocage, les acteurs et les politiques tirent la sonnette d’alarme. En août dernier, six mouvements signataires rassemblés au sein d’un regroupement dénommé Coordination des mouvements prônant l’ «inclusivité» des signataires de l’accord du 15 mai (COMPIS 15), ont dénoncé les lenteurs et attiré l’attention du gouvernement et de la communauté internationale sur la mise en œuvre de l’accord, gage de paix. Le PARENA a, à son tour, en décembre dernier, organisé une rencontre en vue de faire des propositions pour accélérer la mise en œuvre de l’accord de paix issu du processus d’Alger. Cette rencontre a réuni les groupes signataires de la CMA et du Gatia ainsi que des partis politiques membres de l’opposition et de la majorité présidentielle.

Au cours de ces différentes rencontres, les acteurs ont pointé un doigt accusateur vers le gouvernement qui trainerait le pas. Une lenteur qui, à les en croire, favorise la reprise du terrain par les terroristes et les narcotrafiquants de tous bords. Un message qui semble avoir été entendu. Car, à côté du comité de suivi de l’accord, le gouvernement a mis en place, le vendredi 15 janvier 2016, un Comité national de coordination de la mise en œuvre de l’accord, présidé par le Premier Ministre, Modibo Kéïta. Selon ce dernier, ce comité aura la charge de «coordonner la mise en œuvre de l’accord de paix d’Alger». Dans le même cadre, Alger a convoqué les parties signataires sur son sol, le 18 janvier dernier, pour échanger sur les difficultés dans la mise en œuvre de l’accord. Au sortir de cette réunion, l’Etat et les parties prenantes ont été mis devant leurs responsabilités, pour accélérer le processus.

Aujourd’hui, la guerre fratricide que se livrent le Gatia et la CMA à Kidal, à peine être revenus de Niamey, embourbe davantage les espoirs suscité par cet accord. A la base de ces affrontements, la question des autorités intérimaires. La loi instituant ces autorités avait été vigoureusement dénoncée par l’opposition qui a claqué la porte de l’hémicycle lors de son vote. Les velléités autours du « butin » à finalement eu raison de la paix de façade que ces mouvements ont longtemps affiché.

Dans la mise en œuvre de l’accord, on ne sait désormais plus à quoi s’en tenir. Plus d’échéance prévisible. Les morts s’entassent du côté des groupes armés et de nos forces armées. Les populations sont meurtries. Les dirigeants paniquent. L’aide extérieure pour juguler la crise n’est pas toujours sincère. Les désaccords autours de l’accord l’empêchent de combler les attentes.

Mohamed Dagnoko : LE COMBAT

COULIBALY

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